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		<title>Matérialités policières belges et québécoises : nouvelles perspectives pour la recherche historique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marc-André Béland et Gabriel Ferland (UQTR)]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Dec 2023 16:56:12 +0000</pubDate>
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									<h6></h6>
<h6 style="text-align: center;"><strong>Par Marc-André Béland et Gabriel Ferland</strong></h6>
<h6 style="text-align: center;"><strong>Candidats à la maitrise, CIEQ-UQTR</strong></h6>
Les présentations faites lors de l’atelier <em>Regards croisés pour une histoire de la matérialité policière (Québec-Belgique)</em> <sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_1_32326" id="identifier_1_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le 13 janvier 2023, gr&acirc;ce au soutien du CIEQ et des Subventions institutionnelles du CRSH, &laquo; Soutien aux chercheurs &eacute;mergents &raquo; (UQTR), s&rsquo;est tenu l&rsquo;atelier de recherche &laquo; Regards crois&eacute;s pour une histoire de la mat&eacute;rialit&eacute; polici&egrave;re (Qu&eacute;bec-Belgique) &raquo;. Organis&eacute; par le professeur Jonas Campion, cet atelier exploratoire r&eacute;unissait neuf &eacute;tudiants et chercheurs en histoire (en Belgique et au Qu&eacute;bec) pour r&eacute;fl&eacute;chir autour des questions suivantes : Que nous apprennent les objets utilis&eacute;s par les polices, quant aux transformations de la s&eacute;curit&eacute; publique ? Existe-t-il une logique transnationale de leur usage ou au contraire, ne sont-ils que les avatars de r&eacute;alit&eacute;s polici&egrave;res locales ? Existe-t-il une culture mat&eacute;rielle de l&rsquo;ordre et de quelle mani&egrave;re pourrait-elle &ecirc;tre une cl&eacute; de compr&eacute;hension de l&rsquo;histoire des polices et de la s&eacute;curit&eacute; publique ? Pour le programme, voir https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw047.afficher_liste_nouvelles?owa_no_site=1201&amp;owa_no_fiche=16&amp;owa_annee_session=&amp;owa_sigle=&amp;owa_groupe=&amp;owa_contexte=&amp;owa_no_nouvelle=1174&amp;owa_no_rubrique=9&amp;owa_apercu=N&amp;owa_brouillon=N&amp;owa_imprimable=N&amp;owa_maj_historique=N.">1</a></sup> ont soulevé plusieurs questions et ont suscité des discussions stimulantes. Dans le but de poursuivre cette réflexion, nous proposons une synthèse des interventions en présentant les tendances communes et des pistes de recherches que nous croyons pertinentes. Notre démarche, qui se veut prospective, s’articule autour de deux dimensions complémentaires.

D’une part, notre article se divise en fonction de trois niveaux d’analyse de cette notion de matérialité<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_2_32326" id="identifier_2_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Soulev&eacute;s par Margo De Koster dans sa conclusion, les trois niveaux sont : iconographique, s&eacute;miologique et contextuelle ; M. De Koster (Groupe de Recherche en Histoire sociale depuis 1750, UGent), &laquo; Conclusion et perspectives &raquo;.">2</a></sup>. Prise au premier degré, la matérialité policière s’analyse de manière physique, tangible et concrète ; au second degré, la matérialité devient plus figurative et l’analyse se cadre sur la symbolique et les représentations ; en arrivant au troisième degré, la matérialité est comprise dans toute sa complexité et elle permet d’étudier des processus historiques à partir de problématiques nouvelles

D’autre part, la synthèse que nous proposons doit se voir comme un exercice de réflexion à partir duquel — nous l’espérons — les discussions pourront se poursuivre et alimenter la recherche. Dans cette optique, une seconde dimension concerne un élément qui n’a pas été approfondie lors de l’atelier : il s’agit de la perspective comparative, entre le Québec et la Belgique, en vue de dépasser seule juxtaposition de présentations. Pour montrer l’intérêt de cette perspective dans l’étude historique de la matérialité policière, nous développ(er)ons certains points spécifiques de l’aspect comparatif en parallèle.
<h3><strong>1. Caractérisation et objectivation de la matérialité policière : regards historiens sur les objets de la police</strong></h3>
En prenant pour objet d’étude la matérialité policière, l’historien se retrouve à la frontière de la discipline historique et de la discipline archéologique (étudier les objets du passé dans leur contexte). Or, bien que ces dernières soient proches, le croisement des sources et les méthodes d’analyses qui leur sont propres produisent inévitablement des points de fuite qui les distingue. De fait, étudier les objets policiers en eux-mêmes dans une perspective historienne exige d’abord et avant tout une caractérisation et une objectivation de cette « matérialité policière ». Cette opération implique donc forcément une critique de la source, mais également une analyse descriptive de l’objet. De manière plus ou moins approfondie, ce genre d’analyse se retrouve ainsi à la base de toutes études sur l’histoire des matérialités (policières ou non) et constitue un premier point de départ pour une grande variété de problématiques et d’approches originales.
<h4><strong>1.1.</strong><strong>Les sources de la matérialité policières : une question de conservation et de croisement</strong></h4>
En histoire, le chercheur est toujours tributaire des sources à sa disposition. Dans une logique d’étude matérielle, deux solutions s’offrent à lui : soit partir des objets directement, soit chercher leurs traces dans d’autres sources. Or, toutes les sources ne présentent pas les mêmes enjeux de conservation et il est nécessaire d’en tenir compte. Envisageons d’abord une perspective documentaire. Parfois — voire trop souvent, le manque de ressources des services d’archives et les contraintes d’espace forcent les archivistes à élaguer certains fonds. Or les documents « techniques » ou gardant trace des objets (notices techniques, dossiers d’achats, modes d’emploi) ne sont pas nécessairement en tête des priorités de conservation. Dans d’autres cas, les corpus sont constitués postérieurement au contexte de production des archives ; c’est le cas des sources utilisées par Xavier Rousseaux et Vincent Mazy, des dossiers documentaires sur les casernes des brigades de la gendarmerie belge, qui ont été constitués à partir de documents variés par un centre d’histoire et de tradition de l’institution. Du point de vue des objets, comme l’a rappelé David Somer dans sa conclusion, leur conservation dépend également de la durabilité même des matériaux et des contraintes liées à leur contexte d’utilisation ; par exemple, tout ce qui concerne les usages d’objets non officiels — ou « système D » mis en place par les policiers dans l’exercice de leurs fonctions, tandis que d’autres ne sont que des consommables dont la conservation n’a longtemps pas été une priorité.

Alors, comment devons-nous composer avec les inégalités et les lacunes dans la conservation des sources matérielles ? Ce n’est qu’avec le croisement des sources — et un peu de créativité — que l’historien peut créer son propre « système D » et ainsi parvenir à contourner les problèmes de conservation. Par exemple, David Somer mentionne la pertinence des photographies et des témoignages (écrits et oraux) pour étudier l’histoire de la matérialité policière. Ces sources peuvent ensuite être croisées avec des archives administratives, des articles de presse et des revues officielles ou officieuses.

Enfin, un élément important qui a été soulevé lors des discussions est celui de l’importance des budgets dans l’étude de la matérialité policière. Effectivement, en accédant aux dépenses de la police, il devient possible de déceler la trace d’objets n’ayant probablement pas été conservés, mais également des traces de tout ce qui concerne l’administration de la police. Par exemple, nous pourrions étudier grâce à ces données, la place du personnel de bureau dans le quotidien de la police, ou bien l’évolution des dépenses de la police. Enfin, en termes de traces, le patrimoine bâti est certainement l’un des aspects de la matérialité policière le plus susceptible de laisser une marque sur le territoire et, avec les bons outils, cela peut nous aider à mieux comprendre l’évolution de la pratique policière.
<h4><strong>1.2.</strong><strong> Deux revues avec un objectif en commun : Polices belges et québécoises dans la cité</strong></h4>
Les revues policières sont des exemples intéressants pour illustrer ces questions documentaires. Prenons le cas de la <em>Revue belge de police administrative et judiciaire</em> (RBPAJ) et celui de la revue de la Sûreté du Québec (<em>Sûreté</em>). Quels sont les éléments qui permettent de distinguer ou de rapprocher ces revues policières et qu’est-ce que cela peut nous apprendre sur leurs contextes d’édition respectifs ? De fait, ces deux revues sont de véritables exercices de relation publique qui — si utilisées comme sources premières ou comme objets d’étude — peuvent permettre aux historiens de répondre à bien d’autres questions.

Dans la présentation de François Welter, la RBPAJ est citée comme source pour illustrer l’un des traits caractéristiques de la Police judiciaire belge qui est le service du renseignement. Grâce à cette revue, nous apprenons comment, en 1935, la police judiciaire de Bruxelles tente de se valoriser en présentant sa grande capacité à recueillir et à traiter de l’information. Pour illustrer les arguments évoqués par la police judiciaire pour démontrer son importance, Welter cite un témoignage dans lequel nous apprenons qu’elle a ouvert plus de 300 000 dossiers depuis sa création, qu’elle détient des millions de fiches de criminels (nationaux et internationaux) et que le tirage journalier du <em>Bulletin central de signalement</em> (BCS). Ce dernier élément nous permet de faire un parallèle avec le Centre de Renseignements policiers du Québec (CRPQ) qui est présenté dans la revue québécoise.

La comparaison systématique de plusieurs revues policières provenant de lieux et d’époques différentes offre certainement des perspectives de recherche jusqu’à présent peu explorées. Au-delà de la seule question de la matérialité, il est également possible de comparer les formes de publication de plusieurs revues (nombre de tirages, persistance dans le temps, publics visés, composition des comités de rédaction, revue officielle ou officieuse, etc.), ou bien d’analyser l’évolution d’une seule revue à travers le temps. De plus, en fonction du type de revue étudiée (interne à l’institution, ou externe pour un public plus large), les objectifs des publications ne seront pas les mêmes ; une revue destinée aux policiers cherchera à leur communiquer de l’information pratique ou à leur faire des rappels, tandis qu’une revue grand public sera plutôt orientée vers le maintien d’une bonne image institutionnelle et elle cherchera à convaincre les citoyens de la pertinence des actions de la police. Quel que soit le public qu’elles visent, ces revues constituent de précieuses sources pour s’interroger à propos du matériel des polices, ou de leurs modes de fonctionnement.

Par exemple, dès 1974, la revue <em>Sûreté</em> consacre plusieurs articles à la mise en place du CRPQ. Comme pour la police judiciaire de Bruxelles en 1935, le service de communication de la Sûreté du Québec (SQ) cherche à démontrer sa capacité de renseignement au public (policiers inclus). Ainsi, la SQ veut témoigner de la modernité de son institution qui parvient à s’adapter « aux besoins nouveaux de la société nouvelle<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_3_32326" id="identifier_3_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo; Sommaire &raquo;, Revue de la S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec, vol. 4, 1974, p. 1.">3</a></sup>». Cette opération de relation publique prend tout son sens lorsqu’on la replace dans le contexte de profonde réorganisation que connaît l’institution policière québécoise dans les années 1960-1970<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_4_32326" id="identifier_4_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Au Qu&eacute;bec, cette p&eacute;riode est g&eacute;n&eacute;ralement qualifi&eacute;e par le chrononyme &laquo; R&eacute;volution tranquille &raquo;.">4</a></sup>. Dans les deux revues, on distingue plusieurs niveaux de lecture : un message contemporain sur les représentations des polices d’une part, mais aussi de nombreuses informations sur leur fonctionnement et équipement que l’historien se doit de réinterroger.
<h4>1.3.La pertinence des SIG pour étudier la matérialité policière et cartographier l’évolution des lieux de la police</h4>
Lors de la présentation sur les casernes de la gendarmerie belge dans le Brabant, Vincent Mazy est passé très rapidement sur l’outil SIG <em>Geopunt vlaanderen</em><sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_5_32326" id="identifier_5_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir : &laquo; Digitaal Vlaanderen &raquo;, Geopunt, https://www.geopunt.be/, consult&eacute; le 5 avril 2023.">5</a></sup> et nous aimerions prendre le temps d’en discuter. L’utilisation d’outils SIG<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_6_32326" id="identifier_6_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Acronyme pour &laquo; syst&egrave;mes d&rsquo;information g&eacute;ographique &raquo;. Voir http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/systemes-dinformation-geographique-sig-et-geomatique.">6</a></sup> n’est plus seulement réservée à quelques disciplines comme la géomatique ou la géographie, mais est de plus en plus courante en recherche historique<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_7_32326" id="identifier_7_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Par exemple, le Centre interuniversitaire d&rsquo;&eacute;tudes qu&eacute;b&eacute;coises utilise actuellement des outils comme QGIS pour croiser et analyser des donn&eacute;es provenant, entre autres, des recensements d&eacute;cennaux canadiens, des r&ocirc;les d&rsquo;&eacute;valuation municipaux et des plans d&rsquo;assurance incendie de diff&eacute;rentes &eacute;poques. Voir : &laquo; Espace CIEQ &raquo;, https://espace.cieq.ca/, consult&eacute; le 6 avril 2023.">7</a></sup>. Cela dit, de quelles manières ce genre d’outil peut-il être employé dans l’analyse descriptive de la matérialité policière et des lieux de la police ? Pour lancer la discussion, nous proposons quelques pistes d’analyses qui pourraient être intéressantes.

Dans une approche comparative entre le Québec et la Belgique, il serait intéressant d’analyser les différences géographiques dans la répartition des lieux de la police comprise au sens large (casernes, postes de police, prisons, etc.). Comme Xavier Rousseaux et Vincent Mazy l’ont très bien montré, la décision d’implanter une caserne dans un lieu précis dépend de plusieurs facteurs. Nous pensons notamment aux différences entre casernes rurales et casernes urbaines, à leurs emplacements (en ville et en campagne), aux distances entre les casernes disposant de prisons de passage, aux frontières administratives et internationales, etc. Ainsi, en cumulant toutes les données que peuvent fournir les archives policières à propos des lieux qui concernent la police, il est possible d’en recréer la géographie à un moment de l’histoire, puis, d’en retracer l’évolution dans le temps. À ce niveau, les recherches sur la police et la gendarmerie belge semblent bien avancées, mais on ne peut malheureusement pas en dire autant pour le Québec.

Le croisement entre des sources matérielles, des outils SIG et des archives documentaires serait grandement bénéfique à la connaissance de la matérialité (immobilière) policière belge et québécoise. D’une part, dans une perspective de cartographie historique, cela nous permettrait de mieux visualiser comment a évolué la répartition géographique des lieux de la police sur ces deux territoires. D’autre part, parce qu’une comparaison entre le Québec et la Belgique, qui ont des modèles policiers et des contextes géographiques très différents, favoriserait l’élaboration de problématiques originales. À titre d’exemple, nous pourrions analyser comment la géographie a pu influencer l’évolution du système policier; l’étendue du territoire québécois et sa faible densité de population pose certainement des problématiques spécifiques auxquelles la police belge n’a pas été confrontée et inversement.
<h3><strong>2. Le matériel policier, un sujet hautement symbolique</strong></h3>
Lorsqu’il est question de police, les discussions et les débats viennent souvent solliciter une réponse émotionnelle forte chez le public. Les différents corps de police sont sujets à des critiques de plus en plus fréquentes de la part de la population qu’elle est censées desservir. Les relations publiques deviennent un enjeu de taille pour la police et au-delà des simples communiqués de presses ou des actions communautaires. Certes, le matériel policier incarne l’image que la Police désire projeter en tant qu’institution de maintien de l’ordre, mais cette image reflète également – dans une certaine mesure – les attentes que le public a envers la Police. Si parfois l’intention ne se réalise pas pleinement, la réception de ces objets par le public est tout aussi intéressante et peut nous en apprendre beaucoup sur l’attitude d’une société envers la police<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_8_32326" id="identifier_8_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La question des cam&eacute;ras portatives en est un bon exemple. &Agrave; ce sujet, voir Camille Faubert et Annie Gendron, &laquo; Cam&eacute;ras portatives sur policiers : &eacute;tat de la situation au Canada &raquo;, Les Presses de l&rsquo;Universit&eacute; Laval, vol.&nbsp;54,&nbsp;n&deg;&nbsp;1 (Printemps&nbsp;2021), p. 41-67.">8</a></sup>.

De fait, l’analyse de la symbolique du matériel policier est un champ d’études fort pertinent. Pour ce second niveau d’analyse, nous discuterons donc des tensions autour de l’utilisation du bouclier (par les gendarmes belges) lors des opérations de contrôle des foules, de l’évolution des symboles auxquels s’identifient les policiers et de l’analyse de certains aspects symboliques qui sont parfois intégrés à l’architecture des bâtiments comme les casernes.
<h4>2.1. Ce que porte la police</h4>
Les symboles les plus évidents se retrouvent généralement sur les policiers eux-mêmes. Les uniformes des policiers ne sont pas conçus par hasard. Ils sont pensés de manière à permettre aux officiers l’exercice de leurs fonctions de la manière la plus optimale possible, mais ces uniformes sont quand même teintés de considérations autres qu’utilitaires. Les uniformes placent les policiers à part de la société civile et servent à développer un sentiment d’unité et un esprit de corps. Il n’est pas surprenant que cette facette de leur apparence soit soignée. La présentation de David Somer dans le cadre de la conférence fait tout de même état d’une situation particulière pour le cas des policiers judiciaires.

En effet, la police judiciaire belge n’a pas d’uniforme à proprement parler. Il existe également toutes sortes de corps de police qui emploient des agents en civil. Leur apparence n’est pas moins réfléchie. Dans le cas des enquêteurs de la police belge, François Welter mentionne que ces agents ont un certain code vestimentaire à respecter afin de maintenir une image de sérieux face au public et aux magistrats avec lesquels ils interagissent<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_9_32326" id="identifier_9_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Fran&ccedil;ois Welter (CARHOP, UCLouvain), &laquo; L&rsquo;enqu&ecirc;teur de la police judiciaire pr&egrave;s les parquets : homme d&rsquo;action ou bureaucrate ? &raquo;.">9</a></sup>. De son côté, Somer nous apprend que la police judiciaire belge avait certains éléments qui servaient à l’identifier, comme la carte de service tricolore et la médaille de service. Cependant, le brassard a quant à lui été adopté officieusement jusqu’en 1992 où il sera finalement intégré à leur uniforme<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_10_32326" id="identifier_10_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="David Somer (CHDJ, UCLouvain), &laquo; Les objets de la police judiciaire pr&egrave;s les parquets belges : miroir de son quotidien, de ses savoirs et repr&eacute;sentations (1950-2001) &raquo;">10</a></sup>.

L’utilité du brassard servait notamment à identifier les policiers en civil lors de fusillades. Les considérations pratiques sont donc toujours présentes lorsque l’on conçoit l’uniforme des policiers, mais on peut penser que ce vêtement contribuait aussi à l’esprit de corps des policiers judiciaires. Après tout, ils avaient maintenant un marqueur pour s’identifier facilement entre eux. Cette dernière affirmation mériterait d’être creusée. On comprend néanmoins que l’étude des objets sous un angle purement symbolique soulève de nombreuses questions à approfondir dans le futur.

Dans sa présentation, Élie Teicher traite aussi du bouclier employé par certains policiers. Il s’agit d’un outil de travail dont la pertinence semble évidente pour les policiers antiémeutes, car il leur permet de se protéger et de maintenir les manifestants à distance. En revanche, on peut penser à l’image que cela projette et, comme nous l’avons vue dans la présentation, l’achat de bouclier a aussi été soumis au test de la perception du public. L’état-major des gendarmes belges hésita longtemps avant d’utiliser des boucliers. Ceux-ci donneraient une image trop défensive à la police, que l’on veut plutôt proactive et rapide. Teicher mentionne également que les objets qui sont utilisés par certains corps spécifiques deviennent une source de fierté pour les membres de ce corps<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_11_32326" id="identifier_11_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Elie Teicher (RPI, ULi&egrave;ge), &laquo; Grenades lacrymog&egrave;nes, matraques et boucliers. Pour une histoire sociale du mat&eacute;riel de la police des foules &raquo;">11</a></sup>. Les objets deviennent donc des symboles par lesquels l’identité policière se construit. Les symboles choisis peuvent donc nous en apprendre sur la manière dont la police se perçoit et perçoit son rôle dans la société.
<h4>2.2. Les casernes, un symbole de l’emprise géographique de la police en Belgique</h4>
Pour Xavier Rousseaux et Vincent Mazy, qui offrent un regard sur l’espace occupé par la police, les casernes représentent la manière dont la police veut — ou peut — occuper le territoire. Lorsque vient le temps d’établir une caserne, les considérations pratiques sont certes au premier plan; néanmoins, plusieurs choix très symboliques guident les policiers.

Rousseaux explique qu’autrefois, en Belgique, les casernes en milieu rural reprenaient d’anciennes fermes. Cependant, avec le temps, il est possible de constater une certaine volonté de standardisation au sein des casernes de police belges. Des différences persistent toutefois entre les casernes qui abritaient des « brigades à cheval » et celles qui abritaient des « brigades à pied »<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_12_32326" id="identifier_12_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Xavier Rousseaux (CHDJ, FRS-FNRS, UCLouvain), Vincent Mazy (CHDJ, UCLouvain) , &laquo; Les casernes de la gendarmerie belge sous l&rsquo;objectif : l&rsquo;exemple de la province de Brabant &raquo;.">12</a></sup>. La standardisation des bâtiments sert à présenter une image moderne et professionnelle de la police, mais elle marque également la fin des casernes de circonstances (dans des bâtiments choisis plus pour leur emplacement que pour leurs caractéristiques architecturales) et le passage vers des bâtiments pensés et conçus pour remplir la fonction de caserne. Il y a donc là un potentiel symbolique important. Il en va de même pour la question des inaugurations abordée par Vincent Mazy<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_13_32326" id="identifier_13_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid.">13</a></sup>. Outre le simple aspect visuel des bâtiments, les inaugurations de ces derniers sont des moments où les rites et les discours employés peuvent avoir une grande portée symbolique. On peut se demander s’il s’agissait de moments de célébrations où toute une communauté était invitée, ou plutôt des évènements sobres qui ne cherchaient pas nécessairement à attirer l’attention du public outre mesure. Bref, il s’agit là encore d’une piste de recherche intéressante.
<h3><strong>3. Au-delà de l’objet : discours, acteurs et contextes d’utilisation</strong></h3>
Nous l’avons bien compris, les sources et les archives de la matérialité policière peuvent être analysées — au premier et au second degré — à partir de plusieurs points de vue et à l’aide de méthodes et d’outils très variés. La contextualisation, bien qu’elle demeure souvent à l’arrière-plan, ne doit toutefois pas être négligée. Le contexte est ce qui permet d’historiciser et d’objectiver la matérialité. Dans ce troisième niveau d’analyse, nous prenons donc plus de hauteur et nous centrons la focale non pas sur les objets de la matérialité policière en eux-mêmes, mais sur leurs contextes d’utilisation. Nous cherchons donc à montrer l’importance du contexte social, politique et économique dans l’analyse de la matérialité policière.

Ainsi, quel lien y a-t-il entre les discours (publics ou privés<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_14_32326" id="identifier_14_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo; Public &raquo; dans le sens o&ugrave; le message est destin&eacute; &agrave; &ecirc;tre entendu dans l&rsquo;espace public (d&eacute;bats politiques, revendications sociales, etc.) et &laquo; priv&eacute; &raquo; dans le sens o&ugrave; le message est destin&eacute; &agrave; un groupe restreint (Lobby s&rsquo;adressant aux dirigeants, d&eacute;bats internes, etc.).">14</a></sup>) émis par certains acteurs de la société et le fait d’utiliser ou de ne pas utiliser des outils spécifiques ? Pourquoi certains objets et certaines normes apparaissent-ils, ou se transforment-ils, dans un contexte plutôt que dans un autre ? En soulignant cette importance des contextes sociaux et politiques, nous verrons que les discours des divers acteurs (policiers, dirigeants, société civile, etc.) révèlent une dimension qui dépasse largement le seul aspect de la matérialité. C’est notamment le cas avec l’utilisation et l’acquisition d’outils comme les gaz lacrymogènes.

En outre, des objets comme les diplômes et les uniformes peuvent nous en apprendre beaucoup à propos du processus de professionnalisation de la police. Selon l’angle d’approche choisi, l’apparition d’une formation standardisée donnant au métier de policier — et l’octroi d’un diplôme qui en atteste la réussite — suggère une analyse intéressante de la place du policier dans la société, car « le diplôme sert à constituer une valeur marchande du savoir, ça permet également de faire croire à ceux qui n’ont pas le diplôme qu’ils ne sont pas en droit de savoir et qu’ils ne seraient pas capables de savoir<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_15_32326" id="identifier_15_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Michel Foucault &agrave; propos de l&rsquo;&eacute;cole, 2016, https://www.youtube.com/watch?v=VjsHyppHiZM">15</a></sup>»; du moins, c’est ce que Michel Foucault semblait croire.
<h4>3.1. Société et matérialité : une relation d’influence</h4>
Dans sa présentation sur l’histoire du matériel policier en contexte de gestion des foules, Élie Teicher nous a bien démontré la dynamique complexe des relations entre matérialité policière et société. En outre, nous avons également pu voir que, selon le contexte social, certains objets deviennent plus sensibles que d’autres aux discours, aux enjeux de mémoire ou aux influences de certains lobbys. C’est notamment le cas des outils de gestion des foules comme les gaz lacrymogènes et le mise en service (ou non) du fusil « Anti Riot Weapon ENfield 37 » (ARWEN 37) dans la gendarmerie des années 1980.

En ce qui concerne l’histoire de l’utilisation des gaz lacrymogènes<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_16_32326" id="identifier_16_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir Anna Feigenbaum, Petite histoire du gaz lacrymog&egrave;ne : des tranch&eacute;es de 1914 aux gilets jaunes, Montreuil, &Eacute;ditions Libertalia, 2019.">16</a></sup> par la gendarmerie belge<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_17_32326" id="identifier_17_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Sur l&rsquo;utilisation du gaz lacrymog&egrave;ne, voir : Anna Feigenbaum, Petite histoire du gaz lacrymog&egrave;ne : des tranch&eacute;es de 1914 aux gilets jaunes, trad. par Philippe Mortimer, Montreuil, &Eacute;ditions Libertalia, 2019, 321p.">17</a></sup>, Élie Teicher explique qu’elle n’est pas linéaire et qu’elle dépend de plusieurs facteurs. Ainsi, lorsque les gaz sont utilisés lors d’une grève en 1935, la mémoire collective des morts par asphyxie dans les tranchées est encore trop vive et un consensus de l’opinion publique force la gendarmerie belge à abandonner cet outil. Toutefois, à peine cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le contexte devient plus favorable à une utilisation des gaz à cause de leur niveau de dangerosité plus faible comparativement à l’usage des armes à feu. À la suite de cette réintroduction, on recommence à dénoncer publiquement l’usage des gaz lacrymogènes, mais le contexte — mémoriel et politique — a changé et la gendarmerie augmente l’achat de cet outil ; il faudra attendre jusqu’à une période très récente pour que son usage soit limité, mais non pas abandonné.

Dans le cas de l’arme antiémeute ARWEN 37, la situation est très différente. Selon Teicher, l’attention accordée à cette arme, en 1985, dans la <em>Revue de la gendarmerie belge</em> révèle une étrange fascination à une époque où la confrontation de rue est très modérée en Belgique. Dans les faits, le constat de conflictualité qui transparaît dans le discours visant à promouvoir cette arme ne correspond pas avec la réalité. Devant ce genre de situation, l’historien est invité à se poser plusieurs questions. Par exemple, quelle est la part d’influence des firmes privées dans la promotion et l’achat de ce type d’équipement ? Pour Élie Teicher, la question reste ouverte et elle mériterait certainement l’attention des historiens et des historiennes qui s’intéressent à la matérialité policière. Nous sommes du même avis; d’autant plus que les archives qui permettent de s’y intéresser sont nombreuses.

En ce qui concerne les archives, nous avons trois exemples concrets qui permettent d’illustrer le champ des possibles pour la recherche historique<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_18_32326" id="identifier_18_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Nous donnons ces exemples &agrave; titre indicatif seulement, mais un sondage rapide des divers fonds d&rsquo;archives accessibles nous permet d&rsquo;affirmer que de nombreux autres cas auraient pu &ecirc;tre mentionn&eacute;s.">18</a></sup>. D’abord, sur le site web de la bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec, nous avons trouvé la retranscription d’un débat du 10 septembre 1969<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_19_32326" id="identifier_19_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Assembl&eacute;e nationale du Qu&eacute;bec, &laquo; Commission parlementaire sp&eacute;ciale sur la refonte du code de route (3) &raquo;, Qu&eacute;bec, 10 septembre 1969, p. 3347-3382.">19</a></sup> dans lequel il y a plusieurs détails à propos de l’implantation des éthylomètres. On y apprend que l’appareil est un « analyseur d’haleine Borkenstein<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_20_32326" id="identifier_20_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p. 3351.">20</a></sup>», qu’il coûte « environ 780 $<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_21_32326" id="identifier_21_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid.">21</a></sup>» et que « [l]a Sûreté provinciale en a commandé 20<a href="#_ftn22" name="_ftnref22"></a><sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_21_32326" id="identifier_22_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid.">21</a></sup>». D’autres détails méritent d’être soulignés : nous apprenons qu’à cause de l’étendue du territoire couvert par la Sûreté provinciale du Québec, cette dernière serait « plus efficace avec 40 appareils<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_22_32326" id="identifier_23_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p. 3352.">22</a></sup>» et on justifie l’utilisation de ces appareils en mentionnant qu’ils sont déjà utilisés en Angleterre, en Allemagne, en France, en Suisse et dans plusieurs autres pays.

Ensuite, pour le second exemple, nous avons utilisé l’outil <em>Advitam</em> de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Dans le fonds Sûreté du Québec des Archives nationales à Montréal, nous avons trouvé une boîte<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_23_32326" id="identifier_24_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Archives nationales &agrave; Montr&eacute;al, Fonds S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec, E100 (Contenu : 2011-10-005 \ 28), 1956-1981.">23</a></sup>qui contient des dossiers « sur l’aménagement des locaux et des immeubles de postes de la Sûreté du Québec relevant des districts de Montréal (district 6) et de la Montérégie (district 10, faisant partie avant 1998 du district de Montréal)<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_24_32326" id="identifier_25_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="BAnQ, &laquo; D&eacute;tail de la notice : Fonds S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec &raquo;, Advitam, https://advitam.banq.qc.ca/notice/519973 (page consult&eacute;e le 20 juin 2023).">24</a></sup>». Dans ces dossiers qui couvre la période 1956-1981, on y trouve notamment des informations sur les besoins d’entretien de douze postes de police, les demandes en matériel et en équipement, l’aménagement des postes, des photographies, les budgets, les ressources humaines et plus encore.

Enfin, le dernier exemple illustre le genre d’informations qu’on peut retrouver à propos des armes dans les archives belges. Dans l’inventaire DSO-2 des archives de l’état-major de la gendarmerie conservées aux archives générales du Royaume (AGR), la référence portant le numéro 1994/12 contient un « Inventaire des pièces d’un dossier Ordre public – II ». Puis, on précise que « cet inventaire fourni des références à des directives et notes de corps relatives au maintien de l’ordre de 1949 à 1954, concernant par exemple les camions arroseurs, les grenades lacrymogènes, l’organisation de piquet, l’armement à emporter en service d’ordre, etc. ». Après avoir dépouillé plusieurs inventaires d’archives belges<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_25_32326" id="identifier_26_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Les inventaires suivants ont &eacute;t&eacute; d&eacute;pouill&eacute; par Gabriel Ferland au printemps 2023&nbsp;: &laquo;&nbsp;DSO-2&nbsp;&raquo;&nbsp;; &laquo;&nbsp;Inventaire des archives de la Gendarmerie. &Eacute;tat-major (Versement 1973-1989). 1952-1979&nbsp;&raquo; ; &laquo;&nbsp;Inventaire des archives de la Gendarmerie. &Eacute;tat-major g&eacute;n&eacute;ral. Direction sup&eacute;rieure des Op&eacute;rations (DSO). 1945-1990&nbsp;&raquo;&nbsp;; &laquo;&nbsp;Inventaire des archives de la Police f&eacute;d&eacute;rale. Service historique. Dossiers de Brigades de Gendarmerie. 1837-2003&nbsp;&raquo; ; &laquo;&nbsp;Inventaire des archives du Minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur. Police g&eacute;n&eacute;rale du Royaume. Dossiers des commissaires de police&nbsp;&raquo; ; &laquo;&nbsp;Inventaire des archives de la Police f&eacute;d&eacute;rale. Centre de documentation et de connaissances (DSEK). 1920-2013&nbsp;&raquo;&nbsp;; voir https://www.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=nos-projets&amp;r=projets-de-recherche&amp;pr=napol-intel-nationalisation-de-l-information-policiere-en-belgique-1918-1961-processus-de-democratisation-et-gestion-bureaucratique-des-connaissances#5.">25</a></sup>, nous avons identifié de nombreuses autres références de ce genre.
<h4>3.2. Étudier la professionnalisation et les transformations de la Police à partir de la matérialité : quelques pistes à explorer</h4>
David Somer a pour sa part abordé la question de la vie administrative et des marqueurs de la fonction de police judiciaire. Les archives et les objets qui y sont reliés témoignent des conséquences que peuvent avoir les transformations sociales sur l’institution policière. C’est donc pour alimenter la discussion autour de ce type de sources — mais également pour faire écho à la question posée par Julien Prud’homme<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_26_32326" id="identifier_27_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dans le second bloc de discussion, Julien Prud&rsquo;homme demandait : dans quelle mesure la mise en avant de la mat&eacute;rialit&eacute; polici&egrave;re, ou des outils policiers, peut &ecirc;tre lue comme un discours de professionnalisation et une affirmation d&rsquo;identit&eacute; ?">26</a></sup>— que nous avons sélectionné les diplômes et les uniformes comme traces matérielles de la professionnalisation et des transformations de la Police. Tandis que les diplômes — ou tous autres documents de formation<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_27_32326" id="identifier_28_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pour nous, le dipl&ocirc;me est la preuve officielle qu&rsquo;un policier a suivi une formation obligatoire avant de devenir policier; tandis que toutes autres certificats ou attestions sont plut&ocirc;t reli&eacute;s &agrave; des formations sur un outil ou sur une technique sp&eacute;cifique pendant que le policier est en poste.">27</a></sup>— nous renseignent sur les exigences d’accès à la fonction de police et sur l’usage de certains types de matériel qui nécessite des connaissances particulières (éthylomètre, cinémomètre, armes à feu, etc.); la présence, ou l’absence d’un uniforme nous renseignent plutôt sur les accessoires que le policier transporte avec lui et sur l’image que l’institution veut projeter d’elle-même.

Sur le plan des conséquences du contexte social sur les transformations de l’institution policière, l’uniforme en tant que source peut être interrogé de plusieurs manières. Pour donner un exemple, dans une perspective de genre, nous pourrions nous interroger sur le lien entre l’augmentation du nombre de femmes policières et l’évolution, ou l’adaptation, de l’uniforme de police. Dans un contexte où les femmes occupent de plus en plus d’emplois non traditionnellement féminins, l’uniforme devient un révélateur de changement social qui peut nous aider à comprendre comment l’institution policière perçoit le corps des femmes à un moment de l’histoire ou, dans une perspective diachronique, qui permet d’analyser l’évolution de cette perception à travers le temps.

Les diplômes et les certificats, pour leur part, témoignent des efforts de professionnalisation de la Police et peuvent être analysés comme les traces des parcours de formation des policiers, mais également comme la trace des formations reconnues par l’institution. Une perspective comparative permettrait d’élaborer des problématiques intéressantes concernant la professionnalisation des policiers belges et québécois. En effet, si les modèles policiers de la Belgique et du Québec sont aujourd’hui différents à bien des égards, l’histoire des processus de professionnalisation nous permettrait certainement de mieux comprendre ces divergences. Du côté belge, un début de réflexion est déjà présent vers le milieu du XIX<sup>e</sup> siècle pour réformer et uniformiser les polices des grandes villes comme Bruxelles, Gand, Liège et Anvers<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_28_32326" id="identifier_29_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Luc Keunings, &laquo;&nbsp;1830-1870. L&rsquo;&eacute;volution contrast&eacute;e de polices ax&eacute;es sur le contr&ocirc;le social et la d&eacute;fense des propri&eacute;t&eacute;s&nbsp;&raquo;, dans L. Keunings, Des polices si tranquilles : Une histoire de l&rsquo;appareil policier belge au XIXe si&egrave;cle, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2013, p. 23-24.">28</a></sup> ; dans les campagnes, au même moment, on commence à dénoncer le faible niveau de qualification des policiers communaux<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_29_32326" id="identifier_30_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p. 26.">29</a></sup>, mais, dès les années 1870 et 1880, on constate un réel intérêt pour la formation des policiers<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_30_32326" id="identifier_31_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p. 65.">30</a></sup>. Au Québec, le processus est beaucoup plus tardif et hétérogène. Au niveau provincial, on commence à s’intéresser aux problèmes liés à la formation des policiers seulement à partir des années 1930, mais il faut attendre la fin des années 1960 pour qu’il y ait un véritable début de formation et de professionnalisation tant à l’échelle provinciale qu’à l’échelle municipale<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_31_32326" id="identifier_32_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="[1] Fran&ccedil;ois Beaudoin, &laquo;&nbsp;La formation polici&egrave;re &agrave; la S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec&nbsp;&raquo;, Patrimoine de la S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec, 2023, https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Sujet/La-formation-policiere-a-la-Surete-du-Quebec-022, consult&eacute; le 10 avril 2023.">31</a></sup>. Avant cela, on recrute la plupart des policiers parmi des civils qui n’ont aucune formation de base, parmi des gens jugés fidèles aux autorités, ou physiquement costauds pour que « force puisse rester à la loi ».

En somme, à l’aide de sources matérielles comme les diplômes et les uniformes, nous pourrions voir comment le contexte social a influencé la volonté politique dans l’organisation d’une police professionnelle bien formée et disposant d’un savoir de plus en plus technique. La comparaison entre la Belgique et le Québec devient d’autant plus intéressante lorsqu’on constate qu’il y a un écart de près d’un siècle entre le début de leurs processus de professionnalisation respectifs.
<h3><strong>Conclusion</strong></h3>
En conclusion, il ne fait aucun doute que l’étude de l’histoire de la matérialité policière offre des perspectives de recherche prometteuses et pour lesquelles les archives ne manquent pas. Les nombreuses discussions soulevées ont d’ailleurs montré que la perspective matérielle occupe déjà une certaine place dans plusieurs travaux d’histoire de la Police. Bien entendu, nous n’avons pas pu aborder tous les sujets présentés ni tous les échanges qui en ont découlé. C’est notamment le cas de l’analyse du discours qui – lorsqu’elle est mise en relation avec la matérialité – est une piste de recherche prometteuse. Des points soulevés lors des discussions permettent également de donner d’autres exemples de pistes à explorer et que nous tenons à mentionner.

Une problématique intéressante a été révélé au fil des discussions; celle du corps (physique) des policiers, ou plutôt des attentes de la société et de l’institution envers les attributs physiques liés à la fonction de police. Par exemple, Jonas Campion a mentionné que les policiers étaient autrefois sélectionnés en fonction de leur grandeur et leur carrure. Avec le temps, ces facteurs ne suffisaient plus et on cherchait une police entraînée et en forme. Comme l’a également souligné Margo de Koster, il s’agit d’un enjeu bien réel, car le physique des policiers est souvent remis en cause. Un policier jugé en mauvaise forme physique peut effectivement s’attirer les railleries du public, ce qui contribue à miner l’image de la police en tant qu’institution. Nous avons également pu constater un phénomène similaire dans la Revue de la SQ. En effet, la forme physique des policiers était l’une des préoccupations abordées dans plusieurs numéros. On y valorisait le conditionnement physique des policiers tout en les mettant en garde contre la sédentarité.

François Welter a pour sa part souligné le rôle du personnel de soutien (administratif ou technique) qui est généralement maintenu dans l’ombre au sein des organisations policières. Il existe certaines pistes qui pourraient servir à approfondir cette question dont la qualité est variable. Par exemple, les dossiers d’enquêtes peuvent être utiles, mais ils ne révèlent pas beaucoup d’informations sur le fonctionnement des enquêtes, donc, peu d’information sur le personnel civil qui épaule les enquêteurs. Parmi les sources envisageables, François Welter et David Somer sont d’accord pour dire que les dossiers du personnel sont une mine d’or pour quiconque désire étudier le quotidien de la police judiciaire. Ces dossiers contiennent pléthore d’éléments de la vie quotidienne et professionnelle des policiers qu’on ne retrouve pas ailleurs.

Enfin, nous espérons que cet atelier suscitera l’intérêt pour la recherche et que les pistes soulignées pourront servir d’inspiration, ou de point de départ, pour les travaux de demain. Le fort potentiel de recherche qu’offre le champ de la matérialité policière est indéniable, mais il est important de souligner que la matérialité n’est pas qu’une question d’objets. Il s’agit avant tout de rendre compte des traces laissées par les hommes et les femmes qui ont soit agi au sein de l’institution policière, ou qui ont été en contact avec elle. De plus, pour l’historienne ou l’historien, étudier la matérialité policière permet de porter un regard différent sur nos sociétés et nos institutions ; avouons également que la variété de sources à mobiliser permet de faire changement des archives papier habituelles.


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		<ol class="footnotes"><li id="footnote_1_32326" class="footnote">Le 13 janvier 2023, grâce au soutien du CIEQ et des Subventions institutionnelles du CRSH, « Soutien aux chercheurs émergents » (UQTR), s’est tenu l’atelier de recherche « Regards croisés pour une histoire de la matérialité policière (Québec-Belgique) ». Organisé par le professeur Jonas Campion, cet atelier exploratoire réunissait neuf étudiants et chercheurs en histoire (en Belgique et au Québec) pour réfléchir autour des questions suivantes : Que nous apprennent les objets utilisés par les polices, quant aux transformations de la sécurité publique ? Existe-t-il une logique transnationale de leur usage ou au contraire, ne sont-ils que les avatars de réalités policières locales ? Existe-t-il une culture matérielle de l’ordre et de quelle manière pourrait-elle être une clé de compréhension de l’histoire des polices et de la sécurité publique ? Pour le programme, voir <a href="https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw047.afficher_liste_nouvelles?owa_no_site=1201&amp;owa_no_fiche=16&amp;owa_annee_session=&amp;owa_sigle=&amp;owa_groupe=&amp;owa_contexte=&amp;owa_no_nouvelle=1174&amp;owa_no_rubrique=9&amp;owa_apercu=N&amp;owa_brouillon=N&amp;owa_imprimable=N&amp;owa_maj_historique=N">https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw047.afficher_liste_nouvelles?owa_no_site=1201&amp;owa_no_fiche=16&amp;owa_annee_session=&amp;owa_sigle=&amp;owa_groupe=&amp;owa_contexte=&amp;owa_no_nouvelle=1174&amp;owa_no_rubrique=9&amp;owa_apercu=N&amp;owa_brouillon=N&amp;owa_imprimable=N&amp;owa_maj_historique=N</a>. </li><li id="footnote_2_32326" class="footnote">Soulevés par Margo De Koster dans sa conclusion, les trois niveaux sont : iconographique, sémiologique et contextuelle ; M. De Koster (Groupe de Recherche en Histoire sociale depuis 1750, UGent), « Conclusion et perspectives ».</li><li id="footnote_3_32326" class="footnote">« Sommaire », <em>Revue de la Sûreté du Québec</em>, vol. 4, 1974, p. 1.</li><li id="footnote_4_32326" class="footnote">Au Québec, cette période est généralement qualifiée par le chrononyme « Révolution tranquille ».</li><li id="footnote_5_32326" class="footnote">Voir : « Digitaal Vlaanderen », <em>Geopunt</em>, <a href="https://www.geopunt.be/">https://www.geopunt.be/</a>, consulté le 5 avril 2023.</li><li id="footnote_6_32326" class="footnote">Acronyme pour « systèmes d&rsquo;information géographique ». Voir <a href="http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/systemes-dinformation-geographique-sig-et-geomatique">http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/systemes-dinformation-geographique-sig-et-geomatique</a>.</li><li id="footnote_7_32326" class="footnote">Par exemple, le Centre interuniversitaire d&rsquo;études québécoises utilise actuellement des outils comme QGIS pour croiser et analyser des données provenant, entre autres, des recensements décennaux canadiens, des rôles d&rsquo;évaluation municipaux et des plans d&rsquo;assurance incendie de différentes époques. Voir : « Espace CIEQ », <a href="https://espace.cieq.ca/">https://espace.cieq.ca/</a>, consulté le 6 avril 2023.</li><li id="footnote_8_32326" class="footnote">La question des caméras portatives en est un bon exemple. À ce sujet, voir Camille Faubert et Annie Gendron, « Caméras portatives sur policiers : état de la situation au Canada », <em>Les Presses de l’Université Laval</em>, vol. 54, n° 1 (Printemps 2021), p. 41-67.</li><li id="footnote_9_32326" class="footnote">François Welter (CARHOP, UCLouvain), « L’enquêteur de la police judiciaire près les parquets : homme d’action ou bureaucrate ? ».</li><li id="footnote_10_32326" class="footnote">David Somer (CHDJ, UCLouvain), « Les objets de la police judiciaire près les parquets belges : miroir de son quotidien, de ses savoirs et représentations (1950-2001) »</li><li id="footnote_11_32326" class="footnote">Elie Teicher (RPI, ULiège), « Grenades lacrymogènes, matraques et boucliers. Pour une histoire sociale du matériel de la police des foules »</li><li id="footnote_12_32326" class="footnote">Xavier Rousseaux (CHDJ, FRS-FNRS, UCLouvain), Vincent Mazy (CHDJ, UCLouvain) , « Les casernes de la gendarmerie belge sous l&rsquo;objectif : l&rsquo;exemple de la province de Brabant ».</li><li id="footnote_13_32326" class="footnote">Ibid.</li><li id="footnote_14_32326" class="footnote">« Public » dans le sens où le message est destiné à être entendu dans l&rsquo;espace public (débats politiques, revendications sociales, etc.) et « privé » dans le sens où le message est destiné à un groupe restreint (Lobby s&rsquo;adressant aux dirigeants, débats internes, etc.).</li><li id="footnote_15_32326" class="footnote"><em>Michel Foucault à propos de l’école</em>, 2016, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=VjsHyppHiZM">https://www.youtube.com/watch?v=VjsHyppHiZM</a></li><li id="footnote_16_32326" class="footnote">Voir Anna Feigenbaum, <em>Petite histoire du gaz lacrymogène : des tranchées de 1914 aux gilets jaunes</em>, Montreuil, Éditions Libertalia, 2019.</li><li id="footnote_17_32326" class="footnote">Sur l’utilisation du gaz lacrymogène, voir : Anna Feigenbaum, <em>Petite histoire du gaz lacrymogène : des tranchées de 1914 aux gilets jaunes</em>, trad. par Philippe Mortimer, Montreuil, Éditions Libertalia, 2019, 321p.</li><li id="footnote_18_32326" class="footnote">Nous donnons ces exemples à titre indicatif seulement, mais un sondage rapide des divers fonds d&rsquo;archives accessibles nous permet d&rsquo;affirmer que de nombreux autres cas auraient pu être mentionnés.</li><li id="footnote_19_32326" class="footnote">Assemblée nationale du Québec, « Commission parlementaire spéciale sur la refonte du code de route (3) », Québec, 10 septembre 1969, p. 3347-3382.</li><li id="footnote_20_32326" class="footnote"><em>Ibid</em>., p. 3351.</li><li id="footnote_21_32326" class="footnote"><em>Ibid</em>.</li><li id="footnote_22_32326" class="footnote"><em>Ibid., p. 3352.</em></li><li id="footnote_23_32326" class="footnote">Archives nationales à Montréal, Fonds Sûreté du Québec, E100 (Contenu : 2011-10-005 \ 28), 1956-1981.</li><li id="footnote_24_32326" class="footnote">BAnQ, « Détail de la notice : Fonds Sûreté du Québec », <em>Advitam</em>, <a href="https://advitam.banq.qc.ca/notice/519973">https://advitam.banq.qc.ca/notice/519973</a> (page consultée le 20 juin 2023).</li><li id="footnote_25_32326" class="footnote">Les inventaires suivants ont été dépouillé par Gabriel Ferland au printemps 2023 : « DSO-2 » ; « Inventaire des archives de la Gendarmerie. État-major (Versement 1973-1989). 1952-1979 » ; « Inventaire des archives de la Gendarmerie. État-major général. Direction supérieure des Opérations (DSO). 1945-1990 » ; « Inventaire des archives de la Police fédérale. Service historique. Dossiers de Brigades de Gendarmerie. 1837-2003 » ; « Inventaire des archives du Ministère de l’Intérieur. Police générale du Royaume. Dossiers des commissaires de police » ; « Inventaire des archives de la Police fédérale. Centre de documentation et de connaissances (DSEK). 1920-2013 » ; voir <a href="https://www.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=nos-projets&amp;r=projets-de-recherche&amp;pr=napol-intel-nationalisation-de-l-information-policiere-en-belgique-1918-1961-processus-de-democratisation-et-gestion-bureaucratique-des-connaissances#5">https://www.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=nos-projets&amp;r=projets-de-recherche&amp;pr=napol-intel-nationalisation-de-l-information-policiere-en-belgique-1918-1961-processus-de-democratisation-et-gestion-bureaucratique-des-connaissances#5</a>.</li><li id="footnote_26_32326" class="footnote">Dans le second bloc de discussion, Julien Prud&rsquo;homme demandait : dans quelle mesure la mise en avant de la matérialité policière, ou des outils policiers, peut être lue comme un discours de professionnalisation et une affirmation d’identité ?</li><li id="footnote_27_32326" class="footnote">Pour nous, le diplôme est la preuve officielle qu&rsquo;un policier a suivi une formation obligatoire avant de devenir policier; tandis que toutes autres certificats ou attestions sont plutôt reliés à des formations sur un outil ou sur une technique spécifique pendant que le policier est en poste.</li><li id="footnote_28_32326" class="footnote">Luc Keunings, « 1830-1870. L’évolution contrastée de polices axées sur le contrôle social et la défense des propriétés », dans L. Keunings, <em>Des polices si tranquilles : Une histoire de l’appareil policier belge au XIXe siècle</em>, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2013, p. 23-24.</li><li id="footnote_29_32326" class="footnote"><em>Ibid</em>., p. 26.</li><li id="footnote_30_32326" class="footnote"><em>Ibid</em>., p. 65.</li><li id="footnote_31_32326" class="footnote"><em>[1] François Beaudoin, « La formation policière à la Sûreté du Québec », Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2023, <a href="https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Sujet/La-formation-policiere-a-la-Surete-du-Quebec-022">https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Sujet/La-formation-policiere-a-la-Surete-du-Quebec-022</a>, consulté le 10 avril 2023.</em></li></ol>]]></content:encoded>
					
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		<title>L’ouverture à la recherche des archives des services de police : un pan entier de l’histoire de Belgique désormais accessible</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Arnaud Charon (AGR)]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 06 Mar 2023 09:39:26 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Archives – notice générale]]></category>
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<strong>Article publié en primeur sur <a href="https://www.contemporanea.be/fr/article/20223archlangpolice" target="_blank" rel="noreferrer noopener">la revue en ligne <em>Contemporanea</em></a></strong></p>

<p class="wp-block-paragraph">Héritière de la Gendarmerie depuis la réforme des polices en 2001, la Police fédérale conservait toujours les archives du Corps au musée de la Police, ancien Centre d’histoire et des traditions de la Gendarmerie (CHTG). Soucieuse de préserver ce patrimoine exceptionnel et de répondre aux exigences légales en matière archivistique, la Police fédérale a décidé en 2017 de transférer les archives de la Gendarmerie aux Archives générales du Royaume.</p>

<p><strong>Un projet de recherche</strong></p>

<p class="wp-block-paragraph">Cette décision a permis le lancement, en 2020, du projet <a href="https://arch.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=nos-projets&amp;r=projets-de-recherche&amp;pr=napol-intel-nationalisation-de-l-information-policiere-en-belgique-1918-1961-processus-de-democratisation-et-gestion-bureaucratique-des-connaissances">BRAIN 2.0 « Nationalisation de l’information policière en Belgique (1918-1961) : Processus de démocratisation et gestion bureaucratique des connaissances » (NaPol-Intel)</a>, financé par la Politique scientifique fédérale (BELSPO). Ce partenariat entre les AGR, l’UCLouvain et l’UGent a pour objectif l’étude des processus de nationalisation des services de police, au travers des mutations de la société belge, ainsi que l’analyse de la création et de la gestion de l’information policière comme outil de légitimation des pratiques policières et des politiques sécuritaires de notre pays. Mieux comprendre la façon dont l’État a réagi face à l’occupation de l’espace public, à la liberté accrue d’exprimer des opinions ou d’exercer un militantisme permettra également de mieux saisir les évolutions actuelles de notre société.<br />Pour ce faire, l’ouverture à la recherche, la numérisation et la valorisation d’archives jusqu’ici difficilement accessibles sont au cœur du projet.</p>

<p><strong>Focus sur deux institutions</strong></p>

<p class="wp-block-paragraph">Forte de près de deux siècles d’existence, la Gendarmerie a pour mission la conservation de la paix publique, la police administrative et judiciaire, et la surveillance des soldats. Restée longtemps le seul corps de police présent sur l’ensemble du territoire, elle connaît un véritable essor à la suite des crises socio-politiques de la fin du 19e siècle. Son organisation ne cesse dès lors de se densifier et ses effectifs sont constamment renforcés.</p>

<figure class="wp-block-image size-large">
<figure id="attachment_31323" aria-describedby="caption-attachment-31323" style="width: 550px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-1-AGR.jpg"><img decoding="async" class="wp-image-31323" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-1-AGR-1024x652.jpg" alt="" width="550" height="350" srcset="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-1-AGR-1024x652.jpg 1024w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-1-AGR-300x191.jpg 300w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-1-AGR-768x489.jpg 768w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-1-AGR-1536x978.jpg 1536w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-1-AGR-900x573.jpg 900w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-1-AGR-500x318.jpg 500w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-1-AGR.jpg 1710w" sizes="(max-width: 550px) 100vw, 550px" /></a><figcaption id="caption-attachment-31323" class="wp-caption-text">Bâtiment de la brigade d’Oordegem vers 1910 (AGR, Police fédérale. Dossiers des brigades de Gendarmerie, n°1863)</figcaption></figure>
</figure>

<p class="wp-block-paragraph">Les troubles sociaux et la radicalisation politique de la première moitié du 20e siècle vont accroître davantage encore son expertise sur le maintien de l’ordre. Organe militaire à l’esprit de corps omniprésent – « les hommes passent, […], mais l’institution doit subsister »<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/03/06/louverture-a-la-recherche-des-archives-des-services-de-police-un-pan-entier-de-lhistoire-de-belgique-desormais-accessible/#footnote_1_31303" id="identifier_1_31303" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ordre du jour de la Gendarmerie, 31 mars 1955, adieu du Commandant de la Gendarmerie, le colonel Biver.">1</a></sup> –, la Gendarmerie n’a paradoxalement accordé que peu d’intérêt à son propre patrimoine archivistique. Les documents étaient quasi systématiquement détruits une fois leur délai d’utilité administrative dépassé. C’est pourquoi on ne dispose pratiquement d’aucune archive du 19e siècle, et seulement d’une infime partie des archives de la première moitié du 20e siècle. L’intérêt pour la sauvegarde des archives historiques n’a germé que très tardivement, notamment avec la création du CHTG dans les années 1970. En 1991, la Gendarmerie est démilitarisée et est désormais soumise à la loi sur les archives de 1955. En pleine tempête de l’affaire Dutroux et de la réforme des polices, les archives ne font visiblement pas fait l’objet d’une attention suffisante. Le musée de la Police fédérale devient le dépositaire des archives qui avaient survécu aux multiples destructions.</p>

<p class="wp-block-paragraph">Outre les archives de la Gendarmerie progressivement transférées aux AGR, l’accent est mis sur l’inventoriage des archives de la Police générale du Royaume (PGR). Cette administration du ministère de l’Intérieur est créée en 1934 avec l’ambition, dans l’idée d’une grande réforme du paysage policier, de chapeauter l’action des différents services de police et de recueillir les informations sur les menaces potentielles à l’ordre public. Néanmoins, le contexte politique des années 1930 et la rivalité latente entre la Gendarmerie et la Police judiciaire ont raison de ce projet et la PGR reste au stade embryonnaire, occupant une fonction purement administrative. Elle se développe cependant d’une manière considérable durant la Seconde Guerre mondiale, à la suite de la politique de centralisation des services de police menée par Gérard Romsée et Emiel Van Coppenolle, et au transfert de la tutelle de la Gendarmerie du ministère de la Défense à la PGR. Au sortir de la guerre, cet organe est ramené à ses limites et compétences d’avant-guerre. La loi organique de la Gendarmerie de 1957 vient toutefois confirmer la tutelle du ministère de l’Intérieur sur le Corps quant aux questions de police administrative et d’exécution des lois et arrêtés en matière de police générale. La PGR se taille finalement une place importante dans l’histoire des polices belges, étant compétente entre autres pour la nomination des commissaires de police, pour les lois sur les milices privées ou pour les questions de moralité publique.</p>

<p><strong>Des archives exceptionnelles</strong></p>

<p class="wp-block-paragraph">À travers ces quelques fonds d’archives, c’est un pan entier de l’histoire sociale, politique, militante et sécuritaire de la Belgique de la seconde moitié du 20e siècle qui s’ouvre à la recherche.</p>

<p class="wp-block-paragraph">Pour une histoire globale tout d’abord. La mission de maintien de l’ordre de la Gendarmerie se caractérise par la surveillance et la récolte d’informations, au travers d’une chaîne de renseignements fonctionnant en permanence et dispersée à travers tout le pays : les milliers de gendarmes casernés dans les centaines de brigades. Ces informations sont transmises à la Direction supérieure des opérations (DSO). Cette section de l’État-major général occupe un rôle central au sein du Corps puisqu’elle rassemble, exploite et synthétise ces données, afin de les diffuser à tous les échelons pour l’exercice des polices administrative et judiciaire. Elle est également chargée de la coordination et du contrôle des opérations, et d’orienter l’exécution du service préventif. Elle jouit dès lors d’une vision d’ensemble qui lui permet de proposer les ajustements de l’organisation de la Gendarmerie pour répondre aux besoins du terrain, ainsi que d’établir les règlements et procédures propres à l’action et aux missions du Corps<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/03/06/louverture-a-la-recherche-des-archives-des-services-de-police-un-pan-entier-de-lhistoire-de-belgique-desormais-accessible/#footnote_2_31303" id="identifier_2_31303" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La deuxi&egrave;me partie des archives de l&rsquo;&Eacute;tat-major g&eacute;n&eacute;ral et de la DSO consacr&eacute;e &agrave; ces questions est en cours de finalisation. L&rsquo;inventaire devrait &ecirc;tre disponible en 2023">2</a></sup>.</p>

<p class="wp-block-paragraph"> </p>

<figure class="wp-block-image size-large">
<figure id="attachment_31333" aria-describedby="caption-attachment-31333" style="width: 470px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-2-AGR-scaled.jpg"><img decoding="async" class="wp-image-31333" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-2-AGR-1024x762.jpg" alt="" width="470" height="350" srcset="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-2-AGR-1024x762.jpg 1024w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-2-AGR-300x223.jpg 300w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-2-AGR-768x572.jpg 768w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-2-AGR-1536x1143.jpg 1536w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-2-AGR-2048x1525.jpg 2048w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-2-AGR-900x670.jpg 900w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-2-AGR-500x372.jpg 500w" sizes="(max-width: 470px) 100vw, 470px" /></a><figcaption id="caption-attachment-31333" class="wp-caption-text">Action des autopompes de la Gendarmerie lors de la manifestation des agriculteurs à Bruxelles le 23 mars 1971. (AGR, Gendarmerie. État-major général (DSO), n°893)</figcaption></figure>
</figure>

<p class="wp-block-paragraph">Les rapports de surveillance ainsi collectés sont consultables dans les <a href="https://arch.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=actualites&amp;r=toutes-les-actualites&amp;a=2022-01-17-milieux-subversifs-et-menaces-a-l-ordre-public-immersion-au-c-ur-de-l-appareil-de-surveillance-de-la-gendarmerie">archives de la DSO</a>. Il s’agit de dossiers concernant les mouvements, activités et éléments considérés comme subversifs ou pouvant nuire au maintien de l’ordre. Le chercheur y trouvera donc des informations – par exemple des comptes rendus de meetings – sur les mouvements flamands et wallons, sur l’extrême gauche et l’extrême droite, les partis politiques, les mouvements pacifistes ou écologistes, les syndicats et unions professionnelles, les milieux estudiantins ou encore sur le développement des menaces terroristes. La richesse de ces archives réside également dans le fait que chaque tract ou feuillet d’information découvert par les gendarmes sur le terrain se retrouve conservé dans ces dossiers.</p>

<figure class="wp-block-image size-large">
<figure id="attachment_31343" aria-describedby="caption-attachment-31343" style="width: 424px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-3-AGR-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-31343" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-3-AGR-724x1024.jpg" alt="" width="424" height="600" srcset="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-3-AGR-724x1024.jpg 724w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-3-AGR-212x300.jpg 212w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-3-AGR-768x1086.jpg 768w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-3-AGR-1086x1536.jpg 1086w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-3-AGR-1448x2048.jpg 1448w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-3-AGR-900x1273.jpg 900w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-3-AGR-500x707.jpg 500w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-3-AGR-scaled.jpg 1810w" sizes="(max-width: 424px) 100vw, 424px" /></a><figcaption id="caption-attachment-31343" class="wp-caption-text">En 1973, le ministre de la Défense Paul Vanden Boeynants élabore une réforme de l’armée, supprimant notamment le sursis qui était octroyé pour entamer des études, ou encore exemptant les étudiants en médecine de service militaire. Une vague de protestations étudiantes a alors lieu partout en Belgique. (AGR, Gendarmerie. État-major général (DSO), n°1068)</figcaption></figure>
</figure>

<p class="wp-block-paragraph">À partir du début des années 1950, l’ensemble des communications transmises à l’État-major sur les évènements pouvant nuire à l’ordre public sont également consignées dans les <a href="https://arch.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=actualites&amp;r=toutes-les-actualites&amp;a=2021-10-12-plongee-au-c-ur-des-soubresauts-de-la-societe-belge.-pres-de-30.000-scans-d-archives-de-la-gendarmerie-desormais-accessibles-en-ligne">« Carnets de campagne »</a>. Ces volumes, relativement complets, offrent un panorama unique sur chaque grève, chaque manifestation, chaque incident ayant agité le pays, en décrivant, heure par heure, l’atmosphère qui y règne ou les actions menées par les gendarmes.</p>

<p class="wp-block-paragraph">La synthèse de ces données est diffusée à travers les <em>Bulletins d’informations</em>, conservés dans les <a href="https://arch.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=actualites&amp;r=toutes-les-actualites&amp;a=2021-10-12-plongee-au-c-ur-des-soubresauts-de-la-societe-belge.-pres-de-30.000-scans-d-archives-de-la-gendarmerie-desormais-accessibles-en-ligne">archives du Centre de documentation de la Police fédérale</a>. Il s’agit d’une véritable photographie mensuelle de l’état du pays d’un point de vue social, politique et économique, présentant l’état d’esprit de la population et les préoccupations de la Gendarmerie en matière de maintien de l’ordre.</p>

<p class="wp-block-paragraph">Pour une histoire locale ensuite. Dans les années 1970, le personnel du CHTG réalise une vaste étude sur l’histoire des unités, en rassemblant le maximum d’informations et d’archives qu’il peut encore trouver. En découle <a href="https://www.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=actualites&amp;r=toutes-les-actualites&amp;a=2022-02-04-gendarmerie-la-saga-continue-les-archives-des-brigades-desormais-accessibles">un fonds documentaire relativement lacunaire</a> mais essentiel pour qui s’intéresse à l’histoire d’une brigade. Outre un historique succinct de l’unité et une liste des commandants, le chercheur pourra y trouver de nombreuses photos et cartes postales, tant des bâtiments que du personnel, permettant d’entrevoir la vie quotidienne des gendarmes dans des locaux parfois vétustes.</p>

<figure class="wp-block-image size-large">
<figure id="attachment_31353" aria-describedby="caption-attachment-31353" style="width: 484px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-4-AGR.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-31353" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-4-AGR-1024x741.jpg" alt="" width="484" height="350" srcset="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-4-AGR-1024x741.jpg 1024w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-4-AGR-300x217.jpg 300w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-4-AGR-768x556.jpg 768w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-4-AGR-1536x1112.jpg 1536w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-4-AGR-2048x1482.jpg 2048w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-4-AGR-900x651.jpg 900w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-4-AGR-500x362.jpg 500w" sizes="(max-width: 484px) 100vw, 484px" /></a><figcaption id="caption-attachment-31353" class="wp-caption-text">Gendarmes de la brigade d’Assesse au départ pour une tournée à cheval, vers 1910 (AGR, Police fédérale. Dossiers des brigades de Gendarmerie, n°2380)</figcaption></figure>
</figure>

<p class="wp-block-paragraph">Ce fonds renferme également des témoignages d’anciens gendarmes ayant participé à la Campagne des 18 Jours, recueillis vers 1970 par le Capitaine Van Gasse qui affirmait déjà à l’époque qu’il s’agissait d’un des seuls moyens d’étudier l’action de la Gendarmerie durant l’invasion allemande, faute d’archives …</p>

<p class="wp-block-paragraph">La place prépondérante qu’occupe la PGR durant la Seconde Guerre mondiale permet d’avoir un aperçu de l’activité de la Gendarmerie et des polices locales sous l’occupation. En effet, dans ce souci de centralisation, ces services de police devaient transmettre à la PGR l’ensemble des <a href="https://arch.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=actualites&amp;r=toutes-les-actualites&amp;a=2021-12-08-la-belgique-occupee-vue-d-en-bas-l-inventoriage-et-la-mise-en-ligne-des-archives-de-la-police-generale-du-royaume-durant-la-seconde-guerre-mondiale">procès-verbaux d’évènements extraordinaires, dits « modèle 5 »</a>. Ces rapports rendent compte d’actes de résistance, d’attentats, de destructions de récoltes, de vols à main armée, de grèves ou encore de manifestations, dont celles des femmes pour le ravitaillement. Autant d’histoires éclairant la vie quotidienne et l’histoire de la criminalité sous l’occupation allemande, pour une localité particulière ou l’ensemble du pays.</p>

<p class="wp-block-paragraph">Une histoire des hommes et des femmes qui ont composé ces corps de police, enfin. Les commissaires de police sont nommés au terme d’une procédure pour laquelle la PGR est compétente. Sans pour autant constituer un dossier personnel en tant que tel, les dossiers concernent avant tout la procédure de nomination, permettant une analyse des profils des candidats et des examens auxquels ils devaient se soumettre. Ils offrent également la possibilité d’entrevoir parfois des conflits interpersonnels latents, des interventions d’ordre politique dans une procédure de nomination, ou bien encore des sanctions disciplinaires ou des recours devant le Conseil d’État. Les dossiers d’épuration des commissaires constitués après la Seconde Guerre mondiale font également partie de ce fonds d’archives, dont l’inventaire sera publié très prochainement. À cela s’ajoutent les milliers de dossiers personnels des gendarmes, que nous avions déjà évoqués dans un <a href="https://contemporanea.be/fr/article/20212-archieven-kort-agr-gendarmes">précédent numéro de Contemporanea</a>.</p>

<figure class="wp-block-image size-large">
<figure id="attachment_31363" aria-describedby="caption-attachment-31363" style="width: 487px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-5-AGR.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-31363" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-5-AGR-1024x736.jpg" alt="" width="487" height="350" srcset="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-5-AGR-1024x736.jpg 1024w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-5-AGR-300x216.jpg 300w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-5-AGR-768x552.jpg 768w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-5-AGR-1536x1103.jpg 1536w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-5-AGR-2048x1471.jpg 2048w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-5-AGR-900x647.jpg 900w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/03/Illustration-5-AGR-500x359.jpg 500w" sizes="(max-width: 487px) 100vw, 487px" /></a><figcaption id="caption-attachment-31363" class="wp-caption-text">Fastes de la Gendarmerie à Mons en 1964 (AGR, Police fédérale. Dossiers des brigades de Gendarmerie, n°1842)</figcaption></figure>
<figcaption class="wp-element-caption"></figcaption>
</figure>

<p><strong>Valorisation et perspectives</strong></p>

<p class="wp-block-paragraph">Depuis le début du projet NaPol-Intel, un peu moins de 250 mètres linéaires d’archives ont été ouverts à la recherche. Le chercheur pourra le constater : les interactions entre ces fonds d’archives offrent une multitude de nouvelles possibilités de recherche historiques et généalogiques.</p>

<p class="wp-block-paragraph">La valorisation de ces archives est d’ores et déjà en cours, non seulement au travers des recherches menées au sein du projet, mais également par la numérisation. En effet, les <a href="https://search.arch.be/fr/rechercher-des-archives/resultats/ead/index/zoekterm/%C3%A9tat-major/eadid/BE-A0510_002370_801814_FRE">Carnets de campagne (1952-1968)</a> et les [<a href="https://search.arch.be/fr/rechercher-des-archives/resultats/ead/index/zoekterm/DSEK/eadid/BE-A0510_007457_803393_FRE" target="_blank" rel="noopener"><em>Bulletins d’Informations</em> (1950-1981)</a>] ont été mis en ligne en 2021 sur le moteur de recherche des AGR. De même, l’ensemble des procès-verbaux « modèle 5 » ont été numérisés. Au total, 50.000 scans sont disponibles. Une plateforme européenne sur l’histoire des polices est également en cours de développement. Les mois à venir vont être consacrés à l’inventoriage et à l’étude des archives de la PGR durant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que celles produites durant la seconde moitié du 20e siècle, portant sur les questions de législations, de coopération policière internationale, de maintien de l’ordre et de la sécurité, notamment des installations nucléaires. Enfin, les milliers de dossiers personnels des gendarmes nés avant 1950 encore conservés par la Police fédérale sont actuellement en train d’être transférés aux AGR. Ils devraient être disponibles à partir de 2023.</p>

<p class="wp-block-paragraph">Les inventaires sont disponibles uniquement en version numérique ou peuvent être téléchargés gratuitement sur le <a href="http://webshop.arch.be/index2.php?viewpub=pubzoek&amp;clientid">webshop</a> des AGR. Les archives peuvent être consultées conformément aux législations en vigueur, dans la salle de lecture des Archives générales du Royaume. 
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<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="en"><strong>This publication is only available in French. Please see the french version</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="nl"><strong>Deze publicatie is enkel beschikbaar in het Frans. Zie de Franse versie</strong></span></p>
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		</section>
				</div>
		<ol class="footnotes"><li id="footnote_1_31303" class="footnote">Ordre du jour de la Gendarmerie, 31 mars 1955, adieu du Commandant de la Gendarmerie, le colonel Biver.</li><li id="footnote_2_31303" class="footnote">La deuxième partie des archives de l’État-major général et de la DSO consacrée à ces questions est en cours de finalisation. L’inventaire devrait être disponible en 2023</li></ol>]]></content:encoded>
					
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		<title>Sûreté, ou quand la police du Québec se lance dans l’édition</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marc-André Béland (UQTR)]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Apr 2022 07:50:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Archives – étude de cas]]></category>
		<category><![CDATA[Discours et représentations - étude de cas]]></category>
		<category><![CDATA[Archives]]></category>
		<category><![CDATA[Discours et représentations]]></category>
		<category><![CDATA[Journaux de police]]></category>
		<category><![CDATA[Marc-André Béland (UQTR)]]></category>
		<category><![CDATA[Québec]]></category>
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					<description><![CDATA[]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="28133" class="elementor elementor-28133">
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									<p></p>
</p>
<p><strong>Introduction</strong></p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph"><span style="color: var(--color-text);">Si l’on fouillait les appartements d’un mordu de chasse, d’un collectionneur de timbres ou même d’un scientifique en herbe, on ne serait pas surpris de trouver une panoplie de périodiques traitant de son hobby préféré. Les policiers québécois eurent aussi accès à une revue concernant leur quotidien de 1971 à 1993. </span><em style="color: var(--color-text);">La Revue de la Sûreté du Québec</em><span style="color: var(--color-text);">, renommée </span><em style="color: var(--color-text);">Sûreté</em><span style="color: var(--color-text);"> en 1982, était distribuée aux différents corps policiers tant provinciaux que municipaux de la province. Elle était aussi envoyée à certains corps de police étrangers aux États-Unis et en Europe. La revue était aussi envoyée à des établissements scolaires québécois et à différentes bibliothèques publiques. L’abonnement au périodique gratuit permettait de recevoir cette publication mensuelle.</span></p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Au fil des numéros, la revue s’est réinventée tant dans sa forme que dans les sujets traités. Cependant, chaque parution demeure tributaire du contexte et des grandes orientations de la police provinciale de l’époque. Ces pages ont donc le potentiel de révéler au lecteur contemporain les grands enjeux et les crises qui ont façonné la police au Québec telle qu’on la connait aujourd’hui.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">La police au Canada est divisée en trois paliers principaux. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) est la police fédérale. Elle maintient en outre une présence – pour des missions spécialisées- dans toutes les provinces. Elle fait aussi office de police généraliste dans certaines provinces du pays. L’Ontario, le Québec, Terre-Neuve et le Labrador possèdent leur propre corps de police provinciale<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_1_28133" id="identifier_1_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Les polices au Canada : entre autonomie locale et r&eacute;alit&eacute;s f&eacute;d&eacute;rales">1</a></sup>. Dans le cas du Québec, il s’agit de la Sûreté du Québec (SQ) fondée en 1870 sous le nom de  Police provinciale du Québec<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_2_28133" id="identifier_2_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Sur les d&eacute;buts de cette police, lire Jean-Fran&ccedil;ois Leclerc, &laquo;&nbsp;La S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec des origines &agrave; nos jours&nbsp;: quelques rep&egrave;res historiques&nbsp;&raquo;, Criminologie, vol. 22, n. 2, 1989, pp. 107-127, https://doi.org/10.7202/017284ar.">2</a></sup>. Certaines municipalités sont aussi dotées d’un service de police qui a la tâche du maintien de l’ordre au niveau local. Les réserves autochtones sont aussi desservies par des corps de police régionaux. En ce qui a trait au milieu carcéral, les prisons provinciales servent à détenir des criminels incarcérés pour deux ans moins un jour, tandis que les pénitenciers sont sous juridiction fédérale et servent à détenir des criminels purgeant des peines plus longues.</p>
<p></p>
<h4 class="wp-block-heading">La Revue de la Sûreté du Québec : anatomie d’un outil de communication et d’information</h4>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph"><div class="wp-block-image"></p>
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-28223" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-725x1024.jpg" alt="" width="389" height="550" srcset="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-725x1024.jpg 725w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-212x300.jpg 212w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-768x1085.jpg 768w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-1087x1536.jpg 1087w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-900x1272.jpg 900w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-500x707.jpg 500w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1.jpg 1242w" sizes="(max-width: 389px) 100vw, 389px" /></a>
<p> </p>
<figcaption>Table des matières du numéro 3 du 1e volume de la revue du mois de mars 1983, avec un dossier consacré aux sectes religieuses</figcaption>
</figure>
<p></div></p>
<p class="wp-block-paragraph">Les revues ont été répertoriées et cataloguées par Marc-André Béland dans le cadre de son travail pour la<em> Chaire de recherche UQTR en histoire transnationale de la Sécurité publique</em><sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_3_28133" id="identifier_3_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Disponible en ligne.">3</a></sup>. Chaque article est classé au sein d’une base de données de la chaire en fonction de son auteur et des thématiques abordées : le résultat de ce travail sera sous peu accessible en ligne à tous les chercheurs sur le portail <a href="https://espace.cieq.ca/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em>Espace-CIEQ</em></a>.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Les numéros traitent généralement d’un sujet thématique et la plupart des articles s’y rattachent de près ou de loin. Par exemple, certaines revues dédient une part importante de leurs articles aux victimes de violence sexuelle, à la protection de la jeunesse ou même aux sectes religieuses. Les articles servent à vulgariser les nouvelles méthodes mises de l’avant par l’état-major pour les policiers, à saluer les bons coups de certains d’entre eux et à encourager certains comportements comme l’entrainement physique ou la courtoisie envers les citoyens. Certains articles fournissent également des conseils pour l’utilisation d’ordinateurs ou les grandes lignes de nouvelles tactiques adoptées. D’autres permettent de mieux comprendre le travail de départements spécialisés, comme la police scientifique, afin d’encourager un meilleur travail d’équipe entre policiers et détectives. La revue permet donc de voir les valeurs de la SQ et l’image qu’elle désirait cultiver dans un contexte de modernisation revendiquée, tant au niveau des outils que des techniques employées sur le terrain.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph"> Les collaborateurs sont majoritairement des policiers, mais le personnel civil de la SQ et des avocats figurent régulièrement parmi les auteurs invités. Bon nombre de revues se terminent aussi par une section plus ludique comprenant une page des sports et une section <em>« glanures »</em> où les policiers peuvent partager des blagues ou des anecdotes. L’humour contribue à créer un sentiment de camaraderie à l’interne. Cependant, présenter un côté moins sérieux de la police sert aussi à améliorer l’image de l’institution. En effet, la satire peut servir à donner une image plus avenante de la police et renforcer son lien de confiance vis-à-vis de la population. Avant l’entrée des femmes dans la police en 1975, une section féminine à l’intention notamment des épouses des policiers figure aussi dans plusieurs périodiques. Le comité féminin continue d’exister et d’organiser des activités avec les épouses et le personnel féminin même après 1975, mais ses publications dans la revue sont moins régulières.</p>
<p><div class="wp-block-image is-style-default"></p>
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="alignnone wp-image-28233" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-725x1024.jpg" alt="" width="354" height="500" srcset="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-725x1024.jpg 725w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-212x300.jpg 212w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-768x1085.jpg 768w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-1087x1536.jpg 1087w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-900x1272.jpg 900w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-500x707.jpg 500w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001.jpg 1242w" sizes="(max-width: 354px) 100vw, 354px" /></a>
<p> </p>
<figcaption>Couverture du n° 5 du mois de juin 1986 de la revue</figcaption>
</figure>
<p></div></p>
<p class="wp-block-paragraph">On peut affirmer sans trop d’hésitation que de telles sections servent à favoriser le développement d’un esprit de corps entre les différents policiers de la province. Il faut noter que le territoire québécois est géographiquement étendu, d’où cette nécessité de tisser des liens et de partager un vécu. En incluant aussi les familles des policiers dans les activités de la revue, une communauté se crée autour des différents postes de police.  Cette situation ne va pas sans rappeler la vie sur une base militaire. Bien que le public cible soit les policiers provinciaux, la collaboration entre la SQ et les corps de police municipaux est mise de l’avant. Ce cercle n’était donc pas limité aux policiers de la SQ, mais plutôt à tous les policiers.</p>
<p></p>
<h4 class="wp-block-heading">Perspective historique</h4>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas un hasard que la revue a vu le jour sous le directeur général Maurice Saint-Pierre<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_4_28133" id="identifier_4_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Evenement/Maurice-St-Pierre-devient-directeur-general-de-la-Surete-du-Quebec-0022.">4</a></sup> au tournant des années 1970. La police provinciale n’a pas échappé aux changements occasionnés par la « Révolution tranquille »<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_5_28133" id="identifier_5_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="The Canadian Encyclopedia, &laquo;&nbsp;R&eacute;volution tranquille&nbsp;&raquo;, disponible en ligne via https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/revolution-tranquille">5</a></sup> et connait une période de restructuration. La SQ doit se détacher de son image de police politique héritée de la Grande Noirceur<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_6_28133" id="identifier_6_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="The Canadian Encyclopedia, &laquo;&nbsp;Grande Noirceur&nbsp;&raquo;, disponible en ligne via https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/grande-noirceur">6</a></sup>. En effet, sous l’égide du premier ministre Maurice Duplessis, la SQ était connue pour sa violente répression des mouvements ouvriers. Depuis les années 1960, le désir de dépolitiser la SQ est bien présent. Le message que la police provinciale veut envoyer est clair : la Sûreté du Québec n’est plus la police de l’état, mais bien celle des citoyens. La revue s’inscrit donc dans un contexte de  modernisation du corps policier dans le but de redorer son blason à l’échelle nationale. Ce désir de modernisation s’incarne également dans la fondation de l’Institut de Police du Québec et de la Commission de Police du Québec en 1968. On constate donc une volonté certaine de professionnaliser la police au Québec et la <em>Revue de la Sûreté du Québec</em> est tributaire de ce mouvement. À cette époque, la SQ s’intéresse également à ce qui se fait ailleurs. La revue comprend occasionnellement des articles calqués sur ceux de revues de police américaine. De plus, des correspondants sont parfois envoyés à l’étranger dans le but de dialoguer avec d’autres services de police.</p>
<p></p>
<h4 class="wp-block-heading">Lire entre les lignes</h4>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Cependant, jamais la revue ne fait état directement des crises traversées par la police. La première parution du périodique a lieu à quelques mois de la crise d’Octobre<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_7_28133" id="identifier_7_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="The Canadian Encyclopedia, &laquo;&nbsp;Crise d&rsquo;Octobre&nbsp;&raquo;, disponible en ligne via https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-doctobre">7</a></sup> et à quelques semaines de l’arrestation des frères Rose<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_8_28133" id="identifier_8_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="The Canadian Encyclopedia, &laquo;&nbsp;Paul Rose&nbsp;&raquo;, disponible en ligne via https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/paul-rose">8</a></sup>, on ne fait pas état de cet épisode controversé de la police québécoise. On présente les remerciements du ministre de la Justice sans vraiment faire un retour sur Octobre. Un autre exemple, en 1990, on honore le Caporal Marcel Lemay mort pendant la crise d’Oka<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_9_28133" id="identifier_9_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="The Canadian Encyclopedia, &laquo;&nbsp;Crise d&rsquo;Oka&nbsp;&raquo;, disponible en ligne via https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/la-crise-doka-1">9</a></sup>. Encore une fois, aucun retour sur les évènements eux-mêmes n’est fait.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Sans grande surprise, le comité de rédaction préfère présenter le positif. Par exemple, en 1975, un numéro entier est dédié aux femmes. Rappelons que ce numéro parait à l’aube de l’assermentation de Nicole Juteau<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_10_28133" id="identifier_10_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&amp;id=28807&amp;type=pge">10</a></sup>, la première policière de la SQ. En 1976, on parle des préparatifs en lien avec les Jeux olympiques de Montréal et le bon déroulement de ces derniers.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">L’état-major effectue aussi un retour, en détail ou non tout dépendant des années, sur les résultats de la SQ. Ce retour fréquent sur les statistiques de son activité mène souvent au même constat : la SQ fait un travail exceptionnel malgré des ressources toujours limitées et une hausse de la criminalité. Bien entendu, on peut prendre cette affirmation avec un grain de sel. La revue sert à se positionner favorablement dans l’opinion publique. Elle permet ainsi à la police de justifier ses actions envers les citoyens, l’état-major et le politique.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Cependant, au tournant des années 1980, on constate bel et bien une baisse des ressources de la SQ. La revue aussi pâtit de coupures financières et vers la seconde moitié des années 1980, les numéros se font plus espacés et contenant moins d’articles jusqu’à la parution du dernier numéro. Certains articles traitent des défis à relever au niveau financier, affirmant que les policiers du futur devront faire plus avec moins. C’est aussi à cette époque que s’essouffle l’élan de social-démocratie qui résulte de la Révolution tranquille et où la province se tourne vers le néolibéralisme.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">On peut donc comprendre que la revue permet à la SQ d’écrire son propre narratif en ce qui a trait à son histoire et ses opérations. Il s’agit fondamentalement d’un outil d’autoreprésentation, donc on présente une SQ moderne et efficace. Par contre, on doit aussi justifier les changements opérés dans l’organisation et les requêtes de budgets additionnels. Si tout fonctionne parfaitement, pourquoi changer une recette gagnante? Cela fait en sorte que le corps de police semble perpétuellement sous-financé, mais capable de faire face à toutes menaces. La criminalité est toujours en hausse, mais la société est aussi de plus en plus sûre grâce à la SQ. Ces discours paradoxaux révèlent un aspect important de la revue, c’est-à-dire son usage comme instrument de légitimation tant interne qu’externe. En effet, ces représentations créées à l’interne par les différents collaborateurs permettent de justifier l’existence continue de l’institution pour ses membres et pour les observateurs de son action.</p>
<p></p>
<h4 class="wp-block-heading">Conclusion</h4>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">L’étude de journaux de police offre plusieurs possibilités pour un chercheur. D’une part, on peut se pencher les articles individuellement pour en apprendre plus spécifiquement sur un sujet donné. D’autre part, on peut aussi prendre un peu de recul et en apprendre plus sur l’institution au sens large. Il faut cependant se rappeler qu’on est toujours confronté à un discours institutionnel. Par conséquent, on peut en apprendre autant par les non-dits que les discours plus explicites<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_11_28133" id="identifier_11_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il faut noter que la revue n&rsquo;est pas particuli&egrave;rement claire sur comment elle fonctionne &agrave; l&rsquo;interne&nbsp;: comment travaille le comit&eacute; de r&eacute;daction, qui est responsable de la relecture et de l&rsquo;approbation des articles, etc.">11</a></sup>. Les textes sont écrits dans un format facilement compréhensible pour un policier pressé. Les sujets ne sont pas nécessairement traités de manière approfondie, mais on en apprend beaucoup sur la culture institutionnelle. La Revue de la Sûreté du Québec ne fait pas exception à cette règle et s’impose comme un outil intéressant pour quiconque veut comprendre comment a évolué la police provinciale du Québec dans une période charnière de l’histoire québécoise.</p>
<p></p>
<h4 class="wp-block-heading"><u>Médiagraphie</u></h4>
<p></p>
<ul class="wp-block-list">
<li>LECLERC, Jean-François. « La Sûreté du Québec des origines à nos jours: quelques repères historiques». <em>Criminologie</em>, vol.22, no 2 (1989): 107-127. <a href="https://doi.org/10.7202/017284a" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://doi.org/10.7202/017284a</a>r.</li>
<li>HABERBUSCH, Benoit. « L’imaginaire colonial de la gendarmerie à travers la Revue de la Gendarmerie, 1928-2000 ». Jean-Noël Luc, dir. Sociétés &amp; Représentations : Figures de gendarmes. Paris, CREDHESS, 2003: 295-306. <a href="https://doi.org/10.3917/sr.016.0295" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://doi.org/10.3917/sr.016.0295</a>.</li>
<li>FLANAGIN, Andrew J. « The impact of contemporary communication and information technologies on police organizations». Howard Giles, dir. Law Enforcement, Communication and Community. Philadelphia, John Benjamins Publishing Company, 2002: 85-106.</li>
<li>L’ENCYCLOPÉDIE CANADIENNE. Site Internet «Grande Noirceur». <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/grande-noirceur" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/grande-noirceur</a> [en français]. Mise à jour le 19 mars 2021. Page consultée 16 mars 2022.</li>
<li>L’ENCYCLOPÉDIE CANADIENNE. Site Internet «Crise d’Octobre». <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-doctobre" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-doctobre</a> [en français]. Mise à jour le 19 janvier 2022. Page consultée 16 mars 2022.</li>
<li>L’ENCYCLOPÉDIE CANADIENNE. Site Internet «Crise d’Oka». <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/la-crise-doka-1" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/la-crise-doka-1</a> [en français]. Mise à jour le 8 juillet 2021. Page consultée 6 avril 2022.</li>
<li>L’ENCYCLOPÉDIE CANADIENNE. Site Internet «Révolution tranquille». <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/revolution-tranquille" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/revolution-tranquille</a> [en français]. Mise à jour le 17 décembre 2020. Page consultée 14 avril 2022.</li>
<li>L’ENCYCLOPÉDIE CANADIENNE. Site Internet «Paul Rose». <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/paul-rose" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/paul-rose</a> [en français]. Mise à jour le 24 décembre 2020. Page consultée 14 avril 2022.</li>
<li>PATRIMOINE DE LA SÛRETÉ DU QUÉBEC. Site Internet «Maurice St-Pierre devient directeur général de la sûreté du Québec». <a href="https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Evenement/Maurice-St-Pierre-devient-directeur-general-de-la-Surete-du-Quebec-0022" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Evenement/Maurice-St-Pierre-devient-directeur-general-de-la-Surete-du-Quebec-0022</a> [en français]. Page consultée 14 avril 2022.</li>
<li>RÉPERTOIRE DU PATRIMOINE CULTUREL DU QUÉBEC. Site Internet «Embauche de la première policière au Québec». <a href="https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&amp;id=28807&amp;type=pge" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&amp;id=28807&amp;type=pge</a> [en français]. Page consultée 14 avril 2022.</li>
<li>SECUNEWS. Site Internet «Les polices au Canada : entre autonomie locale et réalités fédérales» <a href="https://www.secunews.be/fr/themes-fr/securite-acteurs-et-cadre-reglementaire/5033-les-polices-au-canada-entre-autonomie-locale-et-realites-federales" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.secunews.be/fr/themes-fr/securite-acteurs-et-cadre-reglementaire/5033-les-polices-au-canada-entre-autonomie-locale-et-realites-federales </a>[en français]. Mise à jour le 24 mars 2022. Page consultée 6 avril 2022.</li>
</ul>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph"> 
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<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="en"><strong>This publication is only available in French. Please see the french version</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="nl"><strong>Deze publicatie is enkel beschikbaar in het Frans. Zie de Franse versie</strong></span></p>
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<p></p>
<hr class="wp-block-separator has-css-opacity" />
<p></p>								</div>
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		</section>
				</div>
		<ol class="footnotes"><li id="footnote_1_28133" class="footnote"><a href="https://www.secunews.be/fr/themes-fr/securite-acteurs-et-cadre-reglementaire/5033-les-polices-au-canada-entre-autonomie-locale-et-realites-federales" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les polices au Canada : entre autonomie locale et réalités fédérales</a></li><li id="footnote_2_28133" class="footnote">Sur les débuts de cette police, lire Jean-François Leclerc, « La Sûreté du Québec des origines à nos jours : quelques repères historiques », Criminologie, vol. 22, n. 2, 1989, pp. 107-127, <a href="https://doi.org/10.7202/017284ar" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://doi.org/10.7202/017284ar</a>.</li><li id="footnote_3_28133" class="footnote"><a href="https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw031?owa_no_site=1201&amp;owa_no_fiche=1&amp;owa_bottin" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-type="URL" data-id="https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw031?owa_no_site=1201&amp;owa_no_fiche=1&amp;owa_bottin">Disponible en ligne</a>.</li><li id="footnote_4_28133" class="footnote"><a id="_ftnref5" href="#_ftn5">https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Evenement/Maurice-St-Pierre-devient-directeur-general-de-la-Surete-du-Quebec-0022</a>.</li><li id="footnote_5_28133" class="footnote">The Canadian Encyclopedia, « Révolution tranquille », disponible en ligne via <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/revolution-tranquille" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/revolution-tranquille</a></li><li id="footnote_6_28133" class="footnote">The Canadian Encyclopedia, « Grande Noirceur », disponible en ligne via <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/grande-noirceur" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/grande-noirceur</a></li><li id="footnote_7_28133" class="footnote">The Canadian Encyclopedia, « Crise d&rsquo;Octobre », disponible en ligne via <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-doctobre">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-doctobre</a></li><li id="footnote_8_28133" class="footnote">The Canadian Encyclopedia, « Paul Rose », disponible en ligne via <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/paul-rose" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/paul-rose</a></li><li id="footnote_9_28133" class="footnote">The Canadian Encyclopedia, « Crise d&rsquo;Oka », disponible en ligne via <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/la-crise-doka-1" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/la-crise-doka-1</a></li><li id="footnote_10_28133" class="footnote"><a href="https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&amp;id=28807&amp;type=pge" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&amp;id=28807&amp;type=pge</a></li><li id="footnote_11_28133" class="footnote">Il faut noter que la revue n’est pas particulièrement claire sur comment elle fonctionne à l’interne : comment travaille le comité de rédaction, qui est responsable de la relecture et de l’approbation des articles, etc.</li></ol>]]></content:encoded>
					
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		<item>
		<title>Un homme, une fonction, une institution ? Quelques réflexions sur l&#8217;apport d&#8217;archives privées en matière d&#8217;histoires des sécurités</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jonas Campion (CIEQ/UQTR)]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 23 Nov 2021 07:40:22 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Archives – étude de cas]]></category>
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									</p>
<p><strong>Introduction</strong></p>
<p>Il y a quelques mois, un ancien fonctionnaire, rencontré dans le cadre associatif relatif à l’étude de la police belge, m’a contacté pour me dire qu’il déménageait. Dans ce cadre, il me laissait le choix de pouvoir récupérer des cartons d’archives privées (et j’insiste évidemment sur ce point) et de documentation qu’il avait accumulé au cours de sa vie et de sa carrière (menée notamment à la région bruxelloise, au ministère de l’Intérieur, au sein du Secrétariat permanent à la politique de prévention), au-lieu de les mettre au rebut. L’opération a pu être menée dans le cadre du centre de documentation du Centre d’histoire du droit et de la justice de l’UCLouvain. C’est un ensemble de plus 50 cartons « en vrac » qui a été récolté. Depuis, lorsque j’ai le temps, je me plonge avec délectation dans ces dossiers (#vendrediarchives), sur base d’un relevé sommaire réalisé par un étudiant. Premier constat, les documents conservés sont récents : ils datent majoritairement des décennies 80’, 90’ et du début des années 2000. Ils répondent donc à une de mes préoccupations scientifiques du moment, qui est de mener une histoire « immédiate » des politiques de sécurité, permettant notamment de revenir en historien sur un moment de crise de l’insécurité publique face à laquelle des dynamiques inédites de prévention ont été établies, impliquant d’autres acteurs que les cercles policiers ou judiciaires (c’est notamment ce que la criminologue Sybille Smeets a appelé les <a href="https://www.cairn.info/revue-deviance-et-societe-2005-2-page-201.htm">« nouveaux acteurs locaux de la sécurité publique »</a>). Second constat, la typologie des documents est plurielle, tout comme leur provenance : notes manuscrites, correspondances, copies de rapports, discours, copies de documents administratifs, publications diverses, coupures et dossiers de presse.</p>
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<figure id="attachment_31809" aria-describedby="caption-attachment-31809" style="width: 300px" class="wp-caption aligncenter"><a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/06/IMG_20190328_135258_1-scaled.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="wp-image-31809 size-medium" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/06/IMG_20190328_135258_1-300x225.jpg" alt="" width="300" height="225" srcset="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/06/IMG_20190328_135258_1-300x225.jpg 300w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/06/IMG_20190328_135258_1-1024x768.jpg 1024w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/06/IMG_20190328_135258_1-768x576.jpg 768w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/06/IMG_20190328_135258_1-1536x1152.jpg 1536w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/06/IMG_20190328_135258_1-2048x1536.jpg 2048w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/06/IMG_20190328_135258_1-600x450.jpg 600w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/06/IMG_20190328_135258_1-900x675.jpg 900w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2023/06/IMG_20190328_135258_1-500x375.jpg 500w" sizes="(max-width: 300px) 100vw, 300px" /></a><figcaption id="caption-attachment-31809" class="wp-caption-text">Des cartons en pagaille, aux titres évocateurs!</figcaption></figure>
</figure>
<p><!-- /wp:image --><!-- wp:paragraph --> Ces deux constats sont au cœur de la réflexion que je mène sur cet ensemble documentaire : comment le caractériser d’une part, qu’en faire de l’autre ? Il est évident que les niveaux de lecture de cet ensemble sont multiples. Comme tout fonds d’archives privées, de tels documents témoignent à la fois du parcours (professionnel, intellectuel et relationnel) d’un homme, mais aussi des fonctions qu’il a exercées et des institutions au sein desquelles il a servi. Ce faisant, c’est une ouverture sur l’ensemble de l’action publique en matière d’exercice de la sécurité qu’il est possible d’envisager. </p>
<p><b>Mettre en œuvre la sécurité ?</b> </p>
<p><span style="font-style: inherit;">Ces niveaux sont indissociables et en les articulant, ils ouvrent à une réflexion sur la fabrique de l’action publique en Belgique. On part d’abord de l’individu, créateur d’archives : outre les étapes de sa carrière, on y retrouve ses engagements (notamment politiques, au niveau local et un temps, dans un appareil de parti politique avec lequel des liens étroits ont été constamment maintenus) et on y distingue ses intérêts, ses priorité (notamment les expériences et influences « internationales » et « étrangères » qui lui parlent en matière de sécurité – ah la situation québécoise, tellement enviée !). En filigrane, apparaissent des réseaux de sociabilités autour de notre fonctionnaire : qui rencontre-t-il ? Quels lieux fréquente-il ? On distingue ensuite son intégration dans l’appareil administratif de l’exercice de la sécurité : du fait de la période considérée, c’est un appareil en transition qui apparaît. La Belgique se fédéralise, de nouvelles institutions sont mises sur pieds, comme le </span><a style="font-style: inherit;" href="https://www.lachambre.be/kvvcr/showpage.cfm?section=qrva&amp;language=fr&amp;cfm=qrvaXml.cfm?legislat=48&amp;dossierID=48-b147-15-1031-1994199521002.xml">Secrétariat permanent à la politique de prévention</a><span style="font-style: inherit;">. Il doit se faire une place dans le « système », et réussir à y faire valoir à la fois sa légitimité, son expertise et sa vision de l’exercice de l’ordre public – ce qui ne va pas sans mal. La diversité des documents conservés témoigne à la fois du discours officiel et des difficultés et concurrences qui peuvent survenir autour de cet organe. Elle donne également à voir des bribes du fonctionnement interne et des pratiques quotidiennes de l’institution, notamment autour des questions d’actualité ou de gestion de l’information. De par la personnalité et le parcours de son créateur, ce fonds documentaire est enfin le reflet et le témoin d’une politique plus globale, faisant intervenir les gouvernements, la police, la Justice, les communes. Le chercheur illustre ainsi, concrètement le concept de </span><a style="font-style: inherit;" href="https://journals.openedition.org/champpenal/8269">« système »</a><span style="font-style: inherit;"> non seulement policier, mais d’exercice des fonctions sécuritaires, en tant que réalité mouvante, évolutive en perpétuelle redéfinition entre ces acteurs.</span> </p>
<p><!-- /wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --> En définitive, la richesse du fonds ne fait pas de doute : elle offre une possibilité rare et cohérente pour l’historien des polices/de la sécurité en Belgique d’aborder son objet d’étude sous l’angle individuel, institutionnel et politique. De souligner combien l’exercice de ces fonctions régaliennes est affaire d’individus, de réseaux, des logiques idéologiques. De montrer comment enjeux électoraux, idéologiques, professionnels et sociaux s’y additionnent. De pouvoir aborder, sur la longue durée, la situation de la fin du 20<sup>e</sup> siècle pour en démontrer les spécificités mais aussi les permanences… <em>Last but not least, </em>elle montre comment la sécurité publique n’est plus seulement une affaire de « pratique » et « d’expérience » de ses acteurs traditionnels (c’est-à-dire les policiers, quel que soit leur uniforme/corps d’origine) mais devient de plus en plus une affaire d’experts, de groupes de pression, d’académiques : au savoir-faire traditionnel dans ce domaine, il faut maintenant rajouter l’importance du savoir, de la connaissance et de leurs légitimations. Le fonds regroupe ainsi une collection importante de rapports, études, analyses, travaux universitaires écrits ou publiés depuis 1980. C’est à la fois un accès rare à une documentation souvent éparpillée et une piste supplémentaire de recherche, pour comprendre la chronologie, la circulation et l’addition de ce savoir mi expert, mi scientifique. </p>
<p><strong>Et maintenant, que vais-je faire (et comment vais-je le faire) ?</strong> </p>
<p><span style="font-style: inherit;">C’est la question… dont la réponse dépend d’une série de précautions critiques qui ne sont en (presque) rien spécifiques à l’histoire de l’ordre. Il faut bien sûr s’interroger sur la cohérence et la complétude de ces documents, pour les utiliser de manière « indépendante » à d’autres fonds. La difficulté est que, au vu du caractère ultra-contemporain de ces documents, l’accès à des fonds complémentaires reste encore restreint.</span> <!-- /wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --> Il faut surtout comprendre les logiques sous-jacentes à la constitution de cette masse documentaire pour pouvoir l’exploiter, en comprendre les limites, le caractère représentatif et les éléments exceptionnels. Pour m’aider dans cette démarche, j’ai choisi l’option de l’histoire orale, en ayant avec ce fonctionnaire un long entretien semi-directif sur sa carrière, son métier, son parcours. Je ne vous surprendrai pas en soulignant que la conjonction des deux sources se révèle tout à fait pertinente dans la construction d’une démarche historienne pour comprendre l’homme, ses fonctions, son institution ! <span style="color: var(--color-text);">Enfin, il faut également penser à l’après et à la structure la plus adéquate pour la conservation de l’ensemble documentaire. On le voit, le chantier autour de cette « surprise archivistique » est vaste mais bien ouvert… Si la publication qui découle de son exploitation n’est pas pour demain (aaah les trop nombreux chantiers en cours), elle s’annonce riche, ne serait-ce que par les questionnements épistémologiques que la situation m’impose.</span></p>
<p> 
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<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="en"><strong>This publication is only available in French. Please see the french version</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="nl"><strong>Deze publicatie is enkel beschikbaar in het Frans. Zie de Franse versie</strong></span></p>
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		<title>La manifestation en démocratie, terreau de débats ou zone de combat?</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Xavier Rousseaux (FNRS/UCLouvain)]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 18 Oct 2021 07:20:18 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Discours et représentations – notice générale]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
		<category><![CDATA[Manifestations]]></category>
		<category><![CDATA[Violences policières]]></category>
		<category><![CDATA[Xavier Rousseaux]]></category>
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					<description><![CDATA[]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="20543" class="elementor elementor-20543">
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									</p>
<p><strong style="font-size: revert; color: initial;">Chronique Carta Academica publiée en primeur <a href="https://www.lesoir.be/381458/article/2021-07-03/la-chronique-carta-academica-la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou">sur le site du Soir</a></strong></p>
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<p><span class="no_translate"><a href="https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/62/Euro-manifestation_-_Brussels_-_24-03-2011_%2819%29.jpg"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter" src="https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/6/62/Euro-manifestation_-_Brussels_-_24-03-2011_%2819%29.jpg" alt="File:Euro-manifestation - Brussels - 24-03-2011 (19).jpg - Wikimedia Commons" width="4272" height="2848"></a></span></p>
<p><span class="no_translate">Les états d’urgence terroriste ou sanitaire multiplient actuellement les confrontations entre citoyens et police, alimentant le débat sur les «violences» policières<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_1_20543" id="identifier_1_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Jobard Fabien, Les violences polici&egrave;res. Etat des recherches dans les pays anglo-saxons, 2000. Jobard Fabien,&nbsp;Bavures polici&egrave;res&nbsp;? La force publique et ses usages, Paris, 2002&nbsp;; Kokoreff Michel,&nbsp;Violences polici&egrave;res, g&eacute;n&eacute;alogie d&rsquo;une violence d&rsquo;Etat, Paris, 2020.">1</a></sup><span id="easy-footnote-19-20543" class="easy-footnote-margin-adjust"></span>. Ainsi les interventions policières révèlent l’inégalité des individus, des groupes sociaux mais aussi des lieux face aux contrôles<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_2_20543" id="identifier_2_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Goris Indira, Jobard Fabien, L&eacute;vy Ren&eacute;,&nbsp;Police et minorit&eacute;s visibles&nbsp;: les contr&ocirc;les d&rsquo;identit&eacute; &agrave; Paris, New York, 2009&nbsp;; Roch&eacute; S&eacute;bastian, Oberwittler Dietrich,&nbsp;Police-Citizen Relations Across the World&nbsp;: Comparing sources and contexts of trust and legitimacy, Londres, 2018.">2</a></sup><span id="easy-footnote-20-20543" class="easy-footnote-margin-adjust"></span>. Quant aux rassemblements spontanés et aux manifestations organisées, ils deviennent synonymes d’affrontements avec la police. Laissant de côté la question complexe des violences interindividuelles, cette chronique aborde la brutalisation observée dans les manifestations pacifiques.</span></p>
<p><span class="no_translate">Gérer les manifestations est un enjeu crucial en démocratie. Occuper collectivement l’espace public donne corps aux libertés de parole et d’association, devenues au gré des luttes émancipatrices du 20e siècle un marqueur concret de la démocratie à l’occidentale<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_3_20543" id="identifier_3_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Fillieule Olivier et Tartakowsky Danielle,&nbsp;La manifestation, Paris, 2013.">3</a></sup><span id="easy-footnote-21-20543" class="easy-footnote-margin-adjust"></span>. Aujourd’hui, nombre de protestations, contre la mondialisation ou l’austérité, pour le climat ou la santé, s’accompagnent de critiques des violences policières. Faut-il voir dans ce malaise entre manifestants et forces de l’ordre le symptôme d’une dégradation radicale des rapports entre citoyens et police, voire un précurseur de l’implosion du modèle démocratique de protestation ?</span></p>
<p><span class="no_translate">Les sciences sociales mettent en garde contre les pièges du terme violence. Dès que celui-ci qualifie un comportement, l’émotion et l’indignation enflamment le débat. L’objectif de notre réflexion n’est pas de juger la violence des institutions (la manif, la police) ni la responsabilité des individus (manifestants, autorités, policiers). Un acte violent est avant tout le produit d’une rencontre dans un contexte spécifique, ici un cortège sur la voie publique. Il s’agit de laisser–provisoirement–de côté la quête des ressorts individuels ou structurels de la violence pour retourner aux sources des interactions entre protagonistes. Car ces interactions s’inscrivent dans des schémas ritualisés et des perceptions collectives en évolution.</span></p>
<h4><span class="no_translate"><strong>Le «modèle» sécuritaire de l’État moderne: la police, dépositaire de la violence légitime</strong></span></h4>
<p><span class="no_translate">Dans les sociétés industrielles du 19e siècle marquées par la question ouvrière, la police était perçue comme un «chien de garde» d’une bourgeoisie capitaliste. Cette accoutumance policière aux intérêts des possédants persiste au 20e siècle dans les régimes autoritaires ou démocratiques. Néanmoins dans ces derniers, l’émancipation politique par le suffrage universel a nuancé cette liaison forte entre police et pouvoir. En démocratie, les polices du 21e siècle reflètent mieux la palette des populations représentées au pouvoir. En considérant les policiers comme des travailleurs, les sciences sociales ont mis au jour des fonctions policières intimement mêlées aux besoins des populations<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_4_20543" id="identifier_4_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Berli&egrave;re Jean-Marc, Denys Catherine, Kalifa Dominique, Milliot Vincent (ed.)M&eacute;tiers de policiers&nbsp;? Etre policier en Europe, XVIIIe-XXe si&egrave;cle , Rennes, 2008.">4</a></sup><span id="easy-footnote-22-20543" class="easy-footnote-margin-adjust"></span>. Par ses métiers, la police contribue à trois besoins fondamentaux de sécurité collective: pacifier les communautés, lutter contre la délinquance et assurer l’ordre public<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_5_20543" id="identifier_5_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Monjardet Dominique,&nbsp;Ce que fait la police. Sociologie de la force publique, Paris, 1996&nbsp;; Napoli Paolo,&nbsp;Naissance de la police moderne. Pouvoir, normes, soci&eacute;t&eacute;s, Paris, 2003&nbsp;; Jobard Fabien, de Maillard Jacques,&nbsp;Sociologie de la police, Politiques, organisations, r&eacute;formes, Paris, 2015&nbsp;; Roch&eacute; S&eacute;bastian,&nbsp;De la police en d&eacute;mocratie, Paris, 2016&nbsp;; Campion Jonas (&eacute;d.),&nbsp;Organiser, innover, agir. R&eacute;former et adapter les polices en Belgique (18e-21e si&egrave;cles), Louvain-la-Neuve, 2017.">5</a></sup><span id="easy-footnote-23-20543" class="easy-footnote-margin-adjust"></span>. Sur le plan des principes, ces fonctions sont déléguées par les citoyens à l’État<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_6_20543" id="identifier_6_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Bourdoux Gil, Vandoren Andr&eacute;, Reiter Marcel,&nbsp;Le citoyen et le fonctionnement de la police au sein de l&rsquo;Union europ&eacute;enne , Bruxelles, 2004.">6</a></sup><span id="easy-footnote-24-20543" class="easy-footnote-margin-adjust"></span>, lequel garantit le dépôt de l’usage de la force dans des institutions policières<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_7_20543" id="identifier_7_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Bittner Egon,&nbsp;Aspects of Police Work, Boston, 1990.">7</a></sup>. En démocratie, la police doit être publique puisqu’elle exerce la force au nom de la collectivité; elle doit dépendre d’autorités civiles, comme bras armé de la société, et se veut représentative de la diversité citoyenne. En retour, les citoyens attendent des représentants de l’ordre un usage légal et proportionné de cette force, garanti par le contrôle critique des citoyens. Ce modèle classique semble aujourd’hui obsolète. Comment s’est-il historiquement construit?</span></p>
<h4><span class="no_translate"><strong>La pacification des cortèges: un processus d’émancipation</strong></span></h4>
<p><span class="no_translate">Depuis deux siècles, les manifestations occidentales tendent à générer moins de violence. Des cortèges de plus en plus peuplés ont entraîné moins de décès et des blessures de moindre gravité. Au début du 20e siècle, l’émancipation politique des classes laborieuses conduit à remplacer les militaires par des policiers pour maintenir l’ordre public. Dans les années 1960-1970, un cycle mondial de protestations ouvrières, étudiantes, antiségrégationnistes et anticoloniales secoue les sociétés occidentales<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_8_20543" id="identifier_8_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Police attitude, 60 ans de maintien de l&rsquo;ordre, film de Fran&ccedil;ois Rabat&eacute;, France, 2020. Teicher Elie,&nbsp;Le maintien de l&rsquo;ordre face &agrave; la contestation des Golden Sixties&nbsp;: le d&eacute;fi des marches antiatomiques &agrave; Bruxelles (1963-1969)&nbsp;in Campion Jonas (ed.)La police locale en Belgique&nbsp;: sociohistoire d&rsquo;une institution, d&rsquo;un concept et de pratiques, Bruxelles, Politeia, 2020, pp. 73-111.">8</a></sup>. Les enfants de la bourgeoisie peuplent les cortèges, amenant les régimes démocratiques à orienter le maintien de l’ordre vers une doctrine de gestion négociée entre protestataires et autorités<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_9_20543" id="identifier_9_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Campion Jonas, Rousseaux Xavier (ed.),&nbsp;Policing New Risks in Modern Europe History, Basingstoke, 2016.">9</a></sup><span id="easy-footnote-27-20543" class="easy-footnote-margin-adjust"></span>. Quatre piliers fondent ce modèle: déclaration de manifestation, communication continue entre autorités et manifestants, distance physique entre policiers et protestataires, et proportionnalité de la réponse des forces de l’ordre aux violences. Cette gestion négociée s’inscrit dans une tendance globale du rejet de la violence comme moyen légitime d’action collective et d’une sensibilité croissante à l’intégrité physique et au respect des libertés individuelles.</span></p>
<p><span class="no_translate">Ce modèle de coproduction de l’ordre public repose sur une professionnalisation de la gestion des manifestations. Encadrer les cortèges et limiter les violences deviennent des priorités communes aux protestataires et aux forces de l’ordre. La société civile (syndicats, partis, associations, coordinations) fournit un service d’ordre face à des polices en retrait. La géographie des manifestations participe de cette pacification négociée. Les manifestants occupent des espaces déterminés dans les métropoles (places et grands boulevards) tandis qu’un consensus protège les lieux symboliques de la nation et du pouvoir (monuments historiques, palais, parlements) des dégradations. À Bruxelles, capitale de l’Europe des défilés avec son millier de manifestations par an, l’établissement d’une zone «neutre» autour des centres de pouvoir, national puis européen, traduit au quotidien cette gestion politique de l’espace public<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_10_20543" id="identifier_10_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Teicher Elie, La &laquo;&nbsp;zone neutre&nbsp;&raquo; &agrave; Bruxelles&nbsp;: reliquat d &rsquo;une conception p&eacute;rim&eacute;e du maintien de l&rsquo;ordre&nbsp;? in&nbsp;Analyse de l&rsquo;IHOES, 210, 30 avril 2020.">10</a></sup>.</span></p>
<h4><span class="no_translate"><strong>Casseurs, colsons et caméras: les fractures de la manifestation</strong></span></h4>
<p><span class="no_translate">Depuis les années 1990, les mobilisations connaissent un nouveau cycle de mondialisation, amplifié par les réseaux sociaux. Face aux protestataires «antimondialisation» perçus comme subversifs, une surréaction policière entraîne une remilitarisation de l’action policière<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_11_20543" id="identifier_11_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Trottier Daniel, Fuchs Christian,&nbsp;Social Media, Politics and the State&nbsp;: Protests, Revolutions, Riots, Crime and Policing in the Age of Facebook, Twitter and YouTube, Londres, 2014.">11</a></sup>. Les manifestations pacifiques sont émaillées de formes de violence empruntées aux guérillas et aux émeutes de quartiers populaires: incendies de véhicules, dégradations de biens, barricades</span></p>
<p><span class="no_translate">Cette transformation du «théâtre de la rue» accélère l’ébranlement des «modèles» démocratiques d’ordre public<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_12_20543" id="identifier_12_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Tartakowsky Danielle,&nbsp;On est l&agrave;&nbsp;! La manif en Crise , Bordeaux, 2020.">12</a></sup>. Le refus de déclarer une manifestation ou de communiquer avec les autorités met à mal la cogestion. La perte de légitimité des services d’ordre manifestants peut alors conduire têtes et queues de cortège à s’accompagner de violences contre les biens, les forces de l’ordre et même les services d’ordre des manifestants. Dans l’imaginaire des spectateurs la manif dont on parle devient celle qui dérape, trop souvent réduite à la figure du «casseur»<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_13_20543" id="identifier_13_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Casser, casseurs, cassures. Raison pr&eacute;sente 2020/4, n&ordm; 216.">13</a></sup>. L&rsquo;étiquette est d’abord revendiquée par des protestataires eux-mêmes justifiant la violence comme seule voie d’expression politique contre un ordre économique et politique mondial destructeur<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_14_20543" id="identifier_14_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ricordeau Gwenael, &laquo;&nbsp;Pourquoi cassent-ils&nbsp;? Pr&eacute;sentation des discours et motivations des casseurs&nbsp;&raquo;,&nbsp;D&eacute;viance et Soci&eacute;t&eacute;, 25/2001, 165-183&nbsp;; C&eacute;dric Moreau de Bellaing, &laquo;&nbsp;Casse, politique et repr&eacute;sentation dans la France contemporaine&nbsp;&raquo;,&nbsp;Droit et cultures, 58/2009, 199-221.">14</a></sup>. Cependant, sous la cagoule des casseurs, les chercheurs observent une diversité de contestataires: anarchistes, hooligans, jeunes de quartiers populaires, groupes identitaires, réunis par un mode d’occupation de l’espace public. Les Black Blocs, synonymes dans les années 1980 de cortèges militants de la gauche radicale, désignent aujourd’hui des tactiques de manifestation empruntant à la police ses méthodes. Des protagonistes jeunes et mimant la police s’insèrent dans des protestations pacifiques pour contester aux policiers leur monopole d’usage de la force.</span></p>
<p><span class="no_translate">À l’évidence, cette radicalisation témoigne de «cassures» dans la société. Mobilisateur d’un imaginaire plus sanglant de la protestation, le casque des Street Medics remplace le brassard militant comme instrument de pacification. Les corps intermédiaires structurant autrefois la communication entre protestataires et pouvoirs sont aujourd’hui affaiblis par l’atomisation du monde du travail et des idéologies sécuritaires clivantes. Dans les cortèges, l’effacement des services d’ordre internes génère un désarroi du côté des autorités en quête d’interlocuteurs. Les commentaires politiques consistent trop souvent à discréditer la protestation au nom des violences et à renforcer des discours sécuritaires. Du côté policier, les techniques de négociation et de désescalade s’effacent devant une ligne répressive. Les méthodes développées dans la lutte antiterroriste–avec le soutien des citoyens–s’appliquent désormais aux manifestations, perçues comme une menace à la sécurité intérieure. Développés dans la répression des «violences urbaines» et des zones de guerre, les équipements de protection militarisés et les armes de neutralisation individuelle accentuent et personnalisent le face-à-face brutal entre manifestants et policiers. Le renseignement, dopé par la technologie, s’oriente vers le ciblage des meneurs présumés que des unités spécialisées dans les «violences urbaines» exfiltrent sans ménagements<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_15_20543" id="identifier_15_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&nbsp;Den Heyer Garth,&nbsp;Police Response to Riots&nbsp;: Case Studies from France, London, Ferguson, and Baltimore, Berlin, 2020.">15</a></sup>. Bouclages de zones ou de groupes transforment des manifestants pacifiques en «suspects»; menottages et arrestations administratives stigmatisent cette suspicion<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_16_20543" id="identifier_16_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Wood Lesley J.,&nbsp;Mater la meute, La militarisation de la gestion polici&egrave;re des manifestations, Montr&eacute;al, 2015.">16</a></sup>.&nbsp;Ces méthodes anti-insurrectionnelles gagnent insidieusement les manifestations les plus pacifiques: pour certains policiers, familles et jeunes deviennent des «trublions»,–des «gauchistes», des «autres», qu’il s’agit de disperser–et non plus des citoyens –des «nôtres», qu’il s’agit de protéger.</span></p>
<p><span class="no_translate">Cette résurgence «guerrière» au sein de manifestations de masse s’observe également dans un contexte de révolution médiatique. En 1980, il s’agissait de battre le pavé des centres du pouvoir pour être comptabilisés au journal télévisé du soir. Aujourd’hui, la manifestation se visionne en direct et à distance, via les caméras légères et les réseaux sociaux. Au cœur du défilé, manifestants et forces de l’ordre se livrent à une lutte d’images. À l’extérieur, vitres brisées, voitures brûlées et corps blessés alimentent l’audience des médias et l’indignation des spectateurs. Le rendu médiatique se focalise sur les faits de violence au détriment des revendications sociétales des protestataires. Les affrontements accentuent la polarisation des débats d’opinion. Et l’émotion sécuritaire, loin de rester l’apanage de partis liberticides, enfle jusqu’à devenir un enjeu électoral majeur au sein même des partis démocratiques, masquant les inégalités sociales.</span></p>
<h4><span class="no_translate"><strong>Réinventer la mobilisation: pour une politique des désordres en démocratie</strong></span></h4>
<p><span class="no_translate">Mise en perspective historique, la manifestation a bien connu un moment de démocratisation, consacrant l’espace public comme lieu de débats. Aujourd’hui, il est donc possible de repacifier l’espace public. L’enjeu majeur est de co-construire une légitimité sur laquelle doit s’ajuster la légalité des usages concrets de la force, par la participation citoyenne aux objectifs du maintien de l’ordre. Sans une telle «politique démocratique des désordres »<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_17_20543" id="identifier_17_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Filleule Olivier, Jobard Fabien,&nbsp;Politiques du d&eacute;sordre, la police des manifestations en France , Paris, 2020.">17</a></sup>, le risque est grand d’accentuer les fractures sociales et la tentation d’une dictature «de salut public» qui hante nos sociétés complexes et inquiètes<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/10/18/la-manifestation-en-democratie-terreau-de-debats-ou-zone-de-combat/#footnote_18_20543" id="identifier_18_20543" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Merci &agrave; Jonas Campion, Vincent Francis et Fabien Jobard et aux lecteurs de Carta Academica pour les suggestions &agrave; ce texte.">18</a></sup>.</span></p>
<p>&nbsp;
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<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="en"><strong>This publication is only available in French. Please see the french version</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="nl"><strong>Deze publicatie is enkel beschikbaar in het Frans. Zie de Franse versie</strong></span></p>
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		<ol class="footnotes"><li id="footnote_1_20543" class="footnote">Jobard Fabien, <em>Les violences policières. Etat des recherches dans les pays anglo-saxons</em>, 2000. Jobard Fabien,&nbsp;<em>Bavures policières&nbsp;? La force publique et ses usages</em>, Paris, 2002&nbsp;; Kokoreff Michel,&nbsp;<em>Violences policières, généalogie d’une violence d’Etat</em>, Paris, 2020.</li><li id="footnote_2_20543" class="footnote">Goris Indira, Jobard Fabien, Lévy René,&nbsp;<em>Police et minorités visibles&nbsp;: les contrôles d’identité à Paris</em>, New York, 2009&nbsp;; Roché Sébastian, Oberwittler Dietrich,&nbsp;<em>Police-Citizen Relations Across the World&nbsp;: Comparing sources and contexts of trust and legitimacy</em>, Londres, 2018.</li><li id="footnote_3_20543" class="footnote">Fillieule Olivier et Tartakowsky Danielle,&nbsp;<em>La manifestation</em>, Paris, 2013.</li><li id="footnote_4_20543" class="footnote">Berlière Jean-Marc, Denys Catherine, Kalifa Dominique, Milliot Vincent (ed.)<em>Métiers de policiers&nbsp;? Etre policier en Europe, XVIIIe-XXe siècle</em> , Rennes, 2008.</li><li id="footnote_5_20543" class="footnote">Monjardet Dominique,&nbsp;<em>Ce que fait la police. Sociologie de la force publique</em>, Paris, 1996&nbsp;; Napoli Paolo,&nbsp;<em>Naissance de la police moderne. Pouvoir, normes, sociétés</em>, Paris, 2003&nbsp;; Jobard Fabien, de Maillard Jacques,&nbsp;<em>Sociologie de la police, Politiques, organisations, réformes</em>, Paris, 2015&nbsp;; Roché Sébastian,&nbsp;<em>De la police en démocratie</em>, Paris, 2016&nbsp;; Campion Jonas (éd.),&nbsp;<em>Organiser, innover, agir. Réformer et adapter les polices en Belgique (18e-21e siècles)</em>, Louvain-la-Neuve, 2017.</li><li id="footnote_6_20543" class="footnote">Bourdoux Gil, Vandoren André, Reiter Marcel,&nbsp;<em>Le citoyen et le fonctionnement de la police au sein de l’Union européenne</em> , Bruxelles, 2004.</li><li id="footnote_7_20543" class="footnote">Bittner Egon,&nbsp;<em>Aspects of Police Work</em>, Boston, 1990.</li><li id="footnote_8_20543" class="footnote"><em>Police attitude, 60 ans de maintien de l’ordre</em>, film de François Rabaté, France, 2020. Teicher Elie,&nbsp;<em>Le maintien de l’ordre face à la contestation des Golden Sixties&nbsp;: le défi des marches antiatomiques à Bruxelles (1963-1969)</em>&nbsp;in Campion Jonas (ed.)<em>La police locale en Belgique&nbsp;: sociohistoire d’une institution, d’un concept et de pratiques</em>, Bruxelles, Politeia, 2020, pp. 73-111.</li><li id="footnote_9_20543" class="footnote">Campion Jonas, Rousseaux Xavier (ed.),&nbsp;<em>Policing New Risks in Modern Europe History</em>, Basingstoke, 2016.</li><li id="footnote_10_20543" class="footnote">Teicher Elie, La «&nbsp;zone neutre&nbsp;» à Bruxelles&nbsp;: reliquat d ’une conception périmée du maintien de l’ordre&nbsp;? in&nbsp;<em><a href="http://www.ihoes.be/PDF/IHoES_analyse210.pdf" target="_blank" rel="noopener">Analyse de l’IHOES</a></em><a href="http://www.ihoes.be/PDF/IHoES_analyse210.pdf" target="_blank" rel="noopener">, 210, 30 avril 2020</a>.</li><li id="footnote_11_20543" class="footnote">Trottier Daniel, Fuchs Christian,&nbsp;<em>Social Media, Politics and the State&nbsp;: Protests, Revolutions, Riots, Crime and Policing in the Age of Facebook, Twitter and YouTube</em>, Londres, 2014.</li><li id="footnote_12_20543" class="footnote">Tartakowsky Danielle,&nbsp;<em>On est là&nbsp;! La manif en Crise</em> , Bordeaux, 2020.</li><li id="footnote_13_20543" class="footnote"><em>Casser, casseurs, cassures</em>. Raison présente 2020/4, nº 216.</li><li id="footnote_14_20543" class="footnote">Ricordeau Gwenael, «&nbsp;Pourquoi cassent-ils&nbsp;? Présentation des discours et motivations des casseurs&nbsp;»,&nbsp;<em>Déviance et Société</em>, 25/2001, 165-183&nbsp;; Cédric Moreau de Bellaing, «&nbsp;Casse, politique et représentation dans la France contemporaine&nbsp;»,&nbsp;<em>Droit et cultures</em>, 58/2009, 199-221.</li><li id="footnote_15_20543" class="footnote">&nbsp;Den Heyer Garth,&nbsp;<em>Police Response to Riots&nbsp;: Case Studies from France, London, Ferguson, and Baltimore</em>, Berlin, 2020.</li><li id="footnote_16_20543" class="footnote">Wood Lesley J.,&nbsp;<em>Mater la meute, La militarisation de la gestion policière des manifestations</em>, Montréal, 2015.</li><li id="footnote_17_20543" class="footnote">Filleule Olivier, Jobard Fabien,&nbsp;<em>Politiques du désordre, la police des manifestations en France</em> , Paris, 2020.</li><li id="footnote_18_20543" class="footnote">Merci à Jonas Campion, Vincent Francis et Fabien Jobard et aux lecteurs de Carta Academica pour les suggestions à ce texte.</li></ol>]]></content:encoded>
					
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		<title>Faire l’histoire orale de la féminisation de la police communale en Belgique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Hubert Dechamps (UCLouvain)]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 27 Sep 2021 08:00:45 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Archives – étude de cas]]></category>
		<category><![CDATA[20e siècle]]></category>
		<category><![CDATA[Archives]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<category><![CDATA[Féminisation de la police]]></category>
		<category><![CDATA[Hubert Deschamps]]></category>
		<category><![CDATA[Sources orales]]></category>
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					<description><![CDATA[]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="17343" class="elementor elementor-17343">
						<section class="elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-4f160719 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default" data-id="4f160719" data-element_type="section" data-e-type="section">
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									</p><p><strong style="font-size: revert; color: initial;">« Mais pourquoi vous me posez cette question ? ». </strong></p><section class="kc-elm kc-css-840911 kc_row"><div class="kc-row-container kc-container"><div class="kc-wrap-columns"><div class="kc-elm kc-css-1812298 kc_col-sm-12 kc_column kc_col-sm-12"><div class="kc-col-container"><div class="kc-elm kc-css-1653941 kc_text_block"><p><span data-contrast="auto">S’il est de coutume de dire que les historiens interrogent leurs sources, il est plutôt rare que celles-ci leur répondent en retour. C’est pourtant l’expérience qui a été la mienne comme apprenti historien enquêtant sur la féminisation de la police communale en Belgique de 1953 à 2001<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/09/27/faire-lhistoire-orale-de-la-feminisation-de-la-police-communale-en-belgique/#footnote_1_17343" id="identifier_1_17343" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Hubert Deschamps,&nbsp;Le processus de f&eacute;minisation de la police communale en Belgique (1953-2001), Louvain-la-Neuve, Universit&eacute; catholique de Louvain, 2017 [m&eacute;moire de maitrise en histoire],&nbsp;disponible&nbsp;en ligne.">1</a></sup></span></span><span data-contrast="auto">. Cette étude m’a confronté </span><span data-contrast="auto">à deux grands défis.</span><span data-contrast="auto"> </span><span data-ccp-props="{"> </span></p><p><span class="no_translate"><span data-contrast="auto"><em>1. De l’individu au groupe : le choix des témoin</em>s</span><span data-ccp-props="{"> </span></span></p><p><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Le premier défi fut celui de la constitution d’un échantillon représentatif, lié à la définition du terrain d’études, entre le local et le national. En effet, le terrain d’enquête envisagé avait d’abord été celui de la ville de La Louvière<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/09/27/faire-lhistoire-orale-de-la-feminisation-de-la-police-communale-en-belgique/#footnote_2_17343" id="identifier_2_17343" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Les archives de la ville et du CPAS conservent des archives nombreuses en mati&egrave;re polici&egrave;re.&nbsp;Si celles-ci ne sont pas toujours inventori&eacute;es et rend leur utilisation difficile, cette masse justifiait le choix de cette commune comme terrain&nbsp;d&rsquo;enqu&ecirc;te">2</a></sup></span></span></span><span data-contrast="auto">. Cependant, il est rapidement ressorti que la situation</span><span data-contrast="auto"> était trop exceptionnelle pour être représentative de la dynamique de féminisation en Belgique. En effet, la première policière de la ville a été promue commissaire après que son supérieur hiérarchique soit « tombé » pour une affaire de</span><span data-contrast="auto"> caisse noire. Elle fut ensuite elle-même condamnée par la suite pour cette même affaire. Il a fallu donc élargir le champ d’investigation. Le </span><i><span data-contrast="auto"><a href="http://womenpol.be/">WomenPol</a>, </span></i><span data-contrast="auto">organisation des femmes policiers, a alors été d’une grande aide pour trouver d’autres témoins. Des connaissances parmi les forces de l’ordre ont également été utiles pour trouver des témoins. Grâce à ces aides, l’échantillon des 8 femmes interrogées a été aussi varié que possible : des pionnières entrées dans les années 1960 et d’autres dans les 1990 (tout aussi pionnières) ; des hauts gradées et des simples agents ; des femmes ayant travaillé en ville ou en zone rurale ; des « simples » policières ou des assistantes de police (assistantes sociales de formation).</span></p><p><em>2. Policières et policiers, des témoins si particuliers  </em></p><p><span data-contrast="auto">Faire de l’histoire orale relative au monde de la police constitue également un défi d’ampleur. En effet, selon Jean-Marc Berlière, la parole policière doit être mise en doute :  « </span><i><span data-contrast="auto">agents des “services” ou commissaires de police, tous experts en faux propos et vraies manipulations </span></i>»<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/09/27/faire-lhistoire-orale-de-la-feminisation-de-la-police-communale-en-belgique/#footnote_3_17343" id="identifier_3_17343" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ren&eacute; L&eacute;vy et Jean-Marc Berli&egrave;re, &laquo; M&eacute;moire orale, r&eacute;cits de vie et sciences sociales &raquo;, in Ren&eacute; L&eacute;vy et Jean-Marc Berli&egrave;re (dir.), Le t&eacute;moin, le sociologue et l&rsquo;historien : Quand des policiers se mettent &agrave; table, Paris, Nouveau Monde Editions, 2010, p.17.">3</a></sup><i><span data-contrast="auto"> </span></i><span data-contrast="auto">En d’autres termes,</span><i><span data-contrast="auto"> </span></i><span data-contrast="auto">les</span><i><span data-contrast="auto"> </span></i><span data-contrast="auto">policières ont pratiqué pendant des années l’art de l’interrogatoire et « on ne la leur fait pas ». Ainsi, dans le cadre de ce mémoire, il est arrivé que certaines questions, comme les relations avec un commissaire ayant dû démissionner pour corruption, soient interrompues brusquement par un cinglant « pourquoi vous demandez cela ? ». La dynamique interrogateur/interrogée </span><span data-contrast="auto">était</span><span data-contrast="auto"> donc renversée. Ce constat oblige à une grande vigilance par rapport aux propos tenus et à une préparation au préalable la plus poussée possible. </span><span data-ccp-props="{"> </span></p></div><div class="kc-elm kc-css-1653941 kc_text_block"><p><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Pour les plus hauts gradées, une manière détournée de s’informer était de regarder leurs interventions télévisées passées pour cerner leur personnalité. L’entretien téléphonique au préalable était également un bon indicateur dans ce but. Pour connaître le contexte global, une simple recherche sur le commissariat par un moteur de recherche bien connu et la presse régionale était effectuée. </span></span></p><p><span class="no_translate"><span data-ccp-props="{">À</span><span data-contrast="auto"> l’instar de Geneviève Pruvost, j’ai observé une volonté de protéger leur institution de la part des policiers interrogés<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/09/27/faire-lhistoire-orale-de-la-feminisation-de-la-police-communale-en-belgique/#footnote_4_17343" id="identifier_4_17343" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Genevi&egrave;ve Pruvost, &laquo; Quand les &ldquo;battantes&rdquo; se racontent : r&eacute;cit de vie et portrait m&eacute;diatique des femmes dans la police &raquo;, in&nbsp;Ren&eacute; L&eacute;vy et Jean-Marc Berli&egrave;re&nbsp;(dir.),&nbsp;&nbsp;Le t&eacute;moin, le sociologue et l&rsquo;historien : Quand des policiers se mettent &agrave; table, Paris,&nbsp;Nouveau Monde Editions, 2010,&nbsp;p. 92‑93.">4</a></sup></span></span></span><span data-contrast="auto">. Cela va de la prudence exprimée (« </span><i><span data-contrast="auto">le but de votre interview c’est de savoir qu’elle était la place de la femme dans la police et voir plutôt si elle était plutôt bien menée ou malmenée ?</span></i>»)<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/09/27/faire-lhistoire-orale-de-la-feminisation-de-la-police-communale-en-belgique/#footnote_5_17343" id="identifier_5_17343" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Propos tenus par une polici&egrave;re interrog&eacute;e">5</a></sup></span><span data-contrast="auto"> à </span><span data-contrast="auto">plusieurs propos critiques à propos d’anciens collègues qui n’ont pas été retranscrits à leur demande. </span><span data-ccp-props="{"> </span></span></p><p><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">De plus, toute la préparation du monde ne peut changer le fait que l’identité de la personne qui interroge influence les propos tenus en réponse. Ainsi, aux États-Unis, dans les années 1930, il a été constaté une différence dans les propos d’une femme noire âgée à propos de son expérience d’esclave en fonction de son interlocuteur. À une femme blanche, cette femme n’évoquait que des problèmes bénins tandis qu’elle a en mentionné de plus graves à un homme noir<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/09/27/faire-lhistoire-orale-de-la-feminisation-de-la-police-communale-en-belgique/#footnote_6_17343" id="identifier_6_17343" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Donald A. Ritchie,&nbsp;Doing oral history: a practical guide, Oxford, Oxford university Press, 2003, p. 91.">6</a></sup></span><span data-contrast="auto">. En ce qui me concerne, il est clair que le fait d’être un « jeune homme » (22 ans lors des premiers entretiens) a considérablement influencé l’attitude et les réponses des policières questionnées. </span><span data-ccp-props="{"> </span></span></p><p><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Ainsi, ces dernières ont déployé un effort de pédagogie particulier afin de contextualiser au maximum leur expérience. Cet effort pouvait parfois être excessif, comme lorsqu’un témoin s’est interrogé sur l’existence ou non des téléphones portables au moment de son récit. Un certain « maternalisme » a également été observé. De fait, après un certain moment, plusieurs témoins passaient du vouvoiement formel au tutoiement. L’interpellation sous le vocable de « jeune homme » était relativement fréquente. Cette attitude, bien que gênante, a été simplement ignorée pour maintenir la dynamique des entretiens. </span><span data-ccp-props="{"> </span></span></p><p><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">À ces difficultés d’ordre général s’ajoutent les aléas qui peuvent surgir lors d’une discussion de près d’une heure. Cela peut aller d’un simple coup de téléphone qui interrompt la conversation, à la policière qui demande ma position personnelle sur la fidélité conjugale, au braque de Weimar qui bondit sur les genoux de la personne interrogée, lui lèche le visage tandis que cette dernière continue l’interview, imperturbable. La réciproque n’était pas là de mon côté. </span><span data-ccp-props="{"> </span></span></p><p><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">3. <em>Les apports de la démarche orale</em></span><em> </em></span></p><p><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Ces obstacles rendent-ils l’histoire orale peu pertinente pour l’historien ? Loin de là. En effet, les informations données par les policières n’auraient en aucun cas pu être trouvées ailleurs dans une source écrite. Certaines sources écrites ont d’ailleurs reçu un nouvel éclaircissement à l’aune des témoignages. Ainsi, il était difficilement compréhensible que le commissaire de la ville de La Louvière<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/09/27/faire-lhistoire-orale-de-la-feminisation-de-la-police-communale-en-belgique/#footnote_7_17343" id="identifier_7_17343" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Thierry Delplancq, &laquo; La police de la Louvi&egrave;re et le commissaire Lorent. Quand la Roche tarp&eacute;ienne c&ocirc;toie le Capitole &raquo;, in Jonas Campion (dir.), Organiser, innover, agir. R&eacute;former et adapter les polices en Belgique (18e-21e si&egrave;cles), Louvain,-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2017, p. 115-130.">7</a></sup></span><span data-contrast="auto">, connu pour ses méthodes fortes et en butte avec la Ligue des Droits de l’Homme, ait promu des femmes au sein de ses services. La présence de brochures de presse sur la présence de femmes au sein de la police de Los Angeles au sein de ses archives personnelles posait également question. Lorsqu’il est ressorti des témoignages que ce commissaire cherchait l’excellence au sein du commissariat, il est apparu que la présence de femmes au sein de ses services répondait à une question d’efficacité et non d’égalité. Il lui fallait des collègues féminines pour s’occuper des affaires liées aux femmes et aux enfants. Ce constat était d’autant plus clair que ces papiers étaient rangés avec des descriptions techniques de flash pour les excès de vitesse. </span><span data-ccp-props="{"> </span></span></p><p><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Plus fondamentalement, pour reprendre les mots de Jean-Marc Berlière, faire l’histoire orale de la police permet de retranscrire </span>«<i><span data-contrast="auto"> l’atmosphère d’un service, les rivalités de personnes, les mentalités, les milles pratiques des métiers, les personnalités, un esprit de corps, une sensibilité, une culture professionnelle, une langue, des habitudes, dont, jamais, aucune archive écrite ne témoignera </span></i>»<i><span data-contrast="auto">. </span></i><span data-contrast="auto">Être policier, cela ne s’apprend pas dans les livres, il en va de même pour écrire son histoire contemporaine. </span><span data-ccp-props="{"> </span></span></p><p><div class="kc-elm kc-css-125386 kc_col-sm-12 kc_column kc_col-sm-12"><div class="kc-col-container"><p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="en"><strong>This publication is only available in French. Please see the french version</strong></span></p><p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="nl"><strong>Deze publicatie is enkel beschikbaar in het Frans. Zie de Franse versie</strong></span></p></div></div></div></div></div></div></div></section>								</div>
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		<ol class="footnotes"><li id="footnote_1_17343" class="footnote">Hubert Deschamps, <em>Le processus de féminisation de la police communale en Belgique (1953-2001)</em>, Louvain-la-Neuve, Université catholique de Louvain, 2017 [mémoire de maitrise en histoire], disponible<span class="easy-footnote"><a title="&lt;span class="><span class="TextRun BCX0 SCXW123551164" lang="FR-BE" xml:lang="FR-BE" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW123551164" data-ccp-parastyle="footnote text"> </span></span></a><a href="https://dial.uclouvain.be/memoire/ucl/object/thesis:12228">en ligne</a>.</li><li id="footnote_2_17343" class="footnote">Les archives de la ville et du CPAS conservent des archives nombreuses en matière policière.<span class="easy-footnote"><a title=" &lt;span class=" data-ccp-parastyle="footnote text"> </a></span><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW253113339" data-ccp-parastyle="footnote text">Si celles-ci ne sont pas toujours inventoriées et rend leur utilisation difficile, cette masse justifiait le choix de cette commune comme terrain </span><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW253113339" data-ccp-parastyle="footnote text">d’enquête</li><li id="footnote_3_17343" class="footnote">René Lévy et Jean-Marc Berlière, « Mémoire orale, récits de vie et sciences sociales », in René Lévy et Jean-Marc Berlière (dir.), <em>Le témoin, le sociologue et l’historien : Quand des policiers se mettent à table</em>, Paris, Nouveau Monde Editions, 2010, p.17.</li><li id="footnote_4_17343" class="footnote">Geneviève Pruvost, « Quand les “battantes” se racontent : récit de vie et portrait médiatique des femmes dans la police », in René Lévy et Jean-Marc Berlière (dir.),  <em>Le témoin, le sociologue et l’historien : Quand des policiers se mettent à table,</em> Paris, Nouveau Monde Editions, 2010, p. 92‑93<span class="TextRun SCXW123928474 BCX0" lang="FR-BE" xml:lang="FR-BE" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun SCXW123928474 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">.</li><li id="footnote_5_17343" class="footnote">Propos tenus par une policière interrogée<span class="NormalTextRun BCX0 SCXW229797926" data-ccp-parastyle="footnote text"></li><li id="footnote_6_17343" class="footnote">Donald A. Ritchie, <em>Doing oral history: a practical guid</em>e, Oxford, Oxford university Press, 2003, p. 91.</li><li id="footnote_7_17343" class="footnote">Thierry Delplancq, « La police de la Louvière et le commissaire Lorent. Quand la Roche tarpéienne côtoie le Capitole », in Jonas Campion (dir.), Organiser, innover, agir. Réformer et adapter les polices en Belgique (18e-21e siècles), Louvain,-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2017, p. 115-130.</li></ol>]]></content:encoded>
					
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		<title>Les sources orales, un apport précieux pour l’histoire des polices</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Elie Teicher (Boursier FRESH-FNRS ULiège)]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 09 Jul 2021 08:44:59 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Archives – notice générale]]></category>
		<category><![CDATA[Archives]]></category>
		<category><![CDATA[Belgique]]></category>
		<category><![CDATA[Elie Teicher]]></category>
		<category><![CDATA[Entretiens]]></category>
		<category><![CDATA[Sources orales]]></category>
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					<description><![CDATA[&#160;]]></description>
										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="15123" class="elementor elementor-15123">
						<section class="elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-59b98e26 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default" data-id="59b98e26" data-element_type="section" data-e-type="section">
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									</p>
<p><strong style="font-size: revert; color: initial;">Un type de source prometteur</strong></p>
<section class="kc-elm kc-css-1244759 kc_row">
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<div class="kc-wrap-columns">
<div class="kc-elm kc-css-45549 kc_col-sm-12 kc_column kc_col-sm-12">
<div class="kc-col-container">
<div class="kc-elm kc-css-1933794 kc_text_block"><p><span class="no_translate">Après que la discipline historique se soit constituée au XIXème siècle en s’appuyant sur les sources écrites et en rejetant les témoignages oraux jugés « folkloriques », les chercheurs ont petit à petit diversifié leurs méthodes d’enquête et ce type de sources a désormais pleinement droit de cité dans la « boîte à outils » de l’historien. Depuis plusieurs décennies maintenant, les chercheurs ont développé, en s’inspirant en partie des pratiques de leurs collègues sociologues ou anthropologues, des méthodes d’enquête orale concernant des objets, des institutions ou des personnages divers, comme en témoigne l’ouvrage central publié par Florence Descamps<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_1_15123" id="identifier_1_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;historien, l&rsquo;archiviste et le magn&eacute;tophone : de la constitution de la source orale &agrave; son exploitation, Paris, Comit&eacute; pour l&rsquo;histoire &eacute;conomique et financi&egrave;re de la France, 2001, [en ligne]">1</a></sup>, </span></span></span>qui complétait une historiographie anglo-saxonne pionnière sur le sujet et désormais bien fournie. </p>
<p><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Concernant spécifiquement la police, plusieurs collectes de sources orales ont désormais été effectuées et des fonds ont été constitués et inventoriés dans plusieurs pays. Citons par exemple, pour la France, les différentes enquêtes de l’IHESI/INHES, qui, sous la houlette de Jean-Marc Berlière et René Lévy, a constitué un fonds de 89 entretiens conservés à la BNF<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_2_15123" id="identifier_2_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&Agrave; consulter&nbsp;en ligne">2</a></sup>. </span></span>Les chercheurs ont également accès, à la British Library, aux 84 interviews de policiers réalisées par Barbara Weinberger pour ses propres recherches<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_3_15123" id="identifier_3_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Weinberger&nbsp;B.&nbsp;The Best Police in the World: An Oral History of English Policing from the 1930s to the 1960s, Aldershot, Scolar Press, 1995. Voir le&nbsp;Sound and Moving Image Cataloguede la&nbsp;British Library pour retrouver l&rsquo;ensemble des interviews : disponible ici">3</a></sup>. </span></span></span>Il existe aussi d’autres projets, plus particuliers. C’est le cas du British Mandate Palestine Police Oral <em>History</em><em>&nbsp;Project</em><span style="font-style: inherit;" data-contrast="auto"> de l’Université d’Oxford qui a permis la réalisation d’interviews de 15 policiers britanniques <a href="https://www.sant.ox.ac.uk/research-centres/middle-east-centre/mec-archive/meca-palestine-police-oral-history?msclkid=a2da26a4ab7211ecbacc4e6ed448af06">en Palestine mandataire</a> ou encore <a href="https://findingaids.library.columbia.edu/ead/nnc-ccoh/ldpd_12231326">le fonds conservé par l’Université de Columbia</a> comprenant 14 interviews de policiers New-Yorkais.</span></span></p></div>
<div class="kc-elm kc-css-1933794 kc_text_block"><span class="no_translate"><span style="font-style: inherit;" data-contrast="auto"><br>À ces fonds constitués s’ajoutent les entretiens effectués par des chercheurs travaillant sur certains aspects de la police et qui constituent des ressources intéressantes<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_4_15123" id="identifier_4_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Les travaux d&rsquo;Emmanuel Blanchard se nourrissent notamment des sources orales : Blanchard E.,&nbsp;La police parisienne et les Alg&eacute;riens, Paris, Nouveau Monde, 2011.">4</a></sup></span>. <span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Les historiens ont pu s’inspirer directement des sociologues afin d’envisager les problèmes méthodologiques que ce type de sources pose<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_5_15123" id="identifier_5_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Notre d&eacute;marche s&rsquo;inscrit dans les pas des r&eacute;flexions d&eacute;j&agrave; men&eacute;es ailleurs lors de s&eacute;minaires de&nbsp;Menepolhis, comme lors de cet &eacute;change de 2016 o&ugrave; la question de l&rsquo;utilit&eacute; des sources orales avait &eacute;t&eacute; mise en avant par Jonas Campion, J.-M.&nbsp;Berli&egrave;re et Hubert Deschamps, disponible ici">5</a></sup></span></span></span>. Abordons ici les difficultés spécifiques aux questionnements des historiens de la police mais également les avantages de ces sources dans le cas plus précis de la question du maintien de l’ordre.</span></div>
<div>&nbsp;</div>
<div class="kc-elm kc-css-1933794 kc_text_block"><strong>Une porte ouverte vers des informations inhabituelles</strong></div>
<div>&nbsp;</div>
<div class="kc-elm kc-css-1933794 kc_text_block"><span class="no_translate">L&rsquo;entretien semi-directif<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_6_15123" id="identifier_6_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dans ce type d&rsquo;entretien, l&rsquo;intervieweur&nbsp;&ldquo;oriente la&nbsp;personne qui parle vers&nbsp;certains&nbsp;sujets et il lui laisse ensuite toute libert&eacute; pour s&rsquo;exprimer&rdquo;. Fenneteau H., L&rsquo;enqu&ecirc;te: entretien et questionnaire, Paris, Dunod, 2015, p. 10">6</a></sup></span></span><span class="EOP SCXW1605599 BCX0" data-ccp-props="{&quot;201341983&quot;:0,&quot;335559739&quot;:0,&quot;335559740&quot;:240}">&nbsp;</span><span data-contrast="auto">est souvent préconisé par l’historien. Il permet à la fois au témoin de « se raconter » mais également au chercheur de préparer des questions sur des sujets ou des évènements plus précis. Les entretiens fournissent l’occasion de se familiariser avec une institution qui a parfois disparu (par exemple, la gendarmerie belge) ou qui a été grandement réformée (le cas des polices néerlandaises dans les années 1990). Ces institutions, opaques pour le profane, même bien informé par des lectures, peuvent apparaitre sous un autre angle par l’intermédiaire des récits policiers : ce sont les imbrications complexes des rapports humains auxquelles le chercheur a quelque peu accès. En ce qui concerne les institutions policières, pour lesquelles les archives sont souvent dispersées, détruites ou mélangées, le chercheur peut pallier les silences et les manques par ce détour essentiel qui permet de contenir davantage la résistance des polices au « projet de connaître »<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_7_15123" id="identifier_7_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Montjardet D., &laquo; Gibier de recherche, la police et le projet de conna&icirc;tre &raquo;, in Criminologie, t. 38, n&deg;2 (2005), p. 13 &ndash; 37.">7</a></sup></span><span data-contrast="auto">.</span></span></div>
<div class="kc-elm kc-css-1933794 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto"><br>Il faut donc noter, à la suite de René Lévy et Jean-Marc Berlière, que les sources orales ne permettent pas seulement d’obtenir des « points de vue » sur des évènements, mais également un accès particulier à ce que les archives n’évoquent jamais. Il s’agit bien entendu des relations dans les services, des interactions entre les différents collègues, des querelles ou des affinités, du rapport individuel et collectif à une culture professionnelle ou encore à des habitudes de travail particulières<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_8_15123" id="identifier_8_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Berli&egrave;re J.-M. et L&eacute;vy R., &laquo; M&eacute;moire orale, r&eacute;cits de vie et sciences sociales &raquo;, in L&eacute;vy R. et Berli&egrave;re J.-M., Le t&eacute;moin, le sociologue et l&rsquo;historien : quand les policiers se mettent &agrave; table, Paris, Nouveau Monde &Eacute;ditions, 2010, p. 21.">8</a></sup>.</span><span data-contrast="auto"> Dans le cas du maintien de l’ordre et de la police des foules par exemple, cette activité policière particulière<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_9_15123" id="identifier_9_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Montjardet D., Ce que fait la police : sociologie de la force publique, Paris, La D&eacute;couverte, 1996 ; Jobard F. et De Maillard J., Sociologie de la police : Politiques, organisations, r&eacute;formes, Paris, Armand Colin, 2015.">9</a></sup><span class="TextRun SCXW179088328 BCX0" lang="FR-FR" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto">,</span></span><span data-contrast="auto"> les témoignages éclairent d’une lumière originale une série de perceptions et d’interactions peu ou pas visibles dans les archives<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_10_15123" id="identifier_10_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le travail r&eacute;cent d&rsquo;Olivier Fillieule et de Fabien Jobard le d&eacute;montre amplement, Politiques du d&eacute;sordre : la police des manifestations en France, Paris, Seuil, 2020.">10</a></sup><span data-contrast="auto">: les représentations que se font les policiers des différentes catégories de protestataires (perception de l’Autre), de leur niveau de colère, de leur volonté de recourir ou non à des moyens violents (perception de l’ambiance) mais également la perception d’autres « acteurs » du jeu manifestant : la presse, les responsables politiques, les badauds, etc. (perception du contexte d’action). Les témoignages autorisent une approche plus fine des changements de dispositifs, des choix opérés « dans le feu de l’action » et du poids des différents facteurs sur les décisions en matière de maintien de l’ordre.</span> <span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Par exemple, cet officier de gendarmerie belge évoque clairement « l’ambiance » du corps lorsqu’il y fait son entrée dans les années 1960, après la « grève du siècle » de l’hiver 60-61 en Belgique :</span></span></span></span></div>
<div class="kc-elm kc-css-1933794 kc_text_block">
<p style="padding-left: 40px;"><em>« On sortait quand même des grèves de 1960 et on n’aurait pas permis que les syndicats, pour les citer, ne reprennent le dessus »&nbsp;</em></p>
<p style="padding-left: 40px;"><span data-contrast="auto">Et plus loin : «<em> On avait encore un cavalier à la légion mobile on l’avait émasculé pendant les grèves de 60 et ça ça marque quand même ! Le type, [tout le monde le connaissait], tout le monde savait ce qui lui était arrivé </em></span><em>»</em><sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_11_15123" id="identifier_11_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Les extraits cit&eacute;s sont tous issus d&rsquo;interviews men&eacute;es aupr&egrave;s d&rsquo;anciens gendarmes belges et de militants politiques effectu&eacute;es dans le cadre de notre th&egrave;se de doctorat.">11</a></sup><span class="easy-footnote"><a lang="FR-FR" title="<span class=" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun SCXW204836324 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">« </span></a></span></p>
<p><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">L’interrogation d’un personnel aux grades divers permet aussi d’approcher les contradictions du maintien de l’ordre, les éléments de convergence et de divergence entre les commandants et les exécutants mais également toute une série de facteurs invisibles dans les archives : les phénomènes de peur éventuelle face à des violences, le rapport au risque, au courage, à l’entraide ou au contraire la volonté d’en découdre, de montrer sa force et de garder le terrain en sa possession.</span></span> <span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Cette « pièce particulière du jeu politique » qu’est le maintien de l’ordre, qui peut également « produire du politique », pour reprendre les mots de Fabien Jobard, peut donc être approchée plus finement par l’intermédiaire des témoignages policiers, qui, combinés aux archives, donnent véritablement à l’historien l’occasion d’une analyse des différentes interactions qui prennent place lors d’opérations de maintien de l’ordre, articulant niveaux macro (contexte, dispositif, mentalités, etc.) et micro (interactions, forces en présence, évènements inattendus, etc.)<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_12_15123" id="identifier_12_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Jobard F., &laquo; Le spectacle de la police des foules : les op&eacute;rations polici&egrave;res durant la protestation contre le CPE &agrave; Paris &raquo;, in European Journal of Turkish Studies , n&deg;15 (2012)&nbsp;[en ligne]">12</a></sup>.</a></span></span></span></span>&nbsp;<span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Ici, les propos d’un autre&nbsp;officier permettent&nbsp;d’éclairer la manière dont deux groupes (les forces de l’ordre et les protestataires) peuvent interpréter distinctement une action, alors génératrice de tensions :&nbsp;</span></span></span></span></span></span></p>
<p style="padding-left: 40px;"><span data-contrast="auto">« J</span><span data-contrast="auto"><em>e</em><em>&nbsp;me rappelle une fois, on était en défensif avec un peloton</em>. <em>C’était au Limbourg [lors des grèves de mineurs] donc on n’est pas avec le casque mais avec le béret. Et un des mineurs prend le béret d’un gendarme et ils se le lancent et on les laisse faire car des bérets bon… Mais le problème c’est que les autres ouvriers ont essayé de prendre d’autres bérets et à un moment on s’est demandé quoi faire et j’ai dit allez on met les casques ! Mais il y avait des mineurs qui n’avaient pas vu [le jeu] et ils ont pris ça pour une provocation, ils ont cru qu’on allait commencer à charger. Mais je ne voulais pas qu’il y ait de la bagarre pour des bérets, ce n’était pas une provocation c’était une protection </em>».&nbsp;</span></p>
</div>
</div>
</div>
<p><strong>Des difficultés inhérentes aux entretiens oraux</strong></p>
</div>
</div>
</section>
<div><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Pour que ces apports puissent être réels, il faut que l’historien soit attentif aux risques et aux difficultés que posent les témoignages. Le premier de ceux-ci est la tendance des témoins à la reconstruction a posteriori d’une trame cohérente de l’existence, d’un récit linéaire faisant l’impasse sur les contradictions, les frustrations, les ambivalences, laissant apparaitre des parcours policiers tranquilles. Cette présentation de soi peut être contournée par la confrontation des archives mais également par des entretiens multiples. Ainsi, l’historien réalisera une sélection d’un échantillon circonscrit de témoins, auxquels il posera des questions similaires, et pourra revenir sur les points rapidement évoqués, sur ce qui lui semble avoir été passé sous silence ou évité, sur les propos des témoins qui se contredisent ou s’opposent, etc.</span></span> <span class="no_translate"><span data-contrast="auto">L’avantage de l’historien sur le sociologue est ici important. Dans une institution comme la police, assimilée par les sociologues à un « terrain fermé », le fait de travailler sur un passé lointain, et d’interroger des policiers à la retraite, permet une certaine libération de la parole. Les enjeux du propos s’étant estompés avec le temps, le témoin prend moins de « risques » que s’il était encore en fonction. C’est d’ailleurs le constat que dresse la sociologue Geneviève Pruvost qui souligne, parmi les dizaines d’entretiens qu’elle a menés, que les plus complets étaient ceux réalisés avec des policiers proches de la retraite ou retraités<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_13_15123" id="identifier_13_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pruvost G., &laquo; Enqu&ecirc;ter sur les policiers. Entre devoir de r&eacute;serve, h&eacute;ro&iuml;sation et acc&egrave;s au monde priv&eacute; &raquo;, in Terrain, n&deg;48 (f&eacute;vrier 2017), p. 133-135">13</a></sup></span><span data-contrast="auto">.</span>&nbsp;<br></span><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto"><br>Pour obtenir cette liberté de parole, l’historien doit mettre en place des dispositifs particuliers de mise en confiance du témoin. Ainsi, s’ils acceptent généralement d’être enregistrés, il ne faut pas hésiter à leur proposer d’éteindre le micro lorsqu’ils se montrent hésitants, à proposer de nouvelles rencontres ou à échanger par mail ou par téléphone entre celles-ci afin d’obtenir leur confiance. Le sérieux du chercheur et sa capacité à démontrer qu’il ne cherche pas l’information sensationnelle mais bien la collecte de sources afin de produire un travail scientifique jouera de manière décisive sur l’image que les témoins se feront de lui et, par-là, sur leur capacité à être précis et complets dans leurs témoignages. Cette confiance, si elle est solide, permettra parfois à l’historien d’avoir accès aux archives personnelles de certains acteurs : anciens cours, notes, correspondance, photographies, brochures diverses complèteront les informations obtenues par l’enquête orale.</span></span> <span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Bien entendu, comme pour tous types d’enquêtes orales, le chercheur fait face aux problèmes de la mémoire, aux stratégies d’évitement ou de survalorisation de soi ou, au contraire, de minimisation de son action. C’est bien entendu la préparation minutieuse de l’entretien qui permet d’éviter de tomber dans les « pièges » du témoin, préparation qui est parfois rendue extrêmement complexe lorsque le chercheur travaille sur des institutions parfois méconnues ou pour lesquelles peu de documents ont été conservés<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/07/09/les-sources-orales-un-apport-precieux-pour-lhistoire-des-polices/#footnote_14_15123" id="identifier_14_15123" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Campion J. (dir.), Des m&eacute;connues de la recherche : les archives de police en Belgique, Bruxelles, AGR, 2009.">14</a></sup><span class="TextRun SCXW83654657 BCX0" lang="FR-FR" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun SCXW83654657 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">.</span></span></span></span> <br><span class="no_translate"><span data-contrast="auto"><br>La dimension spontanée du témoignage, livré avec moins de réflexivité que le retour sur soi effectué dans des mémoires ou des autobiographies, permet par ailleurs au chercheur d’approcher toute une série de « valeurs policières », d’interroger, même par la tangente, les grands principes qui structuraient le corps, mais également ceux qui pouvaient créer des désaccords, voire des scissions. Par exemple, la gendarmerie belge se divise de façon de plus en plus marquée au cours des années 80 entre « conservateurs » et « progressistes », entre les tenants de la dimension militaire et d’une conception musclée du maintien de l’ordre (« force doit rester à la loi ») et ceux partisans d’un assouplissement des règles, d’une mise en avant des droits des manifestants et du dialogue avec les protestataires (qui finira, des années plus tard, à conduire à la « gestion négociée de l’espace public »). Ces deux camps entretiennent des rapports parfois conflictuels que les entretiens permettent de mettre à jour. Le chercheur saisit alors la profondeur historique des transformations les plus récentes.</span></span> <span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Ainsi, cet officier plus progressiste, dénonce la culture militariste du corps :&nbsp;</span></span></span></div><p><br></p>
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<p style="padding-left: 40px;"><em>« Tous ces gens ils sont dans un métier, ils essaient de progresser et à partir du moment où leur progression dépend des militaires bin il faut s’inscrire dans le système des militaires. A partir du moment où on est dans l’OTAN, où on mène la guerre au bloc communiste bin il est clair que les brevetés d’État-major qui ont fait l’école de guerre avec des collègues militaires qui sont envoyés à Rome, qui sont envoyés à Washington, qui sont envoyés dans des cercles internationaux pour parfaire leurs connaissances ou avant d’obtenir une promotion, [ils influencent le système] ».&nbsp;</em></p>
<p class="kc-elm kc-css-1933794 kc_text_block"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto"><strong> Une source pour l’histoire des polices par les « policés » ?</strong></span></span></span></span></span></span></span></p>
<div class="kc-elm kc-css-1933794 kc_text_block">
<p><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"> <span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Les entretiens oraux permettent également d’interroger les institutions policières par l’intermédiaire de sources n’émanant pas d’elles. Ainsi, en interrogeant les non-policiers, l’historien a accès aux représentations du public envers la police, il peut toucher ce que certains groupes attendent d’elle ou, au contraire ce qu’ils lui reprochent. Sur la question du maintien de l’ordre, ce sont les relations passées, la construction d’une relation particulière faite de représentations distinctes que le chercheur peut questionner. Il est possible de mettre à jour, au sein du public, des visions différenciées des corps de police, perçus distinctement en fonction du rôle que le public leur prête mais également du passé des relations avec les polices. Cet exemple d’un militant trotskyste belge témoigne bien des rôles qu’il attribue à la police communale et à la gendarmerie :&nbsp;</span></span></span></span></span></span></span></p>
<p style="padding-left: 40px;"><em>« En Belgique, la force principale de répression a été longtemps la gendarmerie qui était un instrument organisé comme l’armée, il y avait des grades comme à l’armée, et ils n’ont pas hésité à… à tuer les ouvriers. […]  la&nbsp;police communale […] à Bruxelles compte tenu de l’absence de fusion de communes, tu collais des affiches à Schaerbeek, tu étais poursuivi tu passais à Saint Josse ils ne pouvaient pas te suivre. Y avait un aspect plutôt bon enfant même si par exemple la police de Forest avait une très mauvaise réputation ils ont tiré en l’air pour chasser des distributeurs de tracts,&nbsp;donc c’était un peu des cowboys quoi ».&nbsp;</em></p>
</div>
<h4 class="kc-elm kc-css-1933794 kc_text_block"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto"><strong>Une base documentaire pour les futurs historiens</strong></span></span> </span></span></span></span></h4>
<div class="kc-elm kc-css-1933794 kc_text_block"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Pour conclure, il faut aussi relever la valeur de ces témoignages pour les futurs historiens. Si différents types d’enquêtes peuvent être menés (enquêtes sur des sujets précis dans le cadre d’un travail scientifique délimité, enquêtes « patrimoniales » visant à conserver la mémoire de certains acteurs), les multiples campagnes de collecte de témoignages oraux produisent un matériau fondamental et susceptible d’être réinterrogé par les historiens du futur. Dans le cadre d’institutions méconnues ou mal connues, cette production documentaire constitue, nous l’avons dit, un moyen d’interroger des aspects qui, sans cela, resteraient dans l’ombre. Elle permet également d’offrir aux historiens une entrée « en douceur » dans un monde où le jargon, les acronymes ou les multiples règlements et autres divers types de documents désarçonnent souvent le chercheur néophyte. Ces avantages invitent à promouvoir des collectes et à assurer la conservation des sources orales, défi d’autant plus important que les supports évoluent très vite et que les anciens enregistrements mériteraient une numérisation pour un accès plus aisé. La porte d’entrée qu’offrent ces sources, loin de se suffire à elle-même, constitue un passage presque incontournable pour l’historien des évolutions policières récentes.&nbsp;</span></span></span></span></span></span></div>
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<h4 class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span style="font-weight: 600;">Bibliographie</span></span></h4>
<ul>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Berlière</span><span data-contrast="auto">&nbsp;J.-M. et&nbsp;</span><span data-contrast="auto">Lévy</span><span data-contrast="auto">&nbsp;R.,&nbsp;</span><i>Le témoin, le sociologue et l’historien : quand les policiers se mettent à table</i><span data-contrast="auto">, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2010.</span> </span></li>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Campion</span><span data-contrast="auto">&nbsp;J. (dir.),&nbsp;</span><i>Des méconnues de la recherche : les archives de police en Belgique</i><span data-contrast="auto">, Bruxelles, AGR, 2009.</span> </span></li>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Cockcroft</span><span data-contrast="auto">&nbsp;T., « Using oral history to investigate police culture », in&nbsp;</span><i>Qualitative Research</i><span data-contrast="auto">, Vol. 5, n°3 (2005),&nbsp;</span><span data-contrast="auto">p. 365-384.</span></span></li>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Descamps</span><span data-contrast="auto">&nbsp;F.,&nbsp;</span><i>L’historien, l’archiviste et le magnétophone : de la constitution de la source orale à son exploitation</i><span data-contrast="auto">, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2001.</span> </span></li>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Descamps F</span><span data-contrast="auto">.,&nbsp;</span><i>Archiver la mémoire. De l’histoire orale au patrimoine immatériel</i><span data-contrast="auto">, Paris, EHESS, 2019.</span> </span></li>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Fillieule</span><span data-contrast="auto">&nbsp;O. et&nbsp;</span><span data-contrast="auto">Jobard</span><span data-contrast="auto">&nbsp;F.,&nbsp;</span><i>Politiques du désordre : la police des manifestations en France</i><span data-contrast="auto">, Paris, Seuil, 2020.</span> </span></li>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Jobard</span><span data-contrast="auto">&nbsp;F. et De&nbsp;</span><span data-contrast="auto">Maillard</span><span data-contrast="auto">&nbsp;J.,&nbsp;</span><i>Sociologie de la police : Politiques, organisations, réformes</i><span data-contrast="auto">, Paris, Armand Colin, 2015.</span> </span></li>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Jobard</span><span data-contrast="auto">&nbsp;F., « Le spectacle de la police des foules : les opérations policières durant la protestation contre le CPE à Paris », in&nbsp;</span><i>European Journal of Turkish Studies</i><span data-contrast="none"> , n°15 (2012), [en&nbsp;<a href="https://journals.openedition.org/ejts/4720">ligne</a>].&nbsp;</span> </span></li>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Monjardet</span><span data-contrast="auto">&nbsp;D.,&nbsp;</span><i>Ce que fait la police : sociologie de la force publique</i><span data-contrast="auto">, Paris, La Découverte, 1996.</span> </span></li>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Monjardet</span><span data-contrast="auto">&nbsp;D., « Gibier de recherche, la police et le projet de connaître », in&nbsp;</span><i>Criminologie</i><span data-contrast="auto">, t. 38, n°2 (2005), p. 13-37.</span> </span></li>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Pruvost</span><span data-contrast="auto">&nbsp;G., « Enquêter sur les policiers. Entre devoir de réserve, héroïsation et accès au monde privé », in&nbsp;</span><i>Terrain</i><span data-contrast="auto">, n°48 (février 2017), p. 131-148.</span> </span></li>
<li class="kc-elm kc-css-2542393 kc_text_block"><span class="no_translate"><span data-contrast="auto">Weinberger</span><span data-contrast="auto">&nbsp;B.&nbsp;</span><i>The Best Police in the World: An Oral History of English Policing from the 1930s to the 1960s</i><span data-contrast="auto">, Aldershot, Scolar Press, 1995.&nbsp;</span></span></li>
</ul>
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</section>
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<p>&nbsp;
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<div class="kc-col-container">
<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="en"><strong>This publication is only available in French. Please see the french version</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="nl"><strong>Deze publicatie is enkel beschikbaar in het Frans. Zie de Franse versie</strong></span></p>
</div>
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<div class="kc-elm kc-css-525012 kc_text_block" style="text-align: center;">&nbsp;</div>
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		<ol class="footnotes"><li id="footnote_1_15123" class="footnote"><em><span class="TextRun BCX0 SCXW214690276" lang="FR-FR" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW214690276" data-ccp-parastyle="footnote text">L’historien, l’archiviste et le magnétophone : de la constitution de la source orale à son exploitation</span></span></em><span class="TextRun BCX0 SCXW214690276" lang="FR-FR" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW214690276" data-ccp-parastyle="footnote text">, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2001</span><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW214690276" data-ccp-parastyle="footnote text">, [<a href="https://books.openedition.org/igpde/104?lang=fr">en ligne</a>]</li><li id="footnote_2_15123" class="footnote">À consulter<span class="easy-footnote">&lt;a title=&quot;&quot;</span><span style="font-style: inherit">&nbsp;</span></a><a href="https://archivesetmanuscrits.bnf.fr/ark:/12148/cc781043">en ligne</a></li><li id="footnote_3_15123" class="footnote">Weinberger&nbsp;<span class="TextRun BCX0 SCXW85328088" lang="EN-US" xml:lang="EN-US" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">B.&nbsp;</span></span><em><span class="TextRun BCX0 SCXW85328088" lang="EN-US" xml:lang="EN-US" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">The Best Police in the World: An Oral History of English Policing from the 1930s to the 1960s</span></span></em><span class="TextRun BCX0 SCXW85328088" lang="EN-US" xml:lang="EN-US" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">, </span><span class="SpellingError BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">Aldershot</span><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">, </span><span class="SpellingError BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">Scolar </span><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">Press, 1995</span><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">. </span></span><span class="TextRun BCX0 SCXW85328088" lang="FR-FR" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">Voir le&nbsp;</span></span><span class="TextRun BCX0 SCXW85328088" lang="FR-FR" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto"><em><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">Sound and Moving Image C</span></em><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text"><em>atalogue</em></span></span><span class="TextRun BCX0 SCXW85328088" lang="FR-FR" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">de la&nbsp;</span></span><em><span class="TextRun BCX0 SCXW85328088" lang="FR-FR" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text">British Library</span></span></em><span class="TextRun BCX0 SCXW85328088" lang="FR-FR" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text"> pour retrouver l’ensemble des interviews : disponible <a href="http://sami.bl.uk/uhtbin/cgisirsi/?ps=p78Ktk2TUQ/WORKS-FILE/20740063/18/X490/XTITLE/Barbara+Weinberger+Police+Interviews">ici</a></span></span><span class="TextRun BCX0 SCXW85328088" lang="FR-FR" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW85328088" data-ccp-parastyle="footnote text"></li><li id="footnote_4_15123" class="footnote">Les travaux d’Emmanuel Blanchard se nourrissent notamment des sources orales : Blanchard E.,&nbsp;<em>La police parisienne et les Algériens</em>, Paris, Nouveau Monde, 2011.</li><li id="footnote_5_15123" class="footnote">Notre démarche s’inscrit dans les pas des réflexions déjà menées ailleurs lors de séminaires de&nbsp;Menepolhis, comme lors de cet échange de 2016 où la question de l’utilité des sources orales avait été mise en avant par Jonas Campion, J.-M.&nbsp;Berlière et Hubert Deschamps, disponible <span class="easy-footnote"><a href="https://secupolxx.hypotheses.org/9">ici</a></span></span><span class="TextRun BCX0 SCXW23434914" lang="FR-FR" xml:lang="FR-FR" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun BCX0 SCXW23434914" data-ccp-parastyle="footnote text"></li><li id="footnote_6_15123" class="footnote"><span class="TextRun SCXW1605599 BCX0" lang="EN-US" xml:lang="EN-US" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">Dans </span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">ce</span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text"> type </span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">d’entretien</span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">, </span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">l’intervieweur</span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">&nbsp;“</span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">oriente </span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">la&nbsp;</span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">personne </span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">qui parle </span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">vers</span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">&nbsp;</span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">certains</span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">&nbsp;</span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">sujets</span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text"> et il </span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">lui </span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">laisse </span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">ensuite </span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">toute </span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">liberté</span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text"> pour </span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">s’exprimer</span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">”. </span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">Fenneteau </span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">H., </span></span><em><span class="TextRun SCXW1605599 BCX0" lang="EN-US" xml:lang="EN-US" data-contrast="auto"><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">L’enquête</span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">: </span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">entretien </span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">et questionnaire</span></span></em><span class="TextRun SCXW1605599 BCX0" lang="EN-US" xml:lang="EN-US" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">, Paris, </span><span class="SpellingError SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">Dunod</span><span class="NormalTextRun SCXW1605599 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">, 2015, p. 10</li><li id="footnote_7_15123" class="footnote">Montjardet D., « Gibier de recherche, la police et le projet de connaître », in <em>Criminologie</em>, t. 38, n°2 (2005), p. 13 – 37.</li><li id="footnote_8_15123" class="footnote">Berlière J.-M. et Lévy R., « Mémoire orale, récits de vie et sciences sociales », in Lévy R. et Berlière J.-M., <em>Le témoin, le sociologue et l’historien : quand les policiers se mettent à tabl</em>e, Paris, Nouveau Monde Éditions, 2010, p. 21.</li><li id="footnote_9_15123" class="footnote">Montjardet D., <em>Ce que fait la police : sociologie de la force publique</em>, Paris, La Découverte, 1996 ; Jobard F. et De Maillard J., <em>Sociologie de la police : Politiques, organisations, réformes</em>, Paris, Armand Colin, 2015.</li><li id="footnote_10_15123" class="footnote">Le travail récent d’Olivier Fillieule et de Fabien Jobard le démontre amplement, <em>Politiques du désordre : la police des manifestations en France</em>, Paris, Seuil, 2020.</li><li id="footnote_11_15123" class="footnote">Les extraits cités sont tous issus d’interviews menées auprès d’anciens gendarmes belges et de militants politiques effectuées dans le cadre de notre thèse de doctorat.</li><li id="footnote_12_15123" class="footnote">Jobard F., « Le spectacle de la police des foules : les opérations policières durant la protestation contre le CPE à Paris », in <em>European Journal of Turkish Studies , n°15 (2012)</em><span class="easy-footnote"><a title="&quot;Jobard">&nbsp;[</a><a href="https://journals.openedition.org/ejts/4720">en ligne</a><a title="&quot;Jobard">]</li><li id="footnote_13_15123" class="footnote">Pruvost G., « Enquêter sur les policiers. Entre devoir de réserve, héroïsation et accès au monde privé », in <em>Terrain</em>, n°48 (février 2017), p. 133-135</li><li id="footnote_14_15123" class="footnote">Campion J. (dir.), <em>Des méconnues de la recherche : les archives de police en Belgique</em>, Bruxelles, AGR, 2009.</li></ol>]]></content:encoded>
					
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		<title>Les archives des polices : une typologie plurielle issue de fonctions diverses</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jonas Campion (CIEQ/UQTR)]]></dc:creator>
		<pubDate>Mon, 03 May 2021 12:59:51 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Archives – notice générale]]></category>
		<category><![CDATA[Archives]]></category>
		<category><![CDATA[gestion et régulation d&#039;une société]]></category>
		<category><![CDATA[Gestion interne des corps]]></category>
		<category><![CDATA[International]]></category>
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		<category><![CDATA[Typologie plurielle]]></category>
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										<content:encoded><![CDATA[		<div data-elementor-type="wp-post" data-elementor-id="14463" class="elementor elementor-14463">
						<section class="elementor-section elementor-top-section elementor-element elementor-element-79570ee9 elementor-section-boxed elementor-section-height-default elementor-section-height-default" data-id="79570ee9" data-element_type="section" data-e-type="section">
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									<section class="kc-elm kc-css-1019271 kc_row"><div class="kc-row-container kc-container"><div class="kc-wrap-columns"><div class="kc-elm kc-css-3243723 kc_col-sm-12 kc_column kc_col-sm-12"><div class="kc-col-container"><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block"> </div><div></div><h3><strong>Introduction</strong></h3><div> </div><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block"><p>Comme la consultation des inventaires existants le démontre, il existe en réalité une multitude de documents de nature différente que l’on regroupe habituellement sous le terme générique d’archives de la police. Ceux-ci reflètent tant les missions et fonctions exercées (police d’ordre public, police de répression du crime) que le fonctionnement administratif et institutionnel des corps. La typologie des archives sur lesquelles le chercheur peut s’appuyer pour mener à bien l’histoire de la police ou une histoire à partir de la police est donc loin d’être évidente. Elle découle d’une double réalité inhérente aux polices : d’une part, s’y développe une dynamique de gestion « interne » des corps et de leurs membres, structurée autour de logiques réglementaires et administratives, produisant des documents relatifs à l’individu et au groupe professionnel et d’autre part, la police s’organise dans une dynamique de gestion et de régulation d’une société (l’exercice de la sécurité publique), autour de la population, de territoires, de comportements à surveiller et de lois à faire appliquer. Cette notice interroge ce projet de connaissance dual au cœur des institutions de police : connaître les policiers et la société où ils évoluent, pour en présenter les grandes familles d’archives.</p><h3><strong><br />1. De la nécessité de comprendre l’objet policier pour utiliser ses archives</strong></h3><p>Le chercheur prendra évidemment une série de précautions de méthode avant d’exploiter tout document policier. Celles-ci ne correspondent souvent qu’à l’application des principes de la critique historique classique. Il faut néanmoins y rajouter les fruits d’une réflexion quant à l’objet policier et à son rôle dans les sociétés européennes. D’abord, puisque l’archive de police est plurielle – qu’y a-t-il en commun entre un registre de main courante, un dossier documentaire, un dossier de carrière ou un carnet de correspondance ?-, on se demandera quels étaient les usages des documents et la nécessité guidant leur rédaction. L’analyse reviendra évidemment sur la chronologie et l’auteur du document.</p></div><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block">Dans un cadre policier, on distinguera notamment les niveaux et temporalités de l’écriture, entre le témoignage pris sur le vif (« sur le terrain », en intervention) et sa retranscription officielle et formalisée lors du retour au bureau, on distinguera encore le rapport rédigé <em>a posteriori</em> sur des faits s’étant déjà déroulés de celui prévenant d’une situation hypothétique pouvant potentiellement survenir. Suivant les recommandations de Jean-Marc Berlière, il ne faut pas tomber dans une vision fantasmée face à des archives « dangereuses », « interdites » ou « explosives ».<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/03/les-archives-des-polices-une-typologie-plurielle-issue-de-fonctions-diverses/#footnote_1_14463" id="identifier_1_14463" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Jean-Marc Berli&egrave;re, &laquo; Archives &lsquo;interdites&rsquo;, archives &lsquo;sp&eacute;ciales&rsquo; ? Quelques r&eacute;flexions &agrave; propos des archives polici&egrave;res&hellip; &raquo;, in Histoire@politique, n. 8, 2009, http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=08&amp;rub=pistes&amp;item=13, et &laquo;&nbsp;Archives&nbsp;: un tr&eacute;sor &ndash; et des fantasmes &ndash; in&eacute;puisables&nbsp;&raquo;, in Jean-Marc Berli&egrave;re Polices des temps noirs. France 1939-1945, Paris, Perrin, 2018, pp. 111-125, https://www.cairn.info/polices-des-temps-noirs&ndash;9782262035617-page-111.htm">1</a></sup> Au contraire, il faut veiller à les replacer dans une certaine normalité. Leur appréhension doit se faire à l’aune des logiques administratives quotidiennes, tant individuelles que collectives. Ces logiques (ces intérêts, ces lourdeurs, ces inerties…) sont sous-jacentes à la production de nombreux documents par les polices et les policiers.<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/03/les-archives-des-polices-une-typologie-plurielle-issue-de-fonctions-diverses/#footnote_2_14463" id="identifier_2_14463" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Xavier Rousseaux, &laquo; Les &eacute;critures de la police : mise en perspective et r&eacute;flexions critiques &raquo;, in Milliot (Vincent) (dir.). Les m&eacute;moires policiers, 1750-1850. &Eacute;critures et pratiques polici&egrave;res du si&egrave;cle des Lumi&egrave;res au Second Empire, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 2006, p. 307-320, https://books.openedition.org/pur/7513&nbsp;">2</a></sup> Surtout, on gardera à l’esprit le caractère par définition construit et situé de l’archive policière. Celle-ci n’est qu’un discours, une accumulation parfois partiale de renseignements toujours partiels sur la société.</div><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block"><p>D’une part, réfutons toute lecture positiviste extrême de ces sources. Ce n’est pas parce que les archives sont produites par les polices que les renseignements qu’elles contiennent sont par nature objectifs. D’autre part, refusons l’excès inverse en disqualifiant <em>a priori</em> l’archive policière pour ces raisons. Schématiquement, les archives des polices se divisent selon quatre grandes catégories qu’il est possible de trouver sur la longue durée d’une part (depuis que la police est institution distincte), à différents niveaux de compétences de l’autre (de la municipalité à l’État) :</p><p> </p></div><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block"><ul><li>Les documents de gestion interne, utiles au fonctionnement des corps, qu’ils concernent leurs agents, les structures ou les équipements ;</li><li>Les documents relevant du travail de police judiciaire, comprenant les traces des activités d’enquête pour retrouver les auteurs de crimes et délits;</li><li>Les documents relatifs aux missions de police administrative (allant du maintien de l’ordre à la tranquillité publique quotidienne).</li><li>Enfin, il faut encore relever les traces du «<a href="https://www.menepolhis.eu/themes-principaux/musees-materialite-et-lieux-des-polices/"> savoir policier</a> » : projets de réformes, retours d’expérience, presse professionnelle, écrits didactiques ou de formation. Ce sont-là autant d’éléments contribuant à former une culture professionnelle partagée.</li></ul><p>L’ensemble de ces documents participe au double projet de connaître qui traverse les institutions policières<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/03/les-archives-des-polices-une-typologie-plurielle-issue-de-fonctions-diverses/#footnote_3_14463" id="identifier_3_14463" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="James Sheptycki , &ldquo;Liquid modernity and the police m&eacute;tier: Thinking about information flows in police organisation&rdquo;, Global Crime, vol. 18, n&deg;3, 2017, pp. 286-302, https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/17440572.2017.1313734. On se reportera aussi sur cette question aux travaux de Vincent Denis, notamment &laquo;&nbsp;Introduction. Que sait la police?&nbsp;&raquo;, in Revue d&rsquo;histoire des sciences humaines, n. 19, 2008, pp.&nbsp;33-9, https://www.cairn.info/revue-histoire-des-sciences-humaines-2008-2-page-3.htm">3</a></sup>: celui d’accumuler et de gérer des connaissances sur la société (personnes, groupes, lieux ou comportements) dans le but de la surveiller, de la protéger ou d’y intervenir et celui de pouvoir gérer les carrières, les parcours individuels et collectifs des policiers. Les polices doivent en effet pouvoir rendre compte de leur activité face à des demandes du pouvoir politique ou judiciaire de tutelle mais également face à des revendications de l’opinion publique.</p><h3><strong>2. Gérer un corps, gérer ses membres</strong></h3><p>Les archives de la gestion institutionnelle des polices regroupent d’abord les dossiers de carrière des agents de l’ordre. Lorsqu’ils sont conservés ceux-ci sont souvent particulièrement riches. Ils éclairent évidemment une biographie particulière. On y retrouve en effet les étapes et moments de la carrière et de la vie du policier. Connaître un parcours « individuel » est une perspective de recherche fréquente, que ce soit face à de grands noms de la police ou face à des anonymes à qui on s’intéresse pour des raisons familiales ou personnelles. Ces dossiers sont également particulièrement évocateurs lorsqu’ils sont étudiés collectivement. Mis en série, ils offrent la possibilité de dresser un portrait collectif des policiers et l’évolution de leurs profils. Il s’agit d’une démarche permettant de dresser un portrait-robot (formation, parcours professionnel, situation familiale)<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/03/les-archives-des-polices-une-typologie-plurielle-issue-de-fonctions-diverses/#footnote_4_14463" id="identifier_4_14463" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="L&rsquo;application de prosopographie Belgian magistrates int&eacute;grera, &agrave; termes, des donn&eacute;es sur des agents et cadres de la police belge. Voir&nbsp;https://sites.uclouvain.be/digithemis/?page_id=35663&amp;lang=en">4</a></sup> de certains groupes spécifiques, comme la hiérarchie intermédiaire d’une institution policière ou des policiers entrés au service durant une période déterminée.</p></div><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block">Ces dossiers de carrière conservent les traces de ce qui marque les parcours des carrières, qu’elles soient classiques ou exceptionnelles. On y retrouve notamment les rapports de récompenses ou de sanctions disciplinaires. En filigrane, c’est l’image d’un idéal policier qui ressort, entre force physique, intelligence professionnelle, capacités à tisser des liens avec les populations. Surtout, s’y révèlent à la fois des moments de la vie quotidienne des agents de l’ordre, que ce soit des demandes d’aides et de secours, des pièces liées au mariage ou à leur famille …. De tels dossiers individuels contiennent parfois copies de pièces de la pratique, <a href="https://www.menepolhis.eu/themes-principaux/musees-materialite-et-lieux-des-polices/">parfois introuvables ou non conservées par ailleurs</a>. Le chercheur sera ici attentif à la cause de la conservation de ces documents dans des dossiers individuels. <a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/01/les-dossiers-de-l-epuration-administrative-de-la-gendarmerie-belge-1930-1950/" target="_blank" rel="noopener">Leur présence peut être liée à un problème individuel</a> (plaintes, problèmes disciplinaires, sanctions hiérarchiques), ayant nécessité de prouver et de témoigner du comportement ou du travail fourni ou non par l’agent concerné. D’autres documents, comme les registres des personnels, permettent de dresser une photographie d’un corps à un moment donné. S’y retrouvent en effet les effectifs en poste à un moment donné, avec seulement quelques éléments biographiques (nom, grade, affectation, âge).</div><div> </div><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block">Bien qu’ils soient moins riches en termes de renseignements qualitatifs, disposer de plusieurs de ces registres permet de baliser l’évolution d’un corps, en termes d’effectifs, de pyramides hiérarchiques ou de fonctions exercées. La manière dont les institutions fonctionnent peut également être abordée par les séries de notes administratives ou de services. Cette correspondance montre <a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/02/les-notes-et-ordres-de-la-gendarmerie-belge/" target="_blank" rel="noopener">la bureaucratie en marche</a>, entre consignes générales, mutations, changements d’affectations, promotions ou réorganisations. La démarche nécessite méthode et critique, tant pour gérer la masse documentaire parfois conservée, les circuits de circulation de l’information au sein des corps de police, les logiques internes qui guident la prise et l’exécution des décisions.<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/03/les-archives-des-polices-une-typologie-plurielle-issue-de-fonctions-diverses/#footnote_5_14463" id="identifier_5_14463" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Peter Becker Peter, William Clarck (dir.), Little Tools of Knowledge: Historical Essays on Academic and Bureaucratic Practices, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2001,Chris Williams, Police Control Systems in Britain 1775-1975. From parish constable to national computer, Manchester, Manchester Univeristy Press, 2014">5</a></sup> Les recueils reprenant le cadre législatif et réglementaires, les règlements disciplinaires ou les correspondances entretenues avec les autorités politiques, judiciaires ou administratives de tutelles sont évidemment très utiles au chercheur. Elles sont indispensables pour comprendre les interactions et les rapports de force dans la construction sociopolitique de la sécurité publique. Nous y rajouterons les éventuelles archives conservées autour de l’équipement des policiers, des bâtiments utilisés (aménagement, localisation, fonction, financement) ou de leur budget et comptabilités. Enfin, lorsqu’ils existent – sous forme publiée ou non – les rapports annuels d’activité, notamment lorsqu’ils sont standardisés, s’offrent à une approche sérielle, inscrite dans la durée. Ces différentes séries se révèlent particulièrement riches lorsqu’elles sont croisées. Elles permettent d’envisager l’institution policière comme bureaucratie et lieu hiérarchique. Elles ouvrent l’analyse sur les policiers en tant qu’individus, en tant que groupe social et corporation professionnelle.<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/03/les-archives-des-polices-une-typologie-plurielle-issue-de-fonctions-diverses/#footnote_6_14463" id="identifier_6_14463" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Herbert Reinke, Margo De Koster, &ldquo;History of the Police Profession&rdquo;, in G. Bruinsma, D. Weisburd (dir.), Encyclopedia of Criminology and Criminal Justice, New-York, 2014, pp. 2296-2308">6</a></sup></div><div> </div><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block"><p>Ces archives sont des clés pour comprendre la place des polices et des policiers dans les systèmes étatiques, le jeu social ou les microcosmes locaux. Le défi principal tient à leur identification et leur localisation. La situation archivistique est très contrastée entre polices, selon les pays ou régions. Ces archives ont parfois eu des histoires tumultueuses, entre destructions volontaires ou accidentelles et manque d’intérêt à leur égard. Pour être efficace, la démarche du chercheur s’appuiera d’abord et avant tout sur une connaissance de base de l’institution qu’il veut étudier et de ses principales caractéristiques : s’agit-il d’une institution centralisée et nationale ou d’un corps local? Quelles sont ses autorités de tutelle? Quels sont les organes de contrôle ou de coordination des polices existant à l’époque concernée? Simples, ces questions sont pourtant fondamentales à se poser… Ensuite, le chercheur utilisera les guides de recherches disponibles dans les services d’archives qui l’accompagneront dans la constitution de son corpus. Encore peu nombreux il y a quelques années, ils se multiplient, témoignant d’une ouverture toujours plus grande à la recherche des archives des polices.</p><h3><strong>3. Surveiller, protéger et agir : les traces du travail policier</strong></h3><p>Le rôle des polices est d’assurer l’ordre, de garantir la tranquillité publique et le cas échéant, de réprimer le crime. Ce sont ses fonctions de police administrative ou de police judiciaire. Sous ces grands titres, la description de l’investissement policier dans la production de sécurité est donc polymorphe. Gérer des manifestations, intervenir sur des accidents, arrêter un voleur ou contrôler la mobilité de gitans, faire la police sanitaire sur un marché, patrouiller en rue à la recherche d’un comportement suspect ou anormal, intervenir face à un enfant perdu sont autant des pratiques policières possibles.</p></div><div> </div><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block">En réalité, la gamme potentielle de l’action des agents est sans limite, dépendant des circonstances, des moyens de la police, de ses priorités, de la demande de l’opinion ou des consignes des autorités. L’action des policiers révèlent les groupes à protéger ceux à surveiller, les comportements suspects de ceux acceptés. Elle se comprend comme un prisme déformant sur la société, témoignant d’un processus de catégorisation, de filtre et de construction d’un ordre social légitime, au carrefour d’injonctions sociopolitiques et de l’autonomie institutionnelle des polices. L’action des policiers révèle ensuite un rapport particulier au temps. Elle oscille entre le besoin de documenter ce qui est survenu, de pouvoir agir envers ce qui est un risque présent. Elle doit encore pouvoir anticiper ce qui sera ou ce qui devrait être idéalement être un futur non-advenu grâce à leur intervention. Ce qu’on appelle les archives de la pratique témoignent de cette action articulée entre un volet répressif et un volet préventif.</div><div> </div><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block">Sous ce vocable, on retrouve d’abord les traces du travail de renseignement des policiers. Ceux-ci récoltent, créent, agrègent en effet une masse d’information pour développer un savoir sur la société. Mieux la connaitre permet de mieux y intervenir. Cela débouche sur la constitution d’une série d’outils de gestion de l’informations, pour partie conservés et accessibles à la recherche. On y retrouve <a href="https://criminocorpus.org/fr/expositions/suspects-accuses-coupables/fiches/les-fichiers-locaux-de-la-police-judiciaire-et-de-la-police-admi/" target="_blank" rel="noopener">les « fichiers » de police</a>, qui se sont systématisés et multipliés depuis le 19<sup>e</sup> siècle à propos des étrangers, des criminels, des populations « indésirables » à surveiller ou, tout simplement pour identifier des individus. Lorsqu’ils existent, leur utilisation sera extrêmement prudente, éclairée au prisme des processus d’accumulation d’informations par les policiers : quels sont les renseignements récoltés? De quelle manière le sont-ils? Quelles sont leurs sources? Sont-ils corrigés, complétés, mis à jour? À nouveau, plus qu’une lecture positiviste, l’historien privilégiera ces fichiers pour comprendre les pratiques et craintes face aux risques à une époque donnée. Les archives de la pratique policière comprennent aussi l’ensemble des documents produits pour rendre compte du travail quotidien des agents : registres de « main courante », rapports journaliers, registres de dépôt de plaintes, registres d’activités.<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/03/les-archives-des-polices-une-typologie-plurielle-issue-de-fonctions-diverses/#footnote_7_14463" id="identifier_7_14463" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Sur ces objets policiers, Pierre Miquel, La main courante. Les archives indiscr&egrave;tes de la police parisienne, 1900-1945, Paris, Albin Michel, 1998. Fr&eacute;d&eacute;ric Oqueteau, &laquo;&nbsp;Les appropriations de la main courante informatis&eacute;e par les personnels de police&nbsp;&raquo;, in D&eacute;viance et soci&eacute;t&eacute;, vol. 39, n&deg; 3, 2015, pp. 267-294.">7</a></sup></div><div> </div><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block">Ces documents – à identifier, à comprendre et parfois à travailler de manière simultanée selon les logiques de fonctionnement de la police étudiée – permettent de suivre l’action des policiers et leurs interactions au jour le jour, heure par heure même. On y voit les actes posés, les interventions effectuées, les missions menées, les zones contrôlées et celles évitées. À la fois outils de gestion, de rapport et de justification de l’activité des policiers et de prise de température de l’ordre dans l’espace où ils interviennent, ces sources sont autant de photographies révélatrices sur les formes multiples de désordre, sur les logiques du recours à la police, sur les réponses que les agents apportent aux sollicitations dont ils font l’objet. Des telles pièces sont particulièrement riches, tant en termes d’analyses qualitatives et quantitatives. On pourra s’intéresser aux rythmes et à la géographie des interventions policières, à leurs routines (parcours, tournées, patrouilles ou permanences) et à leurs exceptions. On observera les éventuelles priorités et impasses policières. On réfléchira à la manière dont la police est sollicitée et à celle dont elle réagit. On pourra analyser l’exercice de la police face aux catégories sociales ou professionnelles (femmes, enfants, milieux ouvriers ou populaires, étrangers). On réfléchira à leur égard à l’évolution de l’acceptable dans la société : qui peut être cause de désordre, dans quel contexte? Enfin, on pourra utiliser ces documents comme des miroirs de la transformation d’une société, d’un village, d’une ville. Des sujets comme l’urbanisation, la transformation de l’espace, l’évolution des moyens de communication ou de déplacement, les loisirs, les transformations de la vie matérielle ou le fonctionnement des cellules familiales peuvent être abordés par le biais de ces sources.</div><div> </div><div class="kc-elm kc-css-2347983 kc_text_block"><p>Enfin, les archives de la pratique témoignent également de l’action judiciaire des policiers. Le travail d’enquête, le constat d’infractions, la recherche de coupables débouche en effet sur la production de sources particulières. D’une part, les policiers travaillent en lien avec l’appareil judiciaire et le système pénal : ils interrogent des témoins, des suspects, procèdent à des actes d’enquête ou des saisies. Les policiers arrêtent aussi des individus. Ces actes donnent lieu à la rédaction d’actes juridiques pour en rendre compte : ce sont les <em>pro </em><em>justitia</em> et autres procès-verbaux. Le plus souvent conservés dans les archives de leurs destinataires (en l’occurrence, au sein des archives des juridictions, dans les dossiers de procédures), ces archives informent à la fois sur le crime, son contexte et sur le fonctionnement de l’appareil répressif. Elles répondent à certaines constantes formelles, dictées par le droit. Si elles donnent souvent à lire la parole des acteurs ou témoins des affaires, parole souvent inaudible ailleurs vu les publics concernés, il faut garder à l’esprit que celle-ci est mise en forme, retranscrite, parfois même réécrite par les agents de l’ordre. Comme le relève Arnaud Houte, la fabrique du procès-verbal est un objet d’étude en soi.<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/03/les-archives-des-polices-une-typologie-plurielle-issue-de-fonctions-diverses/#footnote_8_14463" id="identifier_8_14463" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Arnaud Houte, &laquo;&nbsp;La fabrique du proc&egrave;s-verbal dans la France du xixe&nbsp;si&egrave;cle&nbsp;: contribution &agrave; l&rsquo;histoire de l&rsquo;&eacute;crit administratif&nbsp;&raquo;, in L&rsquo;Atelier du Centre de recherches historiques n&deg;5, 2009, https://journals.openedition.org/acrh/1488. On se reportera aussi &agrave; Jean-Claude Farcy, Guides des archives judiciaires et p&eacute;nitentiaires 1800-1958, Paris, CNRS, 1992, qui est disponible en ligne https://criminocorpus.org/media/filer_public/61/7e/617e883f-946f-41e8-99e4-9558a6876940/farcy_guide_des_archives_judiciaires.pdf">8</a></sup> De manière complémentaires, il faut par contre signaler que sont parfois conservées dans les dépôts d’archives de précieuses pièces qui montrent l’étape préalable de ce travail policier. Il s’agit notamment des carnets, emmenés sur le terrain, où sont inscrits sur le vif, les constatations et déclarations. « Brouillon » non-officiel, ce type de pièce reste rare, peu systématique dans son contenu, mais peut être riche pour comprendre le travail du policier.</p><h3><strong>4. Des archives de la police aux archives sur la police</strong></h3><p>On l’aura compris, les archives des polices recouvrent en réalité une grande variété de documents. Ceux-ci traversent les lieux et les périodes, répondant aux fonctions policières et à la nécessité d’organisation et de gestion qui les structurent. Leur bonne utilisation repose sur une appréhension de la police comme institution de régulation, comme corps bureaucratique et partie d’un système administratif, comme groupe social et professionnel enfin. Le bon usage de telles archives repose également sur la nécessité de situer les documents utilisés dans le large spectre des fonctions de police. Leur potentiel est par contre égal à l’effort fourni pour s’y immerger. Mais les archives des polices pourront être utilement complétées par d’autres ressources. La presse tant généraliste que professionnelle (qu’elle soit officielle, syndicaliste ou corporative) est une source majeure pour réaliser une histoire culturelle et intellectuelle des polices. (Auto)représentations, culture professionnelle, politiques mémorielles, expertises revendiquées y sont largement présentes. Ces sources font également largement écho à ce qu’on peut appeler les « crises » ou les «   dysfonctionnements » impliquant polices et policiers.<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/03/les-archives-des-polices-une-typologie-plurielle-issue-de-fonctions-diverses/#footnote_9_14463" id="identifier_9_14463" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Arnaud Houte, &laquo;&nbsp;La presse officielle et corporative&nbsp;&raquo;, in Jean-No&euml;l (dir.), Histoire de la Mar&eacute;chauss&eacute;e et de la gendarmerie. Guide de recherches, Maison-Alfort, SHGN, 2004, pp. 701-710.&nbsp;">9</a></sup> On en trouvera également des traces dans des archives relatives aux polices conservées dans d’autres fonds. Au premier rang de celles-ci, citons les archives des autorités politiques (du niveau local au niveau national selon les cas) ou judiciaires de tutelle qui permettent par ailleurs souvent de compléter, au moins partiellement, d’éventuelles lacunes dans <a href="https://www.menepolhis.eu/ressources/" target="_blank" rel="noopener">les archives institutionnelles</a>.</p></div></div><div><p> </p><div class="kc-elm kc-css-125386 kc_col-sm-12 kc_column kc_col-sm-12"><div class="kc-col-container"><p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="en"><strong>This publication is only available in French. Please see the french version</strong></span></p><p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="nl"><strong>Deze publicatie is enkel beschikbaar in het Frans. Zie de Franse versie</strong></span></p></div></div></div></div></div></div></section>								</div>
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		<ol class="footnotes"><li id="footnote_1_14463" class="footnote"> Jean-Marc Berlière, « Archives ‘interdites’, archives ‘spéciales’ ? Quelques réflexions à propos des archives policières&#8230; », in <em>Histoire@politique</em>, n. 8, 2009, <a href="http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=08&amp;rub=pistes&amp;item=13">http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=08&amp;rub=pistes&amp;item=13</a>, et « Archives : un trésor – et des fantasmes – inépuisables », in Jean-Marc Berlière <em>Polices des temps noirs. France 1939-1945</em>, Paris, Perrin, 2018, pp. 111-125, <a href="https://www.cairn.info/polices-des-temps-noirs--9782262035617-page-111.htm">https://www.cairn.info/polices-des-temps-noirs&#8211;9782262035617-page-111.htm</a> </li><li id="footnote_2_14463" class="footnote"> Xavier Rousseaux, « Les écritures de la police : mise en perspective et réflexions critiques », in Milliot (Vincent) (dir.). <em>Les mémoires policiers, 1750-1850. Écritures et pratiques policières du siècle des Lumières au Second Empire</em>, Rennes, Presses universitaires de Rennes, , 2006, p. 307-320, <a href="https://books.openedition.org/pur/7513">https://books.openedition.org/pur/7513</a>  </li><li id="footnote_3_14463" class="footnote"> James Sheptycki , “Liquid modernity and the police métier: Thinking about information flows in police organisation”, <em>Global Crime</em>, vol. 18, n°3, 2017, pp. 286-302, <a href="https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/17440572.2017.1313734">https://www.tandfonline.com/doi/abs/10.1080/17440572.2017.1313734</a>. On se reportera aussi sur cette question aux travaux de Vincent Denis, notamment « Introduction. Que sait la police? », in <em>Revue d’histoire des sciences humaines</em>, n. 19, 2008, pp. 33-9, <a href="https://www.cairn.info/revue-histoire-des-sciences-humaines-2008-2-page-3.htm">https://www.cairn.info/revue-histoire-des-sciences-humaines-2008-2-page-3.htm </a></li><li id="footnote_4_14463" class="footnote"> L’application de prosopographie Belgian magistrates intégrera, à termes, des données sur des agents et cadres de la police belge. Voir <a href="https://sites.uclouvain.be/digithemis/?page_id=35663&amp;lang=en">https://sites.uclouvain.be/digithemis/?page_id=35663&amp;lang=en </a></li><li id="footnote_5_14463" class="footnote"> Peter Becker Peter, William Clarck (dir.), <em>Little Tools of Knowledge: Historical Essays on Academic and Bureaucratic Practices</em>, Ann Arbor, University of Michigan Press, 2001,Chris Williams, <em>Police Control Systems in Britain 1775-1975. From parish constable to national computer, </em>Manchester, Manchester Univeristy Press, 2014 </li><li id="footnote_6_14463" class="footnote"> Herbert Reinke, Margo De Koster, “History of the Police Profession”, in G. Bruinsma, D. Weisburd (dir.), <em>Encyclopedia of Criminology and Criminal Justice, </em>New-York, 2014, pp. 2296-2308</li><li id="footnote_7_14463" class="footnote"> Sur ces objets policiers, Pierre Miquel, <em>La main courante. Les archives indiscrètes de la police parisienne, 1900-1945</em>, Paris, Albin Michel, 1998. Frédéric Oqueteau, « Les appropriations de la main courante informatisée par les personnels de police », in <em>Déviance et société</em>, vol. 39, n° 3, 2015, pp. 267-294. </li><li id="footnote_8_14463" class="footnote"> Arnaud Houte, « La fabrique du procès-verbal dans la France du xix<sup>e</sup> siècle : contribution à l’histoire de l’écrit administratif », in <em>L’Atelier du Centre de recherches historiques</em> n°5, 2009, <a href="https://journals.openedition.org/acrh/1488">https://journals.openedition.org/acrh/1488</a>. On se reportera aussi à Jean-Claude Farcy, <em>Guides des archives judiciaires et pénitentiaires 1800-1958</em>, Paris, CNRS, 1992, qui est disponible en ligne <a href="https://criminocorpus.org/media/filer_public/61/7e/617e883f-946f-41e8-99e4-9558a6876940/farcy_guide_des_archives_judiciaires.pdf">https://criminocorpus.org/media/filer_public/61/7e/617e883f-946f-41e8-99e4-9558a6876940/farcy_guide_des_archives_judiciaires.pdf</a> </li><li id="footnote_9_14463" class="footnote"> Arnaud Houte, « La presse officielle et corporative », in Jean-Noël (dir.), <em>Histoire de la Maréchaussée et de la gendarmerie. Guide de recherches</em>, Maison-Alfort, SHGN, 2004, pp. 701-710.  </li></ol>]]></content:encoded>
					
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		<title>Les notes et ordres de la gendarmerie belge, clés de voute des recherches sur le corps au 20e siècle</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jonas Campion (CIEQ/UQTR)]]></dc:creator>
		<pubDate>Sun, 02 May 2021 09:40:49 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Archives – étude de cas]]></category>
		<category><![CDATA[20e siècle]]></category>
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<p><strong>Les notes et ordres de la gendarmerie belge, clés de voute des recherches sur le corps au 20e siècle</strong></p>
<p><span style="font-size: revert; color: initial;">Vu la situation archivistique ayant longtemps eu cours au sein de la gendarmerie belge, il ne fait guère de doute que la source principale pour l’étude de son fonctionnement administratif et institutionnel au 20e siècle se trouve dans ce qu’on appelle les différents registres d’ordres et de notes du corps qui regroupent l’ensemble des ordres, notes administratives ou consignes transmises de la pointe aux niveaux inférieurs de la pyramide de la gendarmerie (notamment les groupes et régions)<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/02/les-notes-et-ordres-de-la-gendarmerie-belge/#footnote_1_12823" id="identifier_1_12823" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Outre nos travaux ant&eacute;rieurs, cette notice se base sur le travail de Madeleine Jacquemin et Arnaud Charon, men&eacute;notamment dans le cadre du projet Brain &ldquo;Napol-Intel&rdquo; de la politique scientifique f&eacute;d&eacute;rale belge. Lire Madeleine Jacquemin dans Inventaire des archives du&nbsp;Mus&eacute;e et du Centre de&nbsp;documentation&nbsp;de la&nbsp;police&nbsp;f&eacute;d&eacute;rale, Bruxelles, AGR, 2021 ou sur le site des Archives de l&rsquo;Etat en Belgique.">1</a></sup>.</span></p>
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<p><!-- /wp:paragraph --><!-- wp:list {"ordered":true} --></p>
<p><em>1. Ordres et notes de la gendarmerie : identification et apports à la recherche </em></p>
<p><!-- /wp:list --><!-- wp:paragraph --> Ces documents sont des recueils chronologiques (puis à partir de 1966, chrono-thématiques, selon une classification en lien avec les principales missions des gendarmes), établis par les commandants de certaines unités (essentiellement les groupes ou régions) à partir des instructions, notes, transmission d’informations et ordres généraux en provenance de l’État-Major, puis de la Direction de la gendarmerie. Ce sont donc des registres de correspondance reçue. Selon leur origine géographique, des variations peuvent exister entre deux registres conservés pour la même période : si les consignes destinées à l’ensemble du corps s’y retrouvent, il peut par contre avoir existé des consignes n’ayant été destinées qu’à certaines unités ou zones géographiques. De par leur fonction, ces documents administratifs sont donc particulièrement utiles pour cerner, presque au jour le jour, l’évolution de l’arme dans ses multiples méandres. <!-- /wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --> On y lit les consignes sur les changements de l’organigramme du corps, sur son organisation générale. Mais pas seulement… Ces séries sont révélatrices des pratiques et logiques administratives d’une part et constituent des thermomètres des enjeux de l’ordre public d’autre part. Ces registres témoignent de la gestion des personnels, de mutations, de reconnaissances ou de sanctions. On y trouve aussi des traces des transformation dans l’équipement du corps. On y retrouve ensuite des consignes ou des rappels sur des priorités policières, sur des politiques d’ordre à mettre en place dans le pays. À ce titre, de telles séries permettent d’étudier la construction sociopolitique du « risque » contre lequel les gendarmes ont à lutter. Elles peuvent également contribuer à écrire l’histoire du système policier belge – en montrant la présence ou l’absences des autres acteurs de la chaîne répressive en son sein. <!-- /wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --> Par la diversité des thématiques qui s’y retrouvent, par leur centralité dans la circulation de l’information au sein de la gendarmerie (outre les impulsions verticales qu’il donne par ses fonctions dirigeantes, l’État-major y apparait ainsi comme un lieu d’écho de différentes réalités régionales qu’on estime nécessaire de faire connaitre en d’autres points du territoire), par leur amplitude chronologie également, ces pièces sont majeures dans l’historiographie de la gendarmerie et de l’ordre en Belgique. <!-- /wp:paragraph --><!-- wp:list {"ordered":true,"start":2} --></p>
<p><em>2. Mise en contexte et éléments de critiques </em></p>
<p><!-- /wp:list --><!-- wp:paragraph --> D’une part, ces registres ne sont pas les seuls documents qui ont été produits au sein de la gendarmerie. Les archives conservent des exemplaires isolés d’autres pièces de nature administrative, qui permettent d’aborder des thématiques proches<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/02/les-notes-et-ordres-de-la-gendarmerie-belge/#footnote_2_12823" id="identifier_2_12823" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir la pr&eacute;sentation et le relev&eacute; des archives faites par Madeleine Jacquemin dans Inventaire des archives du Mus&eacute;e et du Centre de documentation de la police f&eacute;d&eacute;rale, Bruxelles, AGR, 2021.">2</a></sup>. Citons entre autres, les annuaires officiers qui donnent un aperçu précis et évolutif des affectations et postes existants au sein du corps. Les registres de correspondance résument quant-à-eux, de manière télégraphique et laconique les envois d’une unité précise de l’arme. Plus ponctuels encore, il a existé des registres M[achine] ou de correspondance confidentielle pour officiers. Il faut comprendre la nature, les fonctions et les objectifs de ces différentes pièces par rapport aux séries disponibles les plus complètes. Surtout, il faut réussir à articuler ces différentes séries administratives dans le fonctionnement global de l’institution, en tenant compte de ses réalités géographiques, hiérarchiques et fonctionnelles (par rapport aux fonctions différentes que la gendarmerie a pu exercer, de la police militaire à la police judiciaire)<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/02/les-notes-et-ordres-de-la-gendarmerie-belge/#footnote_3_12823" id="identifier_3_12823" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Mutadis mutandis, le recours &agrave; l&rsquo;exp&eacute;rience &eacute;trang&egrave;re peut ici &ecirc;tre d&rsquo;une aide appr&eacute;ciable, notamment le travail r&eacute;alis&eacute; en France, o&ugrave; les registres de correspondance sont clairement identifi&eacute;s. Voir Jean-No&euml;l Luc (ed.), Histoire de la mar&eacute;chauss&eacute;e et de la gendarmerie. Guide de recherches, Maisons-Alfort, SHGN, 2004.">3</a></sup>. Qui produit ces différentes séries ? Dans quel cadre ? À qui ces documents sont-ils destinés ? Quand apparaissent-elles ou sont-elles clôturées? Que révèlent-ils sur les circuits de circulation de l’information produite et utilisée par les gendarmes ? Pour l’historien, il est primordial de comprendre les logiques de rassemblement, de transmission et de circulation de l’information au sein du corps. <!-- /wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --> D’autre part, on s’intéressera à chacune des pièces des registres. Celles-ci sont datées, numérotées selon un classement propre au corps – témoignant notamment du service l’ayant envoyé.</p>
<p><a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2021/05/NotesCorps1941-scaled-e1619951140285.jpeg"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2021/05/NotesCorps1941-scaled-e1619951140285.jpeg" alt="" width="305" height="229" /></a> <a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2021/05/NotesCorps1968-scaled-e1619951189642.jpeg"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2021/05/NotesCorps1968-scaled-e1619951189642.jpeg" alt="" width="324" height="458" /></a></p>
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<p>Ce sont là les clés pour les identifier une par une. Écrites en français ou néerlandais selon les cas et les destinataires, elles sont évidemment rédigées dans un langage « gendarmique », avec son vocabulaire, ses tournures et ses codes particuliers. Parfois, elles nécessitent donc un décodage et une connaissance partielle de l’institution, pour comprendre les acronymes, ou le sens sous-jacent au vocabulaire hiérarchique et administratif. Le chercheur sera par exemple attentif au statut de transmission de la note, « pour information » ne signifiant par exemple pas la même chose que « pour information et exécution ». Le contexte de la note reste toujours primordial. <a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2021/05/NotesCorps1944-scaled-e1619951153958.jpeg"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2021/05/NotesCorps1944-scaled-e1619951153958.jpeg" alt="" width="435" height="326" /></a></p>
<p>Si l’on se reporte à la note de 1944, montrée en exemple, relative à l’usage des armes au sein de la gendarmerie et aux qualités de tir des gendarmes, il ne faut pas oublier que cette note datée de l’Occupation allemande et signée du commandant de corps collaborateur. Dans le contexte du printemps 1944, on peut alors comprendre que certains gendarmes « hésitent » à tirer juste, face à une criminalité particulière (liée à la subsistance et au ravitaillement difficile en temps de guerre) ou au risque de se confronter à la résistance. On ne peut s’arrêter à la seule interprétation des qualités techniques ou de l’entrainement des gendarmes pour comprendre le pourquoi de cette note transmise aux unités. Enfin, on s’attardera également aux traces de « vie » de ces consignes. Souvent, les registres nous donnent à voir des traces de l’utilisation de registres. Certaines notes sont annotées, mises à jour à la main. On y précise par exemple la date de leur abolition et les références des nouvelles notes qui en prennent la suite. <a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2021/05/NotesCorps1968_2_presse-scaled-e1619951169546.jpeg"><img loading="lazy" decoding="async" class="aligncenter" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2021/05/NotesCorps1968_2_presse-scaled-e1619951169546.jpeg" alt="" width="305" height="431" /></a> <!-- /wp:paragraph --><!-- wp:paragraph --> Ce processus de critique de la source et de son écosystème est le préalable indispensable à une utilisation raisonnée, évitant tout « effet de sources » de ces riches documents. <!-- /wp:paragraph --><!-- wp:list {"ordered":true,"start":3} --></p>
<p><em>3. État de collection </em></p>
<p><!-- /wp:list --><!-- wp:paragraph --> L’ancien Musée de la police/service historique de la police de Bruxelles avait pu constituer au fil du temps une collection imposante de notes et d’ordres du corps, provenant notamment en large partie du groupe territorial de Bruges. Le Centre de documentation de la police fédérale conservait également des registres. À la fin de l’année 2020, ces différentes ressources ont pu être versées aux Archives générales du Royaume qui en assurent actuellement (février 2021) l’inventaire et le conditionnement pour une ouverture prochaine à la recherche. Avec quelques trous, on pourra y retrouver des notes de corps allant de 1920 à 1984, représentant près de 260 registres et liasses. Des registres d’ordres et d’ordres généraux existent également pour la période 1922-2000, ici aussi avec des lacunes et variations de formes à travers le temps.</p>
<p> 
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<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="en"><strong>This publication is only available in French. Please see the french version</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="nl"><strong>Deze publicatie is enkel beschikbaar in het Frans. Zie de Franse versie</strong></span></p>
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		<ol class="footnotes"><li id="footnote_1_12823" class="footnote">Outre nos travaux antérieurs, cette notice se base sur le travail de Madeleine Jacquemin et Arnaud Charon, menénotamment dans le cadre du projet Brain “Napol-Intel” de la politique scientifique fédérale belge. Lire Madeleine Jacquemin dans <em>Inventaire des archives du Musée et du Centre de documentation de la police fédérale</em>, Bruxelles, AGR, 2021 ou sur le site des</span><span class="easy-footnote" style="font-size: revert;color: initial"> <a href="http://arch.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=nos-projets&amp;r=projets-de-recherche&amp;pr=napol-intel-nationalisation-de-l-information-policiere-en-belgique-1918-1961-processus-de-democratisation-et-gestion-bureaucratique-des-connaissances">Archives de l&rsquo;Etat en Belgique</a>.</li><li id="footnote_2_12823" class="footnote">Voir la présentation et le relevé des archives faites par Madeleine Jacquemin dans <em>Inventaire des archives du Musée et du Centre de documentation de la police fédérale</em>, Bruxelles, AGR, 2021.<span id="easy-footnote-5-12823" class="easy-footnote-margin-adjust"></span></li><li id="footnote_3_12823" class="footnote"><em>Mutadis mutandis</em>, le recours à l’expérience étrangère peut ici être d’une aide appréciable, notamment le travail réalisé en France, où les registres de correspondance sont clairement identifiés. Voir Jean-Noël Luc (ed.),<em> Histoire de la maréchaussée et de la gendarmerie. Guide de recherches</em>, Maisons-Alfort, SHGN, 2004.</li></ol>]]></content:encoded>
					
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		<title>Les dossiers de l’épuration administrative de la gendarmerie belge après la Seconde Guerre mondiale</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Jonas Campion (CIEQ/UQTR)]]></dc:creator>
		<pubDate>Sat, 01 May 2021 19:24:15 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Archives – étude de cas]]></category>
		<category><![CDATA[Archives]]></category>
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		<category><![CDATA[Epuration administrative]]></category>
		<category><![CDATA[Gendarmerie belge]]></category>
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									</p>
<p><strong style="font-style: inherit;">De l’examen de la gendarmerie en guerre au révélateur des réalités professionnelles de 1930 à 1950.</strong></p>
<p>Dès septembre 1944, des procédures d’épuration administrative ont vu le jour au sein de la gendarmerie belge. Complémentaires à la répression judiciaire de la collaboration avec les Allemands, elles avaient pour but d’examiner les comportements individuels posés par les gendarmes en territoires occupés au regard de la discipline et des valeurs professionnelles attendues de leur part. Elles avaient également pour but d’instruite le cas de certaines catégories de personnels, ayant par exemple occupé telle ou telle fonction durant le conflit. L’épuration est menée par un ensemble de commissions internes qui traitent les dossiers selon le grade et l’affectation géographique des gendarmes poursuivis, par un service central du ministère de la Défense en charge de l’instruction des dossiers et par le ministre qui décide ou non de sanctionner le gendarme poursuivi au regard des faits qui lui sont reprochés. Entre 1944 et le début des années 1950, ce sont environ 35% des officiers et 10% des sous-officiers en poste en 1940 qui furent soumis à enquête<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/01/les-dossiers-de-l-epuration-administrative-de-la-gendarmerie-belge-1930-1950/#footnote_1_12583" id="identifier_1_12583" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Sur la question, nous renvoyons &agrave; Jonas Campion, Les gendarmeries belge, fran&ccedil;aise et n&eacute;erlandaise &agrave; la sortie de la Seconde Guerre mondiale, Bruxelles, Andr&eacute; Versaille, 2011.">1</a></sup>.</p>
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<p><em>1. Comprendre un processus disciplinaire dans un contexte exceptionnel</em></p>
<p>Les procédures d’épuration administrative ont donné lieu à la constitution de dossiers d’enquête et de suivi des affaires. En accord avec une circulaire ministérielle de 1947, ceux-ci sont conservés au sein des dossiers individuels des militaires poursuivis<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/01/les-dossiers-de-l-epuration-administrative-de-la-gendarmerie-belge-1930-1950/#footnote_2_12583" id="identifier_2_12583" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ministre de la D&eacute;fense &agrave; l&rsquo;Adjudant-G&eacute;n&eacute;ral, 22.05.1947 (Evere, SGRS-archives, Cabinet du ministre, 1947, CD 0.26, Organismes provisoires &agrave; la disposition du MDN. G&eacute;n&eacute;ralit&eacute;s). Les lieux de conservation de ces dossiers personnels, varient selon le grade et la date de naissance: on en retrouve aux AGR, &agrave; la police f&eacute;d&eacute;rale ou pour les officiers, aux archives de la D&eacute;fense (SGRS-archives et Mus&eacute;e de l&rsquo;Arm&eacute;e). Sur ce sujet, lire Arnaud Charon, Inventaire des archives de la police f&eacute;d&eacute;rale. Service historique. Dossiers personnels et documentation concernant les gendarmes 1870-1990, Bruxelles, AGR, 2021.">2</a></sup>. Ces dossiers d’épuration sont particulièrement intéressants pour l’historien de la gendarmerie durant la guerre. D’abord, avec d’infinies précautions critiques – nous sommes dans un contexte à la fois accusateur et de défense ou de justification des comportements posés durant le conflit –, ils permettent d’appréhender les pratiques policières de l’Occupation à l’échelle la plus locale et la plus quotidienne, les faits reprochés <em>a posteriori</em> et les difficultés que rencontre la gendarmerie à la Libération. On y voit la difficulté de juguler une violence en hausse, entre criminalité ordinaire et faits de résistances, la question de la répression des fraudes au ravitaillement, entre fraudes de survie et celle organisée par des gros trafiquants. On y observe la présence ou l’absence des Allemands et des militants d’ordre nouveau. Ces dossiers sont aussi de très bons révélateurs des réformes menées au sein du corps entre 1940 et 1944. Enfin, ces dossiers montrent ce qui est considéré comme problématique après la Libération – dans un contexte neuf, de vengeance ou tout comportement est lu au prisme de la collaboration – , par rapport aux actions des gendarmes durant l’Occupation. Ensuite, les dossiers montrent le fonctionnement concret des structures épuratoires. On y voit le travail des commissions, le rôle du service des enquêtes, les lieux d’achoppement et de régulation des procédures. Les dossiers complètent ainsi les archives administratives de la Défense, qui contiennent des dossiers et circulaires sur l’organisation, le fonctionnement et les difficultés de l’appareil épuratoire en son sein<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/01/les-dossiers-de-l-epuration-administrative-de-la-gendarmerie-belge-1930-1950/#footnote_3_12583" id="identifier_3_12583" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Archives&nbsp;&agrave;&nbsp;consulter&nbsp;au sein du fonds&nbsp;suivant,&nbsp;Evere, SGRS-archives,&nbsp;Cabinet du&nbsp;ministrepour les&nbsp;ann&eacute;es 1945 &agrave; 1951.">3</a></sup></span></span>. Chaque dossier comprend des documents identiques et sa structure est fort proche d’un dossier judiciaire : rapport d’instruction du Service des enquêtes, pièces en appui à charge et à décharge, auditions de témoins, rapports de défense, rapports d’audition ou de passage devant la commission d’avis, décision du ministre, correspondances multiples. Si des procédures d’appel ont été initiées, on y retrouve également des traces. On y lit les stratégies des acteurs impliquées, la création progressive d’une jurisprudence par les instances épuratoires. Il faut également être particulièrement attentif au comportement des gendarmes incriminés, tel qu’il ressort de ces archives. Ceux-ci ont tendance à s’affranchir de plus en plus des règles hiérarchiques et administratives en vigueur, pour devenir, au fur et à mesure que les sanctions les touchent ou qu’on refuse de réexaminer leur cas, des individus à la marge, situés hors des corps tant par la sanction disciplinaire que par leur comportement insistant<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2021/05/01/les-dossiers-de-l-epuration-administrative-de-la-gendarmerie-belge-1930-1950/#footnote_4_12583" id="identifier_4_12583" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Jonas Campion, &ldquo;D&rsquo;une politique institutionnelle aux destins individuels. Le temps long de l&rsquo;&eacute;puration de la gendarmerie belge apr&egrave;s la Seconde Guerre mondiale&rdquo;, in&nbsp;Histoire&nbsp;&amp;&nbsp;mesure, vol. 29, n.2, 2014, pp. 65-84, disponibleici.">4</a></sup>.</p>
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<p><em>2. Éclairer la quotidienneté du gendarme </em></p>
<p>Bien plus que la seule collaboration, ces affaires témoignent des relations, conflits et tensions entre les gendarmes, leurs familles et la population belge depuis le début des années trente jusqu’à la fin des années quarante. En effet, loin de se cantonner au seul examen des faits relatifs à la guerre, l’épuration, par les multiples témoignages à charge et à décharge qu’elle entraîne, illustre les dysfonctionnements et inimités quotidiennes autour du corps sur la longue durée. Ces dossiers se caractérisent, sous certains abords, par une prise de parole libre de la part des tous les gendarmes permettant de pénétrer un espace habituellement feutré ou dont les sources ne rendent que partiellement compte. On voit apparaître la vie quotidienne dans les casernes ou la promotion du modèle familial des gendarmes. Celle-ci démontre l’importance alors portée à l’autorité paternelle et maritale. Les dossiers montrent encore les enjeux de la solde, du logement de fonction, des difficultés de (sur)vie pour ces hommes aux revenus menacés par les sanctions. Au plan professionnel, on peut y lire des arguments pointillistes permettant de comprendre l’autorité, l’obéissance aux ordres reçus, l’efficacité dans l’exercice des missions ou le rapport à la violence légitime. Surtout, on voit le gendarme évoluer dans son milieu et sa sociabilité. D’une part, on n’hésite pas à dénoncer collègues, sous-ordres ou supérieurs, et à s’affranchir de l’usage hiérarchique traditionnel. D’autre part, une fois accusé, les gendarmes font flèche de tout bois pour faire valoir leur défense. Leur parole se libère, sort des cadres et du langage habituellement trouvé dans des correspondances professionnelles. Aux mémoires remis aux commissions, se rajoutent de nombreuses interventions de dignitaires et hommes politiques. Les dossiers épuratoires révèlent alors la richesse des relations et enjeux de pouvoir qui impliquent la gendarmerie, avec des différences entre gendarmes urbains ou ceux qui sont en poste dans des régions plus rurales. En conclusion, les dossiers épuratoires sont des archives très riches, mais d’un maniement parfois difficile. Le chercheur n’oubliera jamais, en consultant un dossier, qu’il s’agit d’abord et avant tout de dossiers témoignant d’un processus disciplinaire dont l’ampleur et la durée sont inédites dans l’histoire policière du pays. Les pièces sont alors à resituer dans le temps de l’affaire d’une part, dans les stratégies et intérêts de ses acteurs de l’autre. Ces précautions critiques énoncées, on a la possibilité d’étudier par ce biais de nombreux volets de l’histoire du corps. Non seulement le comportement de ses agents face au choc et aux dilemmes de l’Occupation, mais également une histoire sociale, interne, quotidienne du métier dans la Belgique de la fin de l’entre-deux-guerres à la veille de la Question royale.</p>
<p> 
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<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="en"><strong>This publication is only available in French. Please see the french version</strong></span></p>
<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="nl"><strong>Deze publicatie is enkel beschikbaar in het Frans. Zie de Franse versie</strong></span></p>
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		<ol class="footnotes"><li id="footnote_1_12583" class="footnote">Sur la question, nous renvoyons à Jonas Campion, <em>Les gendarmeries belge, française et néerlandaise à la sortie de la Seconde Guerre mondiale</em>, Bruxelles, André Versaille, 2011.</li><li id="footnote_2_12583" class="footnote">Ministre de la Défense à l’Adjudant-Général, 22.05.1947 (Evere, SGRS-archives, <em>Cabinet du ministre</em>, 1947, CD 0.26, Organismes provisoires à la disposition du MDN. Généralités). Les lieux de conservation de ces dossiers personnels, varient selon le grade et la date de naissance: on en retrouve aux AGR, à la police fédérale ou pour les officiers, aux archives de la Défense (SGRS-archives et Musée de l’Armée). Sur ce sujet, lire Arnaud Charon, <em>Inventaire des archives de la police fédérale. Service historique. Dossiers personnels et documentation concernant les gendarmes 1870-1990</em>, Bruxelles, AGR, 2021.</li><li id="footnote_3_12583" class="footnote"><span class="TextRun SCXW131909928 BCX0" lang="NL-NL" xml:lang="NL-NL" data-contrast="auto"><span class="SpellingError SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">Archives</span><span class="NormalTextRun SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text"> à </span><span class="SpellingError SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">consulter</span><span class="NormalTextRun SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text"> au sein du fonds </span><span class="SpellingError SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">suivant</span><span class="NormalTextRun SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">, </span><span class="NormalTextRun SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">Evere, SGRS-</span><span class="SpellingError SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">archives</span><span class="NormalTextRun SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">, </span></span><span class="TextRun SCXW131909928 BCX0" lang="NL-NL" xml:lang="NL-NL" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">Cabinet du </span><span class="SpellingError SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">ministre</span></span><span class="TextRun SCXW131909928 BCX0" lang="NL-NL" xml:lang="NL-NL" data-contrast="auto"><span class="NormalTextRun SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">pour les </span><span class="SpellingError SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text">années</span><span class="NormalTextRun SCXW131909928 BCX0" data-ccp-parastyle="footnote text"> 1945 à 1951.</li><li id="footnote_4_12583" class="footnote">Jonas Campion, “D’une politique institutionnelle aux destins individuels. Le temps long de l’épuration de la gendarmerie belge après la Seconde Guerre mondiale”, in <em>Histoire &amp; mesure</em>, vol. 29, n.2, 2014, pp. 65-84, disponible<span class="easy-footnote"><a href="https://journals.openedition.org/histoiremesure/5082#xd_co_f=OGI2YjRjM2UtNDRjNS00MmJkLTkzZjgtMmFjNjY3ODdmYzE0~">ici</a></span>.</li></ol>]]></content:encoded>
					
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