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	<title>Discours et représentations &#8211; MENEPOLHIS</title>
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		<title>Matérialités policières belges et québécoises : nouvelles perspectives pour la recherche historique</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marc-André Béland et Gabriel Ferland (UQTR)]]></dc:creator>
		<pubDate>Fri, 15 Dec 2023 16:56:12 +0000</pubDate>
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									<h6></h6>
<h6 style="text-align: center;"><strong>Par Marc-André Béland et Gabriel Ferland</strong></h6>
<h6 style="text-align: center;"><strong>Candidats à la maitrise, CIEQ-UQTR</strong></h6>
Les présentations faites lors de l’atelier <em>Regards croisés pour une histoire de la matérialité policière (Québec-Belgique)</em> <sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_1_32326" id="identifier_1_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Le 13 janvier 2023, gr&acirc;ce au soutien du CIEQ et des Subventions institutionnelles du CRSH, &laquo; Soutien aux chercheurs &eacute;mergents &raquo; (UQTR), s&rsquo;est tenu l&rsquo;atelier de recherche &laquo; Regards crois&eacute;s pour une histoire de la mat&eacute;rialit&eacute; polici&egrave;re (Qu&eacute;bec-Belgique) &raquo;. Organis&eacute; par le professeur Jonas Campion, cet atelier exploratoire r&eacute;unissait neuf &eacute;tudiants et chercheurs en histoire (en Belgique et au Qu&eacute;bec) pour r&eacute;fl&eacute;chir autour des questions suivantes : Que nous apprennent les objets utilis&eacute;s par les polices, quant aux transformations de la s&eacute;curit&eacute; publique ? Existe-t-il une logique transnationale de leur usage ou au contraire, ne sont-ils que les avatars de r&eacute;alit&eacute;s polici&egrave;res locales ? Existe-t-il une culture mat&eacute;rielle de l&rsquo;ordre et de quelle mani&egrave;re pourrait-elle &ecirc;tre une cl&eacute; de compr&eacute;hension de l&rsquo;histoire des polices et de la s&eacute;curit&eacute; publique ? Pour le programme, voir https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw047.afficher_liste_nouvelles?owa_no_site=1201&amp;owa_no_fiche=16&amp;owa_annee_session=&amp;owa_sigle=&amp;owa_groupe=&amp;owa_contexte=&amp;owa_no_nouvelle=1174&amp;owa_no_rubrique=9&amp;owa_apercu=N&amp;owa_brouillon=N&amp;owa_imprimable=N&amp;owa_maj_historique=N.">1</a></sup> ont soulevé plusieurs questions et ont suscité des discussions stimulantes. Dans le but de poursuivre cette réflexion, nous proposons une synthèse des interventions en présentant les tendances communes et des pistes de recherches que nous croyons pertinentes. Notre démarche, qui se veut prospective, s’articule autour de deux dimensions complémentaires.

D’une part, notre article se divise en fonction de trois niveaux d’analyse de cette notion de matérialité<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_2_32326" id="identifier_2_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Soulev&eacute;s par Margo De Koster dans sa conclusion, les trois niveaux sont : iconographique, s&eacute;miologique et contextuelle ; M. De Koster (Groupe de Recherche en Histoire sociale depuis 1750, UGent), &laquo; Conclusion et perspectives &raquo;.">2</a></sup>. Prise au premier degré, la matérialité policière s’analyse de manière physique, tangible et concrète ; au second degré, la matérialité devient plus figurative et l’analyse se cadre sur la symbolique et les représentations ; en arrivant au troisième degré, la matérialité est comprise dans toute sa complexité et elle permet d’étudier des processus historiques à partir de problématiques nouvelles

D’autre part, la synthèse que nous proposons doit se voir comme un exercice de réflexion à partir duquel — nous l’espérons — les discussions pourront se poursuivre et alimenter la recherche. Dans cette optique, une seconde dimension concerne un élément qui n’a pas été approfondie lors de l’atelier : il s’agit de la perspective comparative, entre le Québec et la Belgique, en vue de dépasser seule juxtaposition de présentations. Pour montrer l’intérêt de cette perspective dans l’étude historique de la matérialité policière, nous développ(er)ons certains points spécifiques de l’aspect comparatif en parallèle.
<h3><strong>1. Caractérisation et objectivation de la matérialité policière : regards historiens sur les objets de la police</strong></h3>
En prenant pour objet d’étude la matérialité policière, l’historien se retrouve à la frontière de la discipline historique et de la discipline archéologique (étudier les objets du passé dans leur contexte). Or, bien que ces dernières soient proches, le croisement des sources et les méthodes d’analyses qui leur sont propres produisent inévitablement des points de fuite qui les distingue. De fait, étudier les objets policiers en eux-mêmes dans une perspective historienne exige d’abord et avant tout une caractérisation et une objectivation de cette « matérialité policière ». Cette opération implique donc forcément une critique de la source, mais également une analyse descriptive de l’objet. De manière plus ou moins approfondie, ce genre d’analyse se retrouve ainsi à la base de toutes études sur l’histoire des matérialités (policières ou non) et constitue un premier point de départ pour une grande variété de problématiques et d’approches originales.
<h4><strong>1.1.</strong><strong>Les sources de la matérialité policières : une question de conservation et de croisement</strong></h4>
En histoire, le chercheur est toujours tributaire des sources à sa disposition. Dans une logique d’étude matérielle, deux solutions s’offrent à lui : soit partir des objets directement, soit chercher leurs traces dans d’autres sources. Or, toutes les sources ne présentent pas les mêmes enjeux de conservation et il est nécessaire d’en tenir compte. Envisageons d’abord une perspective documentaire. Parfois — voire trop souvent, le manque de ressources des services d’archives et les contraintes d’espace forcent les archivistes à élaguer certains fonds. Or les documents « techniques » ou gardant trace des objets (notices techniques, dossiers d’achats, modes d’emploi) ne sont pas nécessairement en tête des priorités de conservation. Dans d’autres cas, les corpus sont constitués postérieurement au contexte de production des archives ; c’est le cas des sources utilisées par Xavier Rousseaux et Vincent Mazy, des dossiers documentaires sur les casernes des brigades de la gendarmerie belge, qui ont été constitués à partir de documents variés par un centre d’histoire et de tradition de l’institution. Du point de vue des objets, comme l’a rappelé David Somer dans sa conclusion, leur conservation dépend également de la durabilité même des matériaux et des contraintes liées à leur contexte d’utilisation ; par exemple, tout ce qui concerne les usages d’objets non officiels — ou « système D » mis en place par les policiers dans l’exercice de leurs fonctions, tandis que d’autres ne sont que des consommables dont la conservation n’a longtemps pas été une priorité.

Alors, comment devons-nous composer avec les inégalités et les lacunes dans la conservation des sources matérielles ? Ce n’est qu’avec le croisement des sources — et un peu de créativité — que l’historien peut créer son propre « système D » et ainsi parvenir à contourner les problèmes de conservation. Par exemple, David Somer mentionne la pertinence des photographies et des témoignages (écrits et oraux) pour étudier l’histoire de la matérialité policière. Ces sources peuvent ensuite être croisées avec des archives administratives, des articles de presse et des revues officielles ou officieuses.

Enfin, un élément important qui a été soulevé lors des discussions est celui de l’importance des budgets dans l’étude de la matérialité policière. Effectivement, en accédant aux dépenses de la police, il devient possible de déceler la trace d’objets n’ayant probablement pas été conservés, mais également des traces de tout ce qui concerne l’administration de la police. Par exemple, nous pourrions étudier grâce à ces données, la place du personnel de bureau dans le quotidien de la police, ou bien l’évolution des dépenses de la police. Enfin, en termes de traces, le patrimoine bâti est certainement l’un des aspects de la matérialité policière le plus susceptible de laisser une marque sur le territoire et, avec les bons outils, cela peut nous aider à mieux comprendre l’évolution de la pratique policière.
<h4><strong>1.2.</strong><strong> Deux revues avec un objectif en commun : Polices belges et québécoises dans la cité</strong></h4>
Les revues policières sont des exemples intéressants pour illustrer ces questions documentaires. Prenons le cas de la <em>Revue belge de police administrative et judiciaire</em> (RBPAJ) et celui de la revue de la Sûreté du Québec (<em>Sûreté</em>). Quels sont les éléments qui permettent de distinguer ou de rapprocher ces revues policières et qu’est-ce que cela peut nous apprendre sur leurs contextes d’édition respectifs ? De fait, ces deux revues sont de véritables exercices de relation publique qui — si utilisées comme sources premières ou comme objets d’étude — peuvent permettre aux historiens de répondre à bien d’autres questions.

Dans la présentation de François Welter, la RBPAJ est citée comme source pour illustrer l’un des traits caractéristiques de la Police judiciaire belge qui est le service du renseignement. Grâce à cette revue, nous apprenons comment, en 1935, la police judiciaire de Bruxelles tente de se valoriser en présentant sa grande capacité à recueillir et à traiter de l’information. Pour illustrer les arguments évoqués par la police judiciaire pour démontrer son importance, Welter cite un témoignage dans lequel nous apprenons qu’elle a ouvert plus de 300 000 dossiers depuis sa création, qu’elle détient des millions de fiches de criminels (nationaux et internationaux) et que le tirage journalier du <em>Bulletin central de signalement</em> (BCS). Ce dernier élément nous permet de faire un parallèle avec le Centre de Renseignements policiers du Québec (CRPQ) qui est présenté dans la revue québécoise.

La comparaison systématique de plusieurs revues policières provenant de lieux et d’époques différentes offre certainement des perspectives de recherche jusqu’à présent peu explorées. Au-delà de la seule question de la matérialité, il est également possible de comparer les formes de publication de plusieurs revues (nombre de tirages, persistance dans le temps, publics visés, composition des comités de rédaction, revue officielle ou officieuse, etc.), ou bien d’analyser l’évolution d’une seule revue à travers le temps. De plus, en fonction du type de revue étudiée (interne à l’institution, ou externe pour un public plus large), les objectifs des publications ne seront pas les mêmes ; une revue destinée aux policiers cherchera à leur communiquer de l’information pratique ou à leur faire des rappels, tandis qu’une revue grand public sera plutôt orientée vers le maintien d’une bonne image institutionnelle et elle cherchera à convaincre les citoyens de la pertinence des actions de la police. Quel que soit le public qu’elles visent, ces revues constituent de précieuses sources pour s’interroger à propos du matériel des polices, ou de leurs modes de fonctionnement.

Par exemple, dès 1974, la revue <em>Sûreté</em> consacre plusieurs articles à la mise en place du CRPQ. Comme pour la police judiciaire de Bruxelles en 1935, le service de communication de la Sûreté du Québec (SQ) cherche à démontrer sa capacité de renseignement au public (policiers inclus). Ainsi, la SQ veut témoigner de la modernité de son institution qui parvient à s’adapter « aux besoins nouveaux de la société nouvelle<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_3_32326" id="identifier_3_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo; Sommaire &raquo;, Revue de la S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec, vol. 4, 1974, p. 1.">3</a></sup>». Cette opération de relation publique prend tout son sens lorsqu’on la replace dans le contexte de profonde réorganisation que connaît l’institution policière québécoise dans les années 1960-1970<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_4_32326" id="identifier_4_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Au Qu&eacute;bec, cette p&eacute;riode est g&eacute;n&eacute;ralement qualifi&eacute;e par le chrononyme &laquo; R&eacute;volution tranquille &raquo;.">4</a></sup>. Dans les deux revues, on distingue plusieurs niveaux de lecture : un message contemporain sur les représentations des polices d’une part, mais aussi de nombreuses informations sur leur fonctionnement et équipement que l’historien se doit de réinterroger.
<h4>1.3.La pertinence des SIG pour étudier la matérialité policière et cartographier l’évolution des lieux de la police</h4>
Lors de la présentation sur les casernes de la gendarmerie belge dans le Brabant, Vincent Mazy est passé très rapidement sur l’outil SIG <em>Geopunt vlaanderen</em><sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_5_32326" id="identifier_5_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir : &laquo; Digitaal Vlaanderen &raquo;, Geopunt, https://www.geopunt.be/, consult&eacute; le 5 avril 2023.">5</a></sup> et nous aimerions prendre le temps d’en discuter. L’utilisation d’outils SIG<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_6_32326" id="identifier_6_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Acronyme pour &laquo; syst&egrave;mes d&rsquo;information g&eacute;ographique &raquo;. Voir http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/systemes-dinformation-geographique-sig-et-geomatique.">6</a></sup> n’est plus seulement réservée à quelques disciplines comme la géomatique ou la géographie, mais est de plus en plus courante en recherche historique<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_7_32326" id="identifier_7_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Par exemple, le Centre interuniversitaire d&rsquo;&eacute;tudes qu&eacute;b&eacute;coises utilise actuellement des outils comme QGIS pour croiser et analyser des donn&eacute;es provenant, entre autres, des recensements d&eacute;cennaux canadiens, des r&ocirc;les d&rsquo;&eacute;valuation municipaux et des plans d&rsquo;assurance incendie de diff&eacute;rentes &eacute;poques. Voir : &laquo; Espace CIEQ &raquo;, https://espace.cieq.ca/, consult&eacute; le 6 avril 2023.">7</a></sup>. Cela dit, de quelles manières ce genre d’outil peut-il être employé dans l’analyse descriptive de la matérialité policière et des lieux de la police ? Pour lancer la discussion, nous proposons quelques pistes d’analyses qui pourraient être intéressantes.

Dans une approche comparative entre le Québec et la Belgique, il serait intéressant d’analyser les différences géographiques dans la répartition des lieux de la police comprise au sens large (casernes, postes de police, prisons, etc.). Comme Xavier Rousseaux et Vincent Mazy l’ont très bien montré, la décision d’implanter une caserne dans un lieu précis dépend de plusieurs facteurs. Nous pensons notamment aux différences entre casernes rurales et casernes urbaines, à leurs emplacements (en ville et en campagne), aux distances entre les casernes disposant de prisons de passage, aux frontières administratives et internationales, etc. Ainsi, en cumulant toutes les données que peuvent fournir les archives policières à propos des lieux qui concernent la police, il est possible d’en recréer la géographie à un moment de l’histoire, puis, d’en retracer l’évolution dans le temps. À ce niveau, les recherches sur la police et la gendarmerie belge semblent bien avancées, mais on ne peut malheureusement pas en dire autant pour le Québec.

Le croisement entre des sources matérielles, des outils SIG et des archives documentaires serait grandement bénéfique à la connaissance de la matérialité (immobilière) policière belge et québécoise. D’une part, dans une perspective de cartographie historique, cela nous permettrait de mieux visualiser comment a évolué la répartition géographique des lieux de la police sur ces deux territoires. D’autre part, parce qu’une comparaison entre le Québec et la Belgique, qui ont des modèles policiers et des contextes géographiques très différents, favoriserait l’élaboration de problématiques originales. À titre d’exemple, nous pourrions analyser comment la géographie a pu influencer l’évolution du système policier; l’étendue du territoire québécois et sa faible densité de population pose certainement des problématiques spécifiques auxquelles la police belge n’a pas été confrontée et inversement.
<h3><strong>2. Le matériel policier, un sujet hautement symbolique</strong></h3>
Lorsqu’il est question de police, les discussions et les débats viennent souvent solliciter une réponse émotionnelle forte chez le public. Les différents corps de police sont sujets à des critiques de plus en plus fréquentes de la part de la population qu’elle est censées desservir. Les relations publiques deviennent un enjeu de taille pour la police et au-delà des simples communiqués de presses ou des actions communautaires. Certes, le matériel policier incarne l’image que la Police désire projeter en tant qu’institution de maintien de l’ordre, mais cette image reflète également – dans une certaine mesure – les attentes que le public a envers la Police. Si parfois l’intention ne se réalise pas pleinement, la réception de ces objets par le public est tout aussi intéressante et peut nous en apprendre beaucoup sur l’attitude d’une société envers la police<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_8_32326" id="identifier_8_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="La question des cam&eacute;ras portatives en est un bon exemple. &Agrave; ce sujet, voir Camille Faubert et Annie Gendron, &laquo; Cam&eacute;ras portatives sur policiers : &eacute;tat de la situation au Canada &raquo;, Les Presses de l&rsquo;Universit&eacute; Laval, vol.&nbsp;54,&nbsp;n&deg;&nbsp;1 (Printemps&nbsp;2021), p. 41-67.">8</a></sup>.

De fait, l’analyse de la symbolique du matériel policier est un champ d’études fort pertinent. Pour ce second niveau d’analyse, nous discuterons donc des tensions autour de l’utilisation du bouclier (par les gendarmes belges) lors des opérations de contrôle des foules, de l’évolution des symboles auxquels s’identifient les policiers et de l’analyse de certains aspects symboliques qui sont parfois intégrés à l’architecture des bâtiments comme les casernes.
<h4>2.1. Ce que porte la police</h4>
Les symboles les plus évidents se retrouvent généralement sur les policiers eux-mêmes. Les uniformes des policiers ne sont pas conçus par hasard. Ils sont pensés de manière à permettre aux officiers l’exercice de leurs fonctions de la manière la plus optimale possible, mais ces uniformes sont quand même teintés de considérations autres qu’utilitaires. Les uniformes placent les policiers à part de la société civile et servent à développer un sentiment d’unité et un esprit de corps. Il n’est pas surprenant que cette facette de leur apparence soit soignée. La présentation de David Somer dans le cadre de la conférence fait tout de même état d’une situation particulière pour le cas des policiers judiciaires.

En effet, la police judiciaire belge n’a pas d’uniforme à proprement parler. Il existe également toutes sortes de corps de police qui emploient des agents en civil. Leur apparence n’est pas moins réfléchie. Dans le cas des enquêteurs de la police belge, François Welter mentionne que ces agents ont un certain code vestimentaire à respecter afin de maintenir une image de sérieux face au public et aux magistrats avec lesquels ils interagissent<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_9_32326" id="identifier_9_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Fran&ccedil;ois Welter (CARHOP, UCLouvain), &laquo; L&rsquo;enqu&ecirc;teur de la police judiciaire pr&egrave;s les parquets : homme d&rsquo;action ou bureaucrate ? &raquo;.">9</a></sup>. De son côté, Somer nous apprend que la police judiciaire belge avait certains éléments qui servaient à l’identifier, comme la carte de service tricolore et la médaille de service. Cependant, le brassard a quant à lui été adopté officieusement jusqu’en 1992 où il sera finalement intégré à leur uniforme<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_10_32326" id="identifier_10_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="David Somer (CHDJ, UCLouvain), &laquo; Les objets de la police judiciaire pr&egrave;s les parquets belges : miroir de son quotidien, de ses savoirs et repr&eacute;sentations (1950-2001) &raquo;">10</a></sup>.

L’utilité du brassard servait notamment à identifier les policiers en civil lors de fusillades. Les considérations pratiques sont donc toujours présentes lorsque l’on conçoit l’uniforme des policiers, mais on peut penser que ce vêtement contribuait aussi à l’esprit de corps des policiers judiciaires. Après tout, ils avaient maintenant un marqueur pour s’identifier facilement entre eux. Cette dernière affirmation mériterait d’être creusée. On comprend néanmoins que l’étude des objets sous un angle purement symbolique soulève de nombreuses questions à approfondir dans le futur.

Dans sa présentation, Élie Teicher traite aussi du bouclier employé par certains policiers. Il s’agit d’un outil de travail dont la pertinence semble évidente pour les policiers antiémeutes, car il leur permet de se protéger et de maintenir les manifestants à distance. En revanche, on peut penser à l’image que cela projette et, comme nous l’avons vue dans la présentation, l’achat de bouclier a aussi été soumis au test de la perception du public. L’état-major des gendarmes belges hésita longtemps avant d’utiliser des boucliers. Ceux-ci donneraient une image trop défensive à la police, que l’on veut plutôt proactive et rapide. Teicher mentionne également que les objets qui sont utilisés par certains corps spécifiques deviennent une source de fierté pour les membres de ce corps<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_11_32326" id="identifier_11_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Elie Teicher (RPI, ULi&egrave;ge), &laquo; Grenades lacrymog&egrave;nes, matraques et boucliers. Pour une histoire sociale du mat&eacute;riel de la police des foules &raquo;">11</a></sup>. Les objets deviennent donc des symboles par lesquels l’identité policière se construit. Les symboles choisis peuvent donc nous en apprendre sur la manière dont la police se perçoit et perçoit son rôle dans la société.
<h4>2.2. Les casernes, un symbole de l’emprise géographique de la police en Belgique</h4>
Pour Xavier Rousseaux et Vincent Mazy, qui offrent un regard sur l’espace occupé par la police, les casernes représentent la manière dont la police veut — ou peut — occuper le territoire. Lorsque vient le temps d’établir une caserne, les considérations pratiques sont certes au premier plan; néanmoins, plusieurs choix très symboliques guident les policiers.

Rousseaux explique qu’autrefois, en Belgique, les casernes en milieu rural reprenaient d’anciennes fermes. Cependant, avec le temps, il est possible de constater une certaine volonté de standardisation au sein des casernes de police belges. Des différences persistent toutefois entre les casernes qui abritaient des « brigades à cheval » et celles qui abritaient des « brigades à pied »<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_12_32326" id="identifier_12_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Xavier Rousseaux (CHDJ, FRS-FNRS, UCLouvain), Vincent Mazy (CHDJ, UCLouvain) , &laquo; Les casernes de la gendarmerie belge sous l&rsquo;objectif : l&rsquo;exemple de la province de Brabant &raquo;.">12</a></sup>. La standardisation des bâtiments sert à présenter une image moderne et professionnelle de la police, mais elle marque également la fin des casernes de circonstances (dans des bâtiments choisis plus pour leur emplacement que pour leurs caractéristiques architecturales) et le passage vers des bâtiments pensés et conçus pour remplir la fonction de caserne. Il y a donc là un potentiel symbolique important. Il en va de même pour la question des inaugurations abordée par Vincent Mazy<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_13_32326" id="identifier_13_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid.">13</a></sup>. Outre le simple aspect visuel des bâtiments, les inaugurations de ces derniers sont des moments où les rites et les discours employés peuvent avoir une grande portée symbolique. On peut se demander s’il s’agissait de moments de célébrations où toute une communauté était invitée, ou plutôt des évènements sobres qui ne cherchaient pas nécessairement à attirer l’attention du public outre mesure. Bref, il s’agit là encore d’une piste de recherche intéressante.
<h3><strong>3. Au-delà de l’objet : discours, acteurs et contextes d’utilisation</strong></h3>
Nous l’avons bien compris, les sources et les archives de la matérialité policière peuvent être analysées — au premier et au second degré — à partir de plusieurs points de vue et à l’aide de méthodes et d’outils très variés. La contextualisation, bien qu’elle demeure souvent à l’arrière-plan, ne doit toutefois pas être négligée. Le contexte est ce qui permet d’historiciser et d’objectiver la matérialité. Dans ce troisième niveau d’analyse, nous prenons donc plus de hauteur et nous centrons la focale non pas sur les objets de la matérialité policière en eux-mêmes, mais sur leurs contextes d’utilisation. Nous cherchons donc à montrer l’importance du contexte social, politique et économique dans l’analyse de la matérialité policière.

Ainsi, quel lien y a-t-il entre les discours (publics ou privés<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_14_32326" id="identifier_14_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="&laquo; Public &raquo; dans le sens o&ugrave; le message est destin&eacute; &agrave; &ecirc;tre entendu dans l&rsquo;espace public (d&eacute;bats politiques, revendications sociales, etc.) et &laquo; priv&eacute; &raquo; dans le sens o&ugrave; le message est destin&eacute; &agrave; un groupe restreint (Lobby s&rsquo;adressant aux dirigeants, d&eacute;bats internes, etc.).">14</a></sup>) émis par certains acteurs de la société et le fait d’utiliser ou de ne pas utiliser des outils spécifiques ? Pourquoi certains objets et certaines normes apparaissent-ils, ou se transforment-ils, dans un contexte plutôt que dans un autre ? En soulignant cette importance des contextes sociaux et politiques, nous verrons que les discours des divers acteurs (policiers, dirigeants, société civile, etc.) révèlent une dimension qui dépasse largement le seul aspect de la matérialité. C’est notamment le cas avec l’utilisation et l’acquisition d’outils comme les gaz lacrymogènes.

En outre, des objets comme les diplômes et les uniformes peuvent nous en apprendre beaucoup à propos du processus de professionnalisation de la police. Selon l’angle d’approche choisi, l’apparition d’une formation standardisée donnant au métier de policier — et l’octroi d’un diplôme qui en atteste la réussite — suggère une analyse intéressante de la place du policier dans la société, car « le diplôme sert à constituer une valeur marchande du savoir, ça permet également de faire croire à ceux qui n’ont pas le diplôme qu’ils ne sont pas en droit de savoir et qu’ils ne seraient pas capables de savoir<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_15_32326" id="identifier_15_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Michel Foucault &agrave; propos de l&rsquo;&eacute;cole, 2016, https://www.youtube.com/watch?v=VjsHyppHiZM">15</a></sup>»; du moins, c’est ce que Michel Foucault semblait croire.
<h4>3.1. Société et matérialité : une relation d’influence</h4>
Dans sa présentation sur l’histoire du matériel policier en contexte de gestion des foules, Élie Teicher nous a bien démontré la dynamique complexe des relations entre matérialité policière et société. En outre, nous avons également pu voir que, selon le contexte social, certains objets deviennent plus sensibles que d’autres aux discours, aux enjeux de mémoire ou aux influences de certains lobbys. C’est notamment le cas des outils de gestion des foules comme les gaz lacrymogènes et le mise en service (ou non) du fusil « Anti Riot Weapon ENfield 37 » (ARWEN 37) dans la gendarmerie des années 1980.

En ce qui concerne l’histoire de l’utilisation des gaz lacrymogènes<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_16_32326" id="identifier_16_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Voir Anna Feigenbaum, Petite histoire du gaz lacrymog&egrave;ne : des tranch&eacute;es de 1914 aux gilets jaunes, Montreuil, &Eacute;ditions Libertalia, 2019.">16</a></sup> par la gendarmerie belge<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_17_32326" id="identifier_17_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Sur l&rsquo;utilisation du gaz lacrymog&egrave;ne, voir : Anna Feigenbaum, Petite histoire du gaz lacrymog&egrave;ne : des tranch&eacute;es de 1914 aux gilets jaunes, trad. par Philippe Mortimer, Montreuil, &Eacute;ditions Libertalia, 2019, 321p.">17</a></sup>, Élie Teicher explique qu’elle n’est pas linéaire et qu’elle dépend de plusieurs facteurs. Ainsi, lorsque les gaz sont utilisés lors d’une grève en 1935, la mémoire collective des morts par asphyxie dans les tranchées est encore trop vive et un consensus de l’opinion publique force la gendarmerie belge à abandonner cet outil. Toutefois, à peine cinq ans après la fin de la Seconde Guerre mondiale, le contexte devient plus favorable à une utilisation des gaz à cause de leur niveau de dangerosité plus faible comparativement à l’usage des armes à feu. À la suite de cette réintroduction, on recommence à dénoncer publiquement l’usage des gaz lacrymogènes, mais le contexte — mémoriel et politique — a changé et la gendarmerie augmente l’achat de cet outil ; il faudra attendre jusqu’à une période très récente pour que son usage soit limité, mais non pas abandonné.

Dans le cas de l’arme antiémeute ARWEN 37, la situation est très différente. Selon Teicher, l’attention accordée à cette arme, en 1985, dans la <em>Revue de la gendarmerie belge</em> révèle une étrange fascination à une époque où la confrontation de rue est très modérée en Belgique. Dans les faits, le constat de conflictualité qui transparaît dans le discours visant à promouvoir cette arme ne correspond pas avec la réalité. Devant ce genre de situation, l’historien est invité à se poser plusieurs questions. Par exemple, quelle est la part d’influence des firmes privées dans la promotion et l’achat de ce type d’équipement ? Pour Élie Teicher, la question reste ouverte et elle mériterait certainement l’attention des historiens et des historiennes qui s’intéressent à la matérialité policière. Nous sommes du même avis; d’autant plus que les archives qui permettent de s’y intéresser sont nombreuses.

En ce qui concerne les archives, nous avons trois exemples concrets qui permettent d’illustrer le champ des possibles pour la recherche historique<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_18_32326" id="identifier_18_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Nous donnons ces exemples &agrave; titre indicatif seulement, mais un sondage rapide des divers fonds d&rsquo;archives accessibles nous permet d&rsquo;affirmer que de nombreux autres cas auraient pu &ecirc;tre mentionn&eacute;s.">18</a></sup>. D’abord, sur le site web de la bibliothèque de l’Assemblée nationale du Québec, nous avons trouvé la retranscription d’un débat du 10 septembre 1969<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_19_32326" id="identifier_19_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Assembl&eacute;e nationale du Qu&eacute;bec, &laquo; Commission parlementaire sp&eacute;ciale sur la refonte du code de route (3) &raquo;, Qu&eacute;bec, 10 septembre 1969, p. 3347-3382.">19</a></sup> dans lequel il y a plusieurs détails à propos de l’implantation des éthylomètres. On y apprend que l’appareil est un « analyseur d’haleine Borkenstein<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_20_32326" id="identifier_20_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p. 3351.">20</a></sup>», qu’il coûte « environ 780 $<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_21_32326" id="identifier_21_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid.">21</a></sup>» et que « [l]a Sûreté provinciale en a commandé 20<a href="#_ftn22" name="_ftnref22"></a><sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_21_32326" id="identifier_22_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid.">21</a></sup>». D’autres détails méritent d’être soulignés : nous apprenons qu’à cause de l’étendue du territoire couvert par la Sûreté provinciale du Québec, cette dernière serait « plus efficace avec 40 appareils<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_22_32326" id="identifier_23_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p. 3352.">22</a></sup>» et on justifie l’utilisation de ces appareils en mentionnant qu’ils sont déjà utilisés en Angleterre, en Allemagne, en France, en Suisse et dans plusieurs autres pays.

Ensuite, pour le second exemple, nous avons utilisé l’outil <em>Advitam</em> de Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ). Dans le fonds Sûreté du Québec des Archives nationales à Montréal, nous avons trouvé une boîte<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_23_32326" id="identifier_24_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Archives nationales &agrave; Montr&eacute;al, Fonds S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec, E100 (Contenu : 2011-10-005 \ 28), 1956-1981.">23</a></sup>qui contient des dossiers « sur l’aménagement des locaux et des immeubles de postes de la Sûreté du Québec relevant des districts de Montréal (district 6) et de la Montérégie (district 10, faisant partie avant 1998 du district de Montréal)<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_24_32326" id="identifier_25_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="BAnQ, &laquo; D&eacute;tail de la notice : Fonds S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec &raquo;, Advitam, https://advitam.banq.qc.ca/notice/519973 (page consult&eacute;e le 20 juin 2023).">24</a></sup>». Dans ces dossiers qui couvre la période 1956-1981, on y trouve notamment des informations sur les besoins d’entretien de douze postes de police, les demandes en matériel et en équipement, l’aménagement des postes, des photographies, les budgets, les ressources humaines et plus encore.

Enfin, le dernier exemple illustre le genre d’informations qu’on peut retrouver à propos des armes dans les archives belges. Dans l’inventaire DSO-2 des archives de l’état-major de la gendarmerie conservées aux archives générales du Royaume (AGR), la référence portant le numéro 1994/12 contient un « Inventaire des pièces d’un dossier Ordre public – II ». Puis, on précise que « cet inventaire fourni des références à des directives et notes de corps relatives au maintien de l’ordre de 1949 à 1954, concernant par exemple les camions arroseurs, les grenades lacrymogènes, l’organisation de piquet, l’armement à emporter en service d’ordre, etc. ». Après avoir dépouillé plusieurs inventaires d’archives belges<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_25_32326" id="identifier_26_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Les inventaires suivants ont &eacute;t&eacute; d&eacute;pouill&eacute; par Gabriel Ferland au printemps 2023&nbsp;: &laquo;&nbsp;DSO-2&nbsp;&raquo;&nbsp;; &laquo;&nbsp;Inventaire des archives de la Gendarmerie. &Eacute;tat-major (Versement 1973-1989). 1952-1979&nbsp;&raquo; ; &laquo;&nbsp;Inventaire des archives de la Gendarmerie. &Eacute;tat-major g&eacute;n&eacute;ral. Direction sup&eacute;rieure des Op&eacute;rations (DSO). 1945-1990&nbsp;&raquo;&nbsp;; &laquo;&nbsp;Inventaire des archives de la Police f&eacute;d&eacute;rale. Service historique. Dossiers de Brigades de Gendarmerie. 1837-2003&nbsp;&raquo; ; &laquo;&nbsp;Inventaire des archives du Minist&egrave;re de l&rsquo;Int&eacute;rieur. Police g&eacute;n&eacute;rale du Royaume. Dossiers des commissaires de police&nbsp;&raquo; ; &laquo;&nbsp;Inventaire des archives de la Police f&eacute;d&eacute;rale. Centre de documentation et de connaissances (DSEK). 1920-2013&nbsp;&raquo;&nbsp;; voir https://www.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=nos-projets&amp;r=projets-de-recherche&amp;pr=napol-intel-nationalisation-de-l-information-policiere-en-belgique-1918-1961-processus-de-democratisation-et-gestion-bureaucratique-des-connaissances#5.">25</a></sup>, nous avons identifié de nombreuses autres références de ce genre.
<h4>3.2. Étudier la professionnalisation et les transformations de la Police à partir de la matérialité : quelques pistes à explorer</h4>
David Somer a pour sa part abordé la question de la vie administrative et des marqueurs de la fonction de police judiciaire. Les archives et les objets qui y sont reliés témoignent des conséquences que peuvent avoir les transformations sociales sur l’institution policière. C’est donc pour alimenter la discussion autour de ce type de sources — mais également pour faire écho à la question posée par Julien Prud’homme<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_26_32326" id="identifier_27_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Dans le second bloc de discussion, Julien Prud&rsquo;homme demandait : dans quelle mesure la mise en avant de la mat&eacute;rialit&eacute; polici&egrave;re, ou des outils policiers, peut &ecirc;tre lue comme un discours de professionnalisation et une affirmation d&rsquo;identit&eacute; ?">26</a></sup>— que nous avons sélectionné les diplômes et les uniformes comme traces matérielles de la professionnalisation et des transformations de la Police. Tandis que les diplômes — ou tous autres documents de formation<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_27_32326" id="identifier_28_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Pour nous, le dipl&ocirc;me est la preuve officielle qu&rsquo;un policier a suivi une formation obligatoire avant de devenir policier; tandis que toutes autres certificats ou attestions sont plut&ocirc;t reli&eacute;s &agrave; des formations sur un outil ou sur une technique sp&eacute;cifique pendant que le policier est en poste.">27</a></sup>— nous renseignent sur les exigences d’accès à la fonction de police et sur l’usage de certains types de matériel qui nécessite des connaissances particulières (éthylomètre, cinémomètre, armes à feu, etc.); la présence, ou l’absence d’un uniforme nous renseignent plutôt sur les accessoires que le policier transporte avec lui et sur l’image que l’institution veut projeter d’elle-même.

Sur le plan des conséquences du contexte social sur les transformations de l’institution policière, l’uniforme en tant que source peut être interrogé de plusieurs manières. Pour donner un exemple, dans une perspective de genre, nous pourrions nous interroger sur le lien entre l’augmentation du nombre de femmes policières et l’évolution, ou l’adaptation, de l’uniforme de police. Dans un contexte où les femmes occupent de plus en plus d’emplois non traditionnellement féminins, l’uniforme devient un révélateur de changement social qui peut nous aider à comprendre comment l’institution policière perçoit le corps des femmes à un moment de l’histoire ou, dans une perspective diachronique, qui permet d’analyser l’évolution de cette perception à travers le temps.

Les diplômes et les certificats, pour leur part, témoignent des efforts de professionnalisation de la Police et peuvent être analysés comme les traces des parcours de formation des policiers, mais également comme la trace des formations reconnues par l’institution. Une perspective comparative permettrait d’élaborer des problématiques intéressantes concernant la professionnalisation des policiers belges et québécois. En effet, si les modèles policiers de la Belgique et du Québec sont aujourd’hui différents à bien des égards, l’histoire des processus de professionnalisation nous permettrait certainement de mieux comprendre ces divergences. Du côté belge, un début de réflexion est déjà présent vers le milieu du XIX<sup>e</sup> siècle pour réformer et uniformiser les polices des grandes villes comme Bruxelles, Gand, Liège et Anvers<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_28_32326" id="identifier_29_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Luc Keunings, &laquo;&nbsp;1830-1870. L&rsquo;&eacute;volution contrast&eacute;e de polices ax&eacute;es sur le contr&ocirc;le social et la d&eacute;fense des propri&eacute;t&eacute;s&nbsp;&raquo;, dans L. Keunings, Des polices si tranquilles : Une histoire de l&rsquo;appareil policier belge au XIXe si&egrave;cle, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2013, p. 23-24.">28</a></sup> ; dans les campagnes, au même moment, on commence à dénoncer le faible niveau de qualification des policiers communaux<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_29_32326" id="identifier_30_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p. 26.">29</a></sup>, mais, dès les années 1870 et 1880, on constate un réel intérêt pour la formation des policiers<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_30_32326" id="identifier_31_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Ibid., p. 65.">30</a></sup>. Au Québec, le processus est beaucoup plus tardif et hétérogène. Au niveau provincial, on commence à s’intéresser aux problèmes liés à la formation des policiers seulement à partir des années 1930, mais il faut attendre la fin des années 1960 pour qu’il y ait un véritable début de formation et de professionnalisation tant à l’échelle provinciale qu’à l’échelle municipale<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2023/12/15/materialites-policieres-belges-et-quebecoises-nouvelles-perspectives-pour-la-recherche-historique/#footnote_31_32326" id="identifier_32_32326" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="[1] Fran&ccedil;ois Beaudoin, &laquo;&nbsp;La formation polici&egrave;re &agrave; la S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec&nbsp;&raquo;, Patrimoine de la S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec, 2023, https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Sujet/La-formation-policiere-a-la-Surete-du-Quebec-022, consult&eacute; le 10 avril 2023.">31</a></sup>. Avant cela, on recrute la plupart des policiers parmi des civils qui n’ont aucune formation de base, parmi des gens jugés fidèles aux autorités, ou physiquement costauds pour que « force puisse rester à la loi ».

En somme, à l’aide de sources matérielles comme les diplômes et les uniformes, nous pourrions voir comment le contexte social a influencé la volonté politique dans l’organisation d’une police professionnelle bien formée et disposant d’un savoir de plus en plus technique. La comparaison entre la Belgique et le Québec devient d’autant plus intéressante lorsqu’on constate qu’il y a un écart de près d’un siècle entre le début de leurs processus de professionnalisation respectifs.
<h3><strong>Conclusion</strong></h3>
En conclusion, il ne fait aucun doute que l’étude de l’histoire de la matérialité policière offre des perspectives de recherche prometteuses et pour lesquelles les archives ne manquent pas. Les nombreuses discussions soulevées ont d’ailleurs montré que la perspective matérielle occupe déjà une certaine place dans plusieurs travaux d’histoire de la Police. Bien entendu, nous n’avons pas pu aborder tous les sujets présentés ni tous les échanges qui en ont découlé. C’est notamment le cas de l’analyse du discours qui – lorsqu’elle est mise en relation avec la matérialité – est une piste de recherche prometteuse. Des points soulevés lors des discussions permettent également de donner d’autres exemples de pistes à explorer et que nous tenons à mentionner.

Une problématique intéressante a été révélé au fil des discussions; celle du corps (physique) des policiers, ou plutôt des attentes de la société et de l’institution envers les attributs physiques liés à la fonction de police. Par exemple, Jonas Campion a mentionné que les policiers étaient autrefois sélectionnés en fonction de leur grandeur et leur carrure. Avec le temps, ces facteurs ne suffisaient plus et on cherchait une police entraînée et en forme. Comme l’a également souligné Margo de Koster, il s’agit d’un enjeu bien réel, car le physique des policiers est souvent remis en cause. Un policier jugé en mauvaise forme physique peut effectivement s’attirer les railleries du public, ce qui contribue à miner l’image de la police en tant qu’institution. Nous avons également pu constater un phénomène similaire dans la Revue de la SQ. En effet, la forme physique des policiers était l’une des préoccupations abordées dans plusieurs numéros. On y valorisait le conditionnement physique des policiers tout en les mettant en garde contre la sédentarité.

François Welter a pour sa part souligné le rôle du personnel de soutien (administratif ou technique) qui est généralement maintenu dans l’ombre au sein des organisations policières. Il existe certaines pistes qui pourraient servir à approfondir cette question dont la qualité est variable. Par exemple, les dossiers d’enquêtes peuvent être utiles, mais ils ne révèlent pas beaucoup d’informations sur le fonctionnement des enquêtes, donc, peu d’information sur le personnel civil qui épaule les enquêteurs. Parmi les sources envisageables, François Welter et David Somer sont d’accord pour dire que les dossiers du personnel sont une mine d’or pour quiconque désire étudier le quotidien de la police judiciaire. Ces dossiers contiennent pléthore d’éléments de la vie quotidienne et professionnelle des policiers qu’on ne retrouve pas ailleurs.

Enfin, nous espérons que cet atelier suscitera l’intérêt pour la recherche et que les pistes soulignées pourront servir d’inspiration, ou de point de départ, pour les travaux de demain. Le fort potentiel de recherche qu’offre le champ de la matérialité policière est indéniable, mais il est important de souligner que la matérialité n’est pas qu’une question d’objets. Il s’agit avant tout de rendre compte des traces laissées par les hommes et les femmes qui ont soit agi au sein de l’institution policière, ou qui ont été en contact avec elle. De plus, pour l’historienne ou l’historien, étudier la matérialité policière permet de porter un regard différent sur nos sociétés et nos institutions ; avouons également que la variété de sources à mobiliser permet de faire changement des archives papier habituelles.


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		<ol class="footnotes"><li id="footnote_1_32326" class="footnote">Le 13 janvier 2023, grâce au soutien du CIEQ et des Subventions institutionnelles du CRSH, « Soutien aux chercheurs émergents » (UQTR), s’est tenu l’atelier de recherche « Regards croisés pour une histoire de la matérialité policière (Québec-Belgique) ». Organisé par le professeur Jonas Campion, cet atelier exploratoire réunissait neuf étudiants et chercheurs en histoire (en Belgique et au Québec) pour réfléchir autour des questions suivantes : Que nous apprennent les objets utilisés par les polices, quant aux transformations de la sécurité publique ? Existe-t-il une logique transnationale de leur usage ou au contraire, ne sont-ils que les avatars de réalités policières locales ? Existe-t-il une culture matérielle de l’ordre et de quelle manière pourrait-elle être une clé de compréhension de l’histoire des polices et de la sécurité publique ? Pour le programme, voir <a href="https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw047.afficher_liste_nouvelles?owa_no_site=1201&amp;owa_no_fiche=16&amp;owa_annee_session=&amp;owa_sigle=&amp;owa_groupe=&amp;owa_contexte=&amp;owa_no_nouvelle=1174&amp;owa_no_rubrique=9&amp;owa_apercu=N&amp;owa_brouillon=N&amp;owa_imprimable=N&amp;owa_maj_historique=N">https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw047.afficher_liste_nouvelles?owa_no_site=1201&amp;owa_no_fiche=16&amp;owa_annee_session=&amp;owa_sigle=&amp;owa_groupe=&amp;owa_contexte=&amp;owa_no_nouvelle=1174&amp;owa_no_rubrique=9&amp;owa_apercu=N&amp;owa_brouillon=N&amp;owa_imprimable=N&amp;owa_maj_historique=N</a>. </li><li id="footnote_2_32326" class="footnote">Soulevés par Margo De Koster dans sa conclusion, les trois niveaux sont : iconographique, sémiologique et contextuelle ; M. De Koster (Groupe de Recherche en Histoire sociale depuis 1750, UGent), « Conclusion et perspectives ».</li><li id="footnote_3_32326" class="footnote">« Sommaire », <em>Revue de la Sûreté du Québec</em>, vol. 4, 1974, p. 1.</li><li id="footnote_4_32326" class="footnote">Au Québec, cette période est généralement qualifiée par le chrononyme « Révolution tranquille ».</li><li id="footnote_5_32326" class="footnote">Voir : « Digitaal Vlaanderen », <em>Geopunt</em>, <a href="https://www.geopunt.be/">https://www.geopunt.be/</a>, consulté le 5 avril 2023.</li><li id="footnote_6_32326" class="footnote">Acronyme pour « systèmes d&rsquo;information géographique ». Voir <a href="http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/systemes-dinformation-geographique-sig-et-geomatique">http://geoconfluences.ens-lyon.fr/glossaire/systemes-dinformation-geographique-sig-et-geomatique</a>.</li><li id="footnote_7_32326" class="footnote">Par exemple, le Centre interuniversitaire d&rsquo;études québécoises utilise actuellement des outils comme QGIS pour croiser et analyser des données provenant, entre autres, des recensements décennaux canadiens, des rôles d&rsquo;évaluation municipaux et des plans d&rsquo;assurance incendie de différentes époques. Voir : « Espace CIEQ », <a href="https://espace.cieq.ca/">https://espace.cieq.ca/</a>, consulté le 6 avril 2023.</li><li id="footnote_8_32326" class="footnote">La question des caméras portatives en est un bon exemple. À ce sujet, voir Camille Faubert et Annie Gendron, « Caméras portatives sur policiers : état de la situation au Canada », <em>Les Presses de l’Université Laval</em>, vol. 54, n° 1 (Printemps 2021), p. 41-67.</li><li id="footnote_9_32326" class="footnote">François Welter (CARHOP, UCLouvain), « L’enquêteur de la police judiciaire près les parquets : homme d’action ou bureaucrate ? ».</li><li id="footnote_10_32326" class="footnote">David Somer (CHDJ, UCLouvain), « Les objets de la police judiciaire près les parquets belges : miroir de son quotidien, de ses savoirs et représentations (1950-2001) »</li><li id="footnote_11_32326" class="footnote">Elie Teicher (RPI, ULiège), « Grenades lacrymogènes, matraques et boucliers. Pour une histoire sociale du matériel de la police des foules »</li><li id="footnote_12_32326" class="footnote">Xavier Rousseaux (CHDJ, FRS-FNRS, UCLouvain), Vincent Mazy (CHDJ, UCLouvain) , « Les casernes de la gendarmerie belge sous l&rsquo;objectif : l&rsquo;exemple de la province de Brabant ».</li><li id="footnote_13_32326" class="footnote">Ibid.</li><li id="footnote_14_32326" class="footnote">« Public » dans le sens où le message est destiné à être entendu dans l&rsquo;espace public (débats politiques, revendications sociales, etc.) et « privé » dans le sens où le message est destiné à un groupe restreint (Lobby s&rsquo;adressant aux dirigeants, débats internes, etc.).</li><li id="footnote_15_32326" class="footnote"><em>Michel Foucault à propos de l’école</em>, 2016, <a href="https://www.youtube.com/watch?v=VjsHyppHiZM">https://www.youtube.com/watch?v=VjsHyppHiZM</a></li><li id="footnote_16_32326" class="footnote">Voir Anna Feigenbaum, <em>Petite histoire du gaz lacrymogène : des tranchées de 1914 aux gilets jaunes</em>, Montreuil, Éditions Libertalia, 2019.</li><li id="footnote_17_32326" class="footnote">Sur l’utilisation du gaz lacrymogène, voir : Anna Feigenbaum, <em>Petite histoire du gaz lacrymogène : des tranchées de 1914 aux gilets jaunes</em>, trad. par Philippe Mortimer, Montreuil, Éditions Libertalia, 2019, 321p.</li><li id="footnote_18_32326" class="footnote">Nous donnons ces exemples à titre indicatif seulement, mais un sondage rapide des divers fonds d&rsquo;archives accessibles nous permet d&rsquo;affirmer que de nombreux autres cas auraient pu être mentionnés.</li><li id="footnote_19_32326" class="footnote">Assemblée nationale du Québec, « Commission parlementaire spéciale sur la refonte du code de route (3) », Québec, 10 septembre 1969, p. 3347-3382.</li><li id="footnote_20_32326" class="footnote"><em>Ibid</em>., p. 3351.</li><li id="footnote_21_32326" class="footnote"><em>Ibid</em>.</li><li id="footnote_22_32326" class="footnote"><em>Ibid., p. 3352.</em></li><li id="footnote_23_32326" class="footnote">Archives nationales à Montréal, Fonds Sûreté du Québec, E100 (Contenu : 2011-10-005 \ 28), 1956-1981.</li><li id="footnote_24_32326" class="footnote">BAnQ, « Détail de la notice : Fonds Sûreté du Québec », <em>Advitam</em>, <a href="https://advitam.banq.qc.ca/notice/519973">https://advitam.banq.qc.ca/notice/519973</a> (page consultée le 20 juin 2023).</li><li id="footnote_25_32326" class="footnote">Les inventaires suivants ont été dépouillé par Gabriel Ferland au printemps 2023 : « DSO-2 » ; « Inventaire des archives de la Gendarmerie. État-major (Versement 1973-1989). 1952-1979 » ; « Inventaire des archives de la Gendarmerie. État-major général. Direction supérieure des Opérations (DSO). 1945-1990 » ; « Inventaire des archives de la Police fédérale. Service historique. Dossiers de Brigades de Gendarmerie. 1837-2003 » ; « Inventaire des archives du Ministère de l’Intérieur. Police générale du Royaume. Dossiers des commissaires de police » ; « Inventaire des archives de la Police fédérale. Centre de documentation et de connaissances (DSEK). 1920-2013 » ; voir <a href="https://www.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=nos-projets&amp;r=projets-de-recherche&amp;pr=napol-intel-nationalisation-de-l-information-policiere-en-belgique-1918-1961-processus-de-democratisation-et-gestion-bureaucratique-des-connaissances#5">https://www.arch.be/index.php?l=fr&amp;m=nos-projets&amp;r=projets-de-recherche&amp;pr=napol-intel-nationalisation-de-l-information-policiere-en-belgique-1918-1961-processus-de-democratisation-et-gestion-bureaucratique-des-connaissances#5</a>.</li><li id="footnote_26_32326" class="footnote">Dans le second bloc de discussion, Julien Prud&rsquo;homme demandait : dans quelle mesure la mise en avant de la matérialité policière, ou des outils policiers, peut être lue comme un discours de professionnalisation et une affirmation d’identité ?</li><li id="footnote_27_32326" class="footnote">Pour nous, le diplôme est la preuve officielle qu&rsquo;un policier a suivi une formation obligatoire avant de devenir policier; tandis que toutes autres certificats ou attestions sont plutôt reliés à des formations sur un outil ou sur une technique spécifique pendant que le policier est en poste.</li><li id="footnote_28_32326" class="footnote">Luc Keunings, « 1830-1870. L’évolution contrastée de polices axées sur le contrôle social et la défense des propriétés », dans L. Keunings, <em>Des polices si tranquilles : Une histoire de l’appareil policier belge au XIXe siècle</em>, Louvain-la-Neuve, Presses universitaires de Louvain, 2013, p. 23-24.</li><li id="footnote_29_32326" class="footnote"><em>Ibid</em>., p. 26.</li><li id="footnote_30_32326" class="footnote"><em>Ibid</em>., p. 65.</li><li id="footnote_31_32326" class="footnote"><em>[1] François Beaudoin, « La formation policière à la Sûreté du Québec », Patrimoine de la Sûreté du Québec, 2023, <a href="https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Sujet/La-formation-policiere-a-la-Surete-du-Quebec-022">https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Sujet/La-formation-policiere-a-la-Surete-du-Quebec-022</a>, consulté le 10 avril 2023.</em></li></ol>]]></content:encoded>
					
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		<title>Sûreté, ou quand la police du Québec se lance dans l’édition</title>
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		<dc:creator><![CDATA[Marc-André Béland (UQTR)]]></dc:creator>
		<pubDate>Tue, 19 Apr 2022 07:50:31 +0000</pubDate>
				<category><![CDATA[Archives – étude de cas]]></category>
		<category><![CDATA[Discours et représentations - étude de cas]]></category>
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		<category><![CDATA[Journaux de police]]></category>
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									<p></p>
</p>
<p><strong>Introduction</strong></p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph"><span style="color: var(--color-text);">Si l’on fouillait les appartements d’un mordu de chasse, d’un collectionneur de timbres ou même d’un scientifique en herbe, on ne serait pas surpris de trouver une panoplie de périodiques traitant de son hobby préféré. Les policiers québécois eurent aussi accès à une revue concernant leur quotidien de 1971 à 1993. </span><em style="color: var(--color-text);">La Revue de la Sûreté du Québec</em><span style="color: var(--color-text);">, renommée </span><em style="color: var(--color-text);">Sûreté</em><span style="color: var(--color-text);"> en 1982, était distribuée aux différents corps policiers tant provinciaux que municipaux de la province. Elle était aussi envoyée à certains corps de police étrangers aux États-Unis et en Europe. La revue était aussi envoyée à des établissements scolaires québécois et à différentes bibliothèques publiques. L’abonnement au périodique gratuit permettait de recevoir cette publication mensuelle.</span></p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Au fil des numéros, la revue s’est réinventée tant dans sa forme que dans les sujets traités. Cependant, chaque parution demeure tributaire du contexte et des grandes orientations de la police provinciale de l’époque. Ces pages ont donc le potentiel de révéler au lecteur contemporain les grands enjeux et les crises qui ont façonné la police au Québec telle qu’on la connait aujourd’hui.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">La police au Canada est divisée en trois paliers principaux. La Gendarmerie royale du Canada (GRC) est la police fédérale. Elle maintient en outre une présence – pour des missions spécialisées- dans toutes les provinces. Elle fait aussi office de police généraliste dans certaines provinces du pays. L’Ontario, le Québec, Terre-Neuve et le Labrador possèdent leur propre corps de police provinciale<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_1_28133" id="identifier_1_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Les polices au Canada : entre autonomie locale et r&eacute;alit&eacute;s f&eacute;d&eacute;rales">1</a></sup>. Dans le cas du Québec, il s’agit de la Sûreté du Québec (SQ) fondée en 1870 sous le nom de  Police provinciale du Québec<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_2_28133" id="identifier_2_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Sur les d&eacute;buts de cette police, lire Jean-Fran&ccedil;ois Leclerc, &laquo;&nbsp;La S&ucirc;ret&eacute; du Qu&eacute;bec des origines &agrave; nos jours&nbsp;: quelques rep&egrave;res historiques&nbsp;&raquo;, Criminologie, vol. 22, n. 2, 1989, pp. 107-127, https://doi.org/10.7202/017284ar.">2</a></sup>. Certaines municipalités sont aussi dotées d’un service de police qui a la tâche du maintien de l’ordre au niveau local. Les réserves autochtones sont aussi desservies par des corps de police régionaux. En ce qui a trait au milieu carcéral, les prisons provinciales servent à détenir des criminels incarcérés pour deux ans moins un jour, tandis que les pénitenciers sont sous juridiction fédérale et servent à détenir des criminels purgeant des peines plus longues.</p>
<p></p>
<h4 class="wp-block-heading">La Revue de la Sûreté du Québec : anatomie d’un outil de communication et d’information</h4>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph"><div class="wp-block-image"></p>
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1.jpg"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-28223" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-725x1024.jpg" alt="" width="389" height="550" srcset="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-725x1024.jpg 725w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-212x300.jpg 212w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-768x1085.jpg 768w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-1087x1536.jpg 1087w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-900x1272.jpg 900w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1-500x707.jpg 500w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/V12N3_page-0001-1.jpg 1242w" sizes="(max-width: 389px) 100vw, 389px" /></a>
<p> </p>
<figcaption>Table des matières du numéro 3 du 1e volume de la revue du mois de mars 1983, avec un dossier consacré aux sectes religieuses</figcaption>
</figure>
<p></div></p>
<p class="wp-block-paragraph">Les revues ont été répertoriées et cataloguées par Marc-André Béland dans le cadre de son travail pour la<em> Chaire de recherche UQTR en histoire transnationale de la Sécurité publique</em><sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_3_28133" id="identifier_3_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Disponible en ligne.">3</a></sup>. Chaque article est classé au sein d’une base de données de la chaire en fonction de son auteur et des thématiques abordées : le résultat de ce travail sera sous peu accessible en ligne à tous les chercheurs sur le portail <a href="https://espace.cieq.ca/" target="_blank" rel="noreferrer noopener"><em>Espace-CIEQ</em></a>.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Les numéros traitent généralement d’un sujet thématique et la plupart des articles s’y rattachent de près ou de loin. Par exemple, certaines revues dédient une part importante de leurs articles aux victimes de violence sexuelle, à la protection de la jeunesse ou même aux sectes religieuses. Les articles servent à vulgariser les nouvelles méthodes mises de l’avant par l’état-major pour les policiers, à saluer les bons coups de certains d’entre eux et à encourager certains comportements comme l’entrainement physique ou la courtoisie envers les citoyens. Certains articles fournissent également des conseils pour l’utilisation d’ordinateurs ou les grandes lignes de nouvelles tactiques adoptées. D’autres permettent de mieux comprendre le travail de départements spécialisés, comme la police scientifique, afin d’encourager un meilleur travail d’équipe entre policiers et détectives. La revue permet donc de voir les valeurs de la SQ et l’image qu’elle désirait cultiver dans un contexte de modernisation revendiquée, tant au niveau des outils que des techniques employées sur le terrain.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph"> Les collaborateurs sont majoritairement des policiers, mais le personnel civil de la SQ et des avocats figurent régulièrement parmi les auteurs invités. Bon nombre de revues se terminent aussi par une section plus ludique comprenant une page des sports et une section <em>« glanures »</em> où les policiers peuvent partager des blagues ou des anecdotes. L’humour contribue à créer un sentiment de camaraderie à l’interne. Cependant, présenter un côté moins sérieux de la police sert aussi à améliorer l’image de l’institution. En effet, la satire peut servir à donner une image plus avenante de la police et renforcer son lien de confiance vis-à-vis de la population. Avant l’entrée des femmes dans la police en 1975, une section féminine à l’intention notamment des épouses des policiers figure aussi dans plusieurs périodiques. Le comité féminin continue d’exister et d’organiser des activités avec les épouses et le personnel féminin même après 1975, mais ses publications dans la revue sont moins régulières.</p>
<p><div class="wp-block-image is-style-default"></p>
<figure class="aligncenter size-large is-resized"><a href="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001.jpg"><img decoding="async" class="alignnone wp-image-28233" src="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-725x1024.jpg" alt="" width="354" height="500" srcset="https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-725x1024.jpg 725w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-212x300.jpg 212w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-768x1085.jpg 768w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-1087x1536.jpg 1087w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-900x1272.jpg 900w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001-500x707.jpg 500w, https://www.menepolhis.eu/wp-content/uploads/2022/04/CouvertureExemple_page-0001.jpg 1242w" sizes="(max-width: 354px) 100vw, 354px" /></a>
<p> </p>
<figcaption>Couverture du n° 5 du mois de juin 1986 de la revue</figcaption>
</figure>
<p></div></p>
<p class="wp-block-paragraph">On peut affirmer sans trop d’hésitation que de telles sections servent à favoriser le développement d’un esprit de corps entre les différents policiers de la province. Il faut noter que le territoire québécois est géographiquement étendu, d’où cette nécessité de tisser des liens et de partager un vécu. En incluant aussi les familles des policiers dans les activités de la revue, une communauté se crée autour des différents postes de police.  Cette situation ne va pas sans rappeler la vie sur une base militaire. Bien que le public cible soit les policiers provinciaux, la collaboration entre la SQ et les corps de police municipaux est mise de l’avant. Ce cercle n’était donc pas limité aux policiers de la SQ, mais plutôt à tous les policiers.</p>
<p></p>
<h4 class="wp-block-heading">Perspective historique</h4>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Ce n’est pas un hasard que la revue a vu le jour sous le directeur général Maurice Saint-Pierre<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_4_28133" id="identifier_4_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Evenement/Maurice-St-Pierre-devient-directeur-general-de-la-Surete-du-Quebec-0022.">4</a></sup> au tournant des années 1970. La police provinciale n’a pas échappé aux changements occasionnés par la « Révolution tranquille »<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_5_28133" id="identifier_5_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="The Canadian Encyclopedia, &laquo;&nbsp;R&eacute;volution tranquille&nbsp;&raquo;, disponible en ligne via https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/revolution-tranquille">5</a></sup> et connait une période de restructuration. La SQ doit se détacher de son image de police politique héritée de la Grande Noirceur<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_6_28133" id="identifier_6_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="The Canadian Encyclopedia, &laquo;&nbsp;Grande Noirceur&nbsp;&raquo;, disponible en ligne via https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/grande-noirceur">6</a></sup>. En effet, sous l’égide du premier ministre Maurice Duplessis, la SQ était connue pour sa violente répression des mouvements ouvriers. Depuis les années 1960, le désir de dépolitiser la SQ est bien présent. Le message que la police provinciale veut envoyer est clair : la Sûreté du Québec n’est plus la police de l’état, mais bien celle des citoyens. La revue s’inscrit donc dans un contexte de  modernisation du corps policier dans le but de redorer son blason à l’échelle nationale. Ce désir de modernisation s’incarne également dans la fondation de l’Institut de Police du Québec et de la Commission de Police du Québec en 1968. On constate donc une volonté certaine de professionnaliser la police au Québec et la <em>Revue de la Sûreté du Québec</em> est tributaire de ce mouvement. À cette époque, la SQ s’intéresse également à ce qui se fait ailleurs. La revue comprend occasionnellement des articles calqués sur ceux de revues de police américaine. De plus, des correspondants sont parfois envoyés à l’étranger dans le but de dialoguer avec d’autres services de police.</p>
<p></p>
<h4 class="wp-block-heading">Lire entre les lignes</h4>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Cependant, jamais la revue ne fait état directement des crises traversées par la police. La première parution du périodique a lieu à quelques mois de la crise d’Octobre<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_7_28133" id="identifier_7_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="The Canadian Encyclopedia, &laquo;&nbsp;Crise d&rsquo;Octobre&nbsp;&raquo;, disponible en ligne via https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-doctobre">7</a></sup> et à quelques semaines de l’arrestation des frères Rose<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_8_28133" id="identifier_8_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="The Canadian Encyclopedia, &laquo;&nbsp;Paul Rose&nbsp;&raquo;, disponible en ligne via https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/paul-rose">8</a></sup>, on ne fait pas état de cet épisode controversé de la police québécoise. On présente les remerciements du ministre de la Justice sans vraiment faire un retour sur Octobre. Un autre exemple, en 1990, on honore le Caporal Marcel Lemay mort pendant la crise d’Oka<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_9_28133" id="identifier_9_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="The Canadian Encyclopedia, &laquo;&nbsp;Crise d&rsquo;Oka&nbsp;&raquo;, disponible en ligne via https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/la-crise-doka-1">9</a></sup>. Encore une fois, aucun retour sur les évènements eux-mêmes n’est fait.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Sans grande surprise, le comité de rédaction préfère présenter le positif. Par exemple, en 1975, un numéro entier est dédié aux femmes. Rappelons que ce numéro parait à l’aube de l’assermentation de Nicole Juteau<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_10_28133" id="identifier_10_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&amp;id=28807&amp;type=pge">10</a></sup>, la première policière de la SQ. En 1976, on parle des préparatifs en lien avec les Jeux olympiques de Montréal et le bon déroulement de ces derniers.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">L’état-major effectue aussi un retour, en détail ou non tout dépendant des années, sur les résultats de la SQ. Ce retour fréquent sur les statistiques de son activité mène souvent au même constat : la SQ fait un travail exceptionnel malgré des ressources toujours limitées et une hausse de la criminalité. Bien entendu, on peut prendre cette affirmation avec un grain de sel. La revue sert à se positionner favorablement dans l’opinion publique. Elle permet ainsi à la police de justifier ses actions envers les citoyens, l’état-major et le politique.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">Cependant, au tournant des années 1980, on constate bel et bien une baisse des ressources de la SQ. La revue aussi pâtit de coupures financières et vers la seconde moitié des années 1980, les numéros se font plus espacés et contenant moins d’articles jusqu’à la parution du dernier numéro. Certains articles traitent des défis à relever au niveau financier, affirmant que les policiers du futur devront faire plus avec moins. C’est aussi à cette époque que s’essouffle l’élan de social-démocratie qui résulte de la Révolution tranquille et où la province se tourne vers le néolibéralisme.</p>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">On peut donc comprendre que la revue permet à la SQ d’écrire son propre narratif en ce qui a trait à son histoire et ses opérations. Il s’agit fondamentalement d’un outil d’autoreprésentation, donc on présente une SQ moderne et efficace. Par contre, on doit aussi justifier les changements opérés dans l’organisation et les requêtes de budgets additionnels. Si tout fonctionne parfaitement, pourquoi changer une recette gagnante? Cela fait en sorte que le corps de police semble perpétuellement sous-financé, mais capable de faire face à toutes menaces. La criminalité est toujours en hausse, mais la société est aussi de plus en plus sûre grâce à la SQ. Ces discours paradoxaux révèlent un aspect important de la revue, c’est-à-dire son usage comme instrument de légitimation tant interne qu’externe. En effet, ces représentations créées à l’interne par les différents collaborateurs permettent de justifier l’existence continue de l’institution pour ses membres et pour les observateurs de son action.</p>
<p></p>
<h4 class="wp-block-heading">Conclusion</h4>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph">L’étude de journaux de police offre plusieurs possibilités pour un chercheur. D’une part, on peut se pencher les articles individuellement pour en apprendre plus spécifiquement sur un sujet donné. D’autre part, on peut aussi prendre un peu de recul et en apprendre plus sur l’institution au sens large. Il faut cependant se rappeler qu’on est toujours confronté à un discours institutionnel. Par conséquent, on peut en apprendre autant par les non-dits que les discours plus explicites<sup><a href="https://www.menepolhis.eu/2022/04/19/surete-ou-quand-la-police-du-quebec-se-lance-dans-ledition/#footnote_11_28133" id="identifier_11_28133" class="footnote-link footnote-identifier-link" title="Il faut noter que la revue n&rsquo;est pas particuli&egrave;rement claire sur comment elle fonctionne &agrave; l&rsquo;interne&nbsp;: comment travaille le comit&eacute; de r&eacute;daction, qui est responsable de la relecture et de l&rsquo;approbation des articles, etc.">11</a></sup>. Les textes sont écrits dans un format facilement compréhensible pour un policier pressé. Les sujets ne sont pas nécessairement traités de manière approfondie, mais on en apprend beaucoup sur la culture institutionnelle. La Revue de la Sûreté du Québec ne fait pas exception à cette règle et s’impose comme un outil intéressant pour quiconque veut comprendre comment a évolué la police provinciale du Québec dans une période charnière de l’histoire québécoise.</p>
<p></p>
<h4 class="wp-block-heading"><u>Médiagraphie</u></h4>
<p></p>
<ul class="wp-block-list">
<li>LECLERC, Jean-François. « La Sûreté du Québec des origines à nos jours: quelques repères historiques». <em>Criminologie</em>, vol.22, no 2 (1989): 107-127. <a href="https://doi.org/10.7202/017284a" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://doi.org/10.7202/017284a</a>r.</li>
<li>HABERBUSCH, Benoit. « L’imaginaire colonial de la gendarmerie à travers la Revue de la Gendarmerie, 1928-2000 ». Jean-Noël Luc, dir. Sociétés &amp; Représentations : Figures de gendarmes. Paris, CREDHESS, 2003: 295-306. <a href="https://doi.org/10.3917/sr.016.0295" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://doi.org/10.3917/sr.016.0295</a>.</li>
<li>FLANAGIN, Andrew J. « The impact of contemporary communication and information technologies on police organizations». Howard Giles, dir. Law Enforcement, Communication and Community. Philadelphia, John Benjamins Publishing Company, 2002: 85-106.</li>
<li>L’ENCYCLOPÉDIE CANADIENNE. Site Internet «Grande Noirceur». <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/grande-noirceur" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/grande-noirceur</a> [en français]. Mise à jour le 19 mars 2021. Page consultée 16 mars 2022.</li>
<li>L’ENCYCLOPÉDIE CANADIENNE. Site Internet «Crise d’Octobre». <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-doctobre" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-doctobre</a> [en français]. Mise à jour le 19 janvier 2022. Page consultée 16 mars 2022.</li>
<li>L’ENCYCLOPÉDIE CANADIENNE. Site Internet «Crise d’Oka». <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/la-crise-doka-1" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/la-crise-doka-1</a> [en français]. Mise à jour le 8 juillet 2021. Page consultée 6 avril 2022.</li>
<li>L’ENCYCLOPÉDIE CANADIENNE. Site Internet «Révolution tranquille». <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/revolution-tranquille" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/revolution-tranquille</a> [en français]. Mise à jour le 17 décembre 2020. Page consultée 14 avril 2022.</li>
<li>L’ENCYCLOPÉDIE CANADIENNE. Site Internet «Paul Rose». <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/paul-rose" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/paul-rose</a> [en français]. Mise à jour le 24 décembre 2020. Page consultée 14 avril 2022.</li>
<li>PATRIMOINE DE LA SÛRETÉ DU QUÉBEC. Site Internet «Maurice St-Pierre devient directeur général de la sûreté du Québec». <a href="https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Evenement/Maurice-St-Pierre-devient-directeur-general-de-la-Surete-du-Quebec-0022" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Evenement/Maurice-St-Pierre-devient-directeur-general-de-la-Surete-du-Quebec-0022</a> [en français]. Page consultée 14 avril 2022.</li>
<li>RÉPERTOIRE DU PATRIMOINE CULTUREL DU QUÉBEC. Site Internet «Embauche de la première policière au Québec». <a href="https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&amp;id=28807&amp;type=pge" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&amp;id=28807&amp;type=pge</a> [en français]. Page consultée 14 avril 2022.</li>
<li>SECUNEWS. Site Internet «Les polices au Canada : entre autonomie locale et réalités fédérales» <a href="https://www.secunews.be/fr/themes-fr/securite-acteurs-et-cadre-reglementaire/5033-les-polices-au-canada-entre-autonomie-locale-et-realites-federales" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.secunews.be/fr/themes-fr/securite-acteurs-et-cadre-reglementaire/5033-les-polices-au-canada-entre-autonomie-locale-et-realites-federales </a>[en français]. Mise à jour le 24 mars 2022. Page consultée 6 avril 2022.</li>
</ul>
<p></p>
<p class="wp-block-paragraph"> 
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<p style="text-align: center;"><span class="only_thislanguage" lang="en"><strong>This publication is only available in French. Please see the french version</strong></span></p>
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		<ol class="footnotes"><li id="footnote_1_28133" class="footnote"><a href="https://www.secunews.be/fr/themes-fr/securite-acteurs-et-cadre-reglementaire/5033-les-polices-au-canada-entre-autonomie-locale-et-realites-federales" target="_blank" rel="noreferrer noopener">Les polices au Canada : entre autonomie locale et réalités fédérales</a></li><li id="footnote_2_28133" class="footnote">Sur les débuts de cette police, lire Jean-François Leclerc, « La Sûreté du Québec des origines à nos jours : quelques repères historiques », Criminologie, vol. 22, n. 2, 1989, pp. 107-127, <a href="https://doi.org/10.7202/017284ar" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://doi.org/10.7202/017284ar</a>.</li><li id="footnote_3_28133" class="footnote"><a href="https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw031?owa_no_site=1201&amp;owa_no_fiche=1&amp;owa_bottin" target="_blank" rel="noreferrer noopener" data-type="URL" data-id="https://oraprdnt.uqtr.uquebec.ca/pls/public/gscw031?owa_no_site=1201&amp;owa_no_fiche=1&amp;owa_bottin">Disponible en ligne</a>.</li><li id="footnote_4_28133" class="footnote"><a id="_ftnref5" href="#_ftn5">https://www.patrimoine.sq.gouv.qc.ca/Evenement/Maurice-St-Pierre-devient-directeur-general-de-la-Surete-du-Quebec-0022</a>.</li><li id="footnote_5_28133" class="footnote">The Canadian Encyclopedia, « Révolution tranquille », disponible en ligne via <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/revolution-tranquille" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/revolution-tranquille</a></li><li id="footnote_6_28133" class="footnote">The Canadian Encyclopedia, « Grande Noirceur », disponible en ligne via <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/grande-noirceur" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/grande-noirceur</a></li><li id="footnote_7_28133" class="footnote">The Canadian Encyclopedia, « Crise d&rsquo;Octobre », disponible en ligne via <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-doctobre">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/crise-doctobre</a></li><li id="footnote_8_28133" class="footnote">The Canadian Encyclopedia, « Paul Rose », disponible en ligne via <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/paul-rose" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/paul-rose</a></li><li id="footnote_9_28133" class="footnote">The Canadian Encyclopedia, « Crise d&rsquo;Oka », disponible en ligne via <a href="https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/la-crise-doka-1" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.thecanadianencyclopedia.ca/fr/article/la-crise-doka-1</a></li><li id="footnote_10_28133" class="footnote"><a href="https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&amp;id=28807&amp;type=pge" target="_blank" rel="noreferrer noopener">https://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/detail.do?methode=consulter&amp;id=28807&amp;type=pge</a></li><li id="footnote_11_28133" class="footnote">Il faut noter que la revue n’est pas particulièrement claire sur comment elle fonctionne à l’interne : comment travaille le comité de rédaction, qui est responsable de la relecture et de l’approbation des articles, etc.</li></ol>]]></content:encoded>
					
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